Un vélo dans le coeur.



Dans Paris à vélo, je dépasse les autos, dans Paris à vélo je dépasse les taxis. Bien sûr cela vous rappelle à tous quelque chose. Jolie mélodie que nous fredonnions jadis en sifflotant sur la colline aux lilas blancs. Quand nous rentrions fourbus de notre escapade, nous nous arrêtions chez la boulangère aux grosses lunettes et dégustions un pain au chocolat. Celui qui restait de la veille ou du matin et nous nous apprêtions à prendre dans le hall de la gare un café blanc. C'était il y a bien longtemps. Avant d'aller travailler, nous nous autorisions cette sortie matinale, le long des quais ou bien du jardin des plantes. Puis nous prenions le métro jusqu'à notre point de chute, l'usine ou le bureau. Nous nous demandions à chaque fois, pourquoi ne pas aller au travail en vélo ? Mais cela devenait une expédition impossible à entreprendre entre les files de conducteurs pressés et souvent irascibles et le temps chronométré pour ne pas se faire avoiner par le chef d'atelier. Alors, nous nous octroyons cette bienfaisante excursion matinale, histoire de nous mettre en forme pour la journée avant de rentrer à la maison prendre une douche rapide et descendre en moins d'un quart d'heure à la station de train de métro ou d'autobus et commencer notre périple dans Paris qui s'éveille encombré de mille et une façons.
J'aimais le vélo. Particulièrement. Cette révélation m’apparut lors de ma prime enfance. Ma mère, paysanne Auvergnate nous racontait souvent comment enfant avec son frère, dès que venait juillet, elle allait chiper le journal sous la porte de son voisin pour quérir les exploits d'Antonin et de Pierre Magne, de Sylvère de Charles ou Romain (tiens : Romain, quel merveilleux prénom!) Maes.
Le frère et la sœur dépliaient le journal, regardaient le résultat de l'étape du jour et reposaient soigneusement le dit journal à sa place sous la porte du Léon Mayade, puisque c'est à lui qu'ils l'empruntaient. Quand j'entendais maman raconter avec quelle passion elle suivait le tour de France, je ne pouvais moi même résister à l'attrait de cet incroyable effort accompli par mes champions préférés : Rick Van Looy, Fédérico Bahamontès, mon aigle de Tolède, Jacques Anquetil et bien sûr Raymond Poulidor ! Parce qu'éternel second j'avais un faible pour les malchanceux et les meurtris de la vie. D'ailleurs la première image de Poulidor que je garde en mémoire, c'est celle d'un jeune paysan conduisant un char de foin avec ses bœufs ou même ses vaches, car la pauvreté aidant, il fallait travailler dur pour arriver à un résultat. Il était des nôtres. Je me reconnaissais complètement dans la souffrance physique qui était la sienne, dans cette vie de laborieux qui était la sienne et la mienne en même temps. Déjà toute gamine, l'injustice me révoltait ce qui me prédestinait inévitablement à une longue carrière au service de la défense des victimes et des laissés pour compte sur le bord de la route pavée d'embûches.
Je suivait assidument les exploits de chacun, sur mon transistor, calé dans la gorbe de foin. Le Charles, notre voisin à mes côtés se ravissait lui aussi d'écouter l'étape du jour en notre compagnie. Nous échangions nos impressions, nous nous livrions aux pronostics parfois hasardeux, mais chacun trouvait une source de plaisir et de dialogue avec l'autre, même d'un avis différents. Nous nous chamaillons aussi parfois, avec nos voisins qui ne se privaient pas de nous contredire mais avec Charles nous étions toujours du même avis. Nous avions une complicité, celle de l'ailleul et de l'enfant, qui était indéfectible et ne se retrouve pas si souvent.
Quand j'eus ma première bicyclette, je parcourrais les chemins et me grisais du vent. Je découvrais de nouveaux horizons, j'allais de plus en plus loin. Cela me ravissait chaque jour. Je garde de ces découvertes, le merveilleux souvenir de mon enfance et de ma jeunesse. Je m'épris d'un coureur cycliste, je me calais dans sa roue et n'en déviais pas. Longtemps, je crus que l'amour était en dehors de ce que j'éprouvais pour lui. Mes copines étaient amoureuse de Johnny, de Cloclo, de Woody Allen (c'est lui sur la photo, je le reconnais bien!) ou de Delon. Moi, c'est l'homme du peloton qui me fascinait et me faisait rêver au prince charmant.

Envies

J'ai envie de  rouge :
de bleu :
 de jaune pourpre :
 de fuchsia :
de jaune :


 de blanc :
 de mauve :
 de doré :
 de vert :
 Belle balade hier sous un ciel bleu sans nuage, le long de la Vienne.




 et de son moulin du Got.


 Besoin de calme de détente et d'air pur ?
C'est ici.
Quand j'étais jeune, bien plus jeune, si on me demandais parfois quelle était ma saison préférée, je répondais invariablement : le mois de juillet. C'était les vacances, l'odeur des foins, les longues journées passées à les rentrer (les foins). Les soirées étoilées où bien fatigués, nous nous calions, enfants,  contre les jambes de mon père, assis devant la porte écoutant les crapauds chanter. Les étoiles qui brillaient nous indiquaient la Grande Ourse, le Chariot, le Berger. Le Berger c'est la première qui s'allume. Celle qui indique au berger qu'il faut rentrer. J'en voyais un conduire son troupeau, son chien jaune et gris sur les talons. Sa longue cape et son bâton me le faisait distinguer des autres hommes rentrant des champs. Dans une chaumière, les femmes chantaient en préparant le chaudron. Mon père nous contait les étoiles, une à une qui s'allumaient. Et dans le ciel, j'y voyais des chaumières pour tous les voyageurs de l'espace. Mon grand père habitait la plus proche, de là haut, il nous  guidait. Cela me rassurait. La plénitude de juillet a toujours pour moi quelque chose de sacré. Mais avec le temps, j'ai appris à apprécier le charme des autres mois de l'année. J'aime toutes les saisons et je trouve à chacune des raisons d'être heureuse et bien dans cette nature magnifique qui recèle tant de secrets.

Le goût du bonheur

C'était un jour classique, un de ceux comme il y en a. Le soleil était à son zénith, dans le jardin planait un parfum de glycine, de genêt d'or et de lilas.



Les chats faisaient des culbutes. Les arbres ondoyaient au  souffle léger du vent. Pas un bruit ne venait troublait ces merveilleux instants.
Nous étions là tous quatre avec belle maman, ne manquait que grand frère pour partager ce moment. Installés sous la tonnelle des arbres du jardin, là où on doit faire notre terrasse, nous devisions ensemble. Nous parlions de voyage, de mer, d'immensité. Nour regardions la belle Firette lustrer son poil luisant. Pivoine rouge s'inclinait vers Pâquerette pour lui faire la conversation.


J'aurais voulu pouvoir arrêter le temps. Figer chaque seconde et en palper la courte durée. Je mesurais combien chaque chose est éphémère et que n'existait pas le présent. L'instant d'avant est au passé celui d'après est au futur. Il ne sert à rien de compter le temps. Profiter  chaque jour de ce qui nous est donné de vivre surtout quand il s'agit de beaux moments.
 Passer du temps avec ceux que l'on aime. Rire, pleurer aussi parfois et se nourrir sans mesure de tous nos sentiments.



Le pain et le fromage.

Je me suis longtemps demandé si l'évocation de certains mots  qui provoquait chez moi un tel désordre était commune à d'autre. Sans doute la relation que l'on a avec eux explique en partie cela. Mais il en est un qui me surprend à chaque fois, c'est le mot "fromage".
Fromage n'évoque pas chez moi un Camenbert, pas même moulé à la louche, issu de la verte Normandie, avec de belles vaches paissant sous des pommiers en fleurs devant une ferme au toit de chaume. Ni même un Saint Nectaire, pas plus qu'une fourme de mes montagnes, fabriqué avec le lait odorant de belles salers, de Ferrandines ou d'une de nos fromagères Brunes des Alpes, Montbéliardes ou blondes Aubracs. Non, Fromage c'est un terroir, c'est un parfum, c'est un goût particulier, de fourrage et d'herbes sèches, de pâture et de prairies. C'est ma mère qui trait à l'étable la Charmante ou la Roussette, la Jacade ou la Mignone. C'est le lait qui caille dans la bassine et qui s’égoutte dans la faisselle toute la nuit. C'est la blanche tomme qu'on sale le lendemain avant de la retourner et de la mettre à sécher à la cave  sur un bon lit de paille durant des mois, avant de la savourer. C'est le quatre heure du faucheur, du moissonneur ou bien du laboureur et c'est le chanteau qui l'accompagne avec un verre de rouge quand un passant quidam, vagabond ou familier s'arrête à la porte et vient s'assoir prés de la cheminée. C'est l'assurance de ne pas connaitre la faim ni l'angoisse du lendemain. C'est la saveur de mon enfance mêlée à celle de la gelée de groseille sur une tartine à mon gouter. C'est le gout des choses simples et du  bonheur partagé.


La reine pivoine

Chaque année, je m'en délecte, je crois que c'est ma préférée. 14 boutons cette année, elle est de plus en plus belle. Comme je partage volontiers, je vous en fais profiter.



La fête est finie

C'était hier et surtout avant hier. Une trés belle fête pour l'anniversaire de ma nièce dont nous fêtions les deux fois 20 ans. Resplendissante de plénitude. Age où tout les possibles le sont toujours. Age où la vie vous a murie sans trop vous abimer. Pour elle, les coups de griffes n'ont pas manqués. Depuis son plus jeune age, elle fut marquée du sceau de la difficulté. Elle sait ce que sont les épines d'une rose, elle sait le grain de sable qui vient enrayer le rouage. elle sait le grain à moudre que l'on porte au moulin. Elle s'accroche et s'agrippe sans rendre gorge et se bat comme une lionne pour avancer sur le chemin. Alors, oui, elle méritait cette belle fête où chacun lui a rendu hommage ainsi qu'à sa droite beauté.
Quand il fut temps de repartir le lendemain, en mettant mes photos à disposition sur l'ordi de sa mère, je réalisais que je n'avais pas une seule photo d'elle ! comme dirait Mael, mon petit neveu ! quelle daube tu es, tata,  quand même !
Je vous offre tout de même ces vues de Clermont sous la pluie avec le Puy de Dôme comme moi, dans les nuages !


La ronde des souvenirs (4)

Le séjour tirait à sa fin. Il fallait ranger, nettoyer, remettre en ordre et fermer les volets. Nous promettant de bientôt revenir quand refleurirait enfin le printemps, nous sommes repartis vers la grande ville où nous attendait Petit Poney- Bouquet de Lilas. Nous avons entrepris une courte balade ensemble au coeur de la chaine des Puys.




La journée était bien avancée et l'air frais des montagnes nous a un peu contrarié dans nos projets. Le lendemain, nous visitions Clermont (que nous connaissons quand même depuis un moment !)





 Une dernière balade en famille avant le retour nous conduisit au coeur des gorges de l'Artière que voilà.



 Quand nous avons franchi le seuil de notre maison, le lendemain soir, ils attendaient, ils était là.
Se chauffant au soleil, tranquillement ils devisaient comme de vieux compères, inséparables qu'ils sont.
Depuis notre retour, Flocon ne nous quitte pas d'une semelle. Plume s'est luxé la hanche et est privée de sortie. Confinée à l'intérieur, elle vient de temps en temps se frotter à mes jambes, suppliante. C'est pitié de la voir ainsi se morfondre avec ce beau temps.







La ronde des souvenirs (3)



Après cette première semaine un peu grise et perturbée, où se sont succédées balades, visites à la famille et où malheureusement nous avons dit adieu à une de nos proches, nous avons prolongé notre séjour sous un ciel radieux, bénéficiant de températures estivales et propices à de belles épopées.
 Une petite balade au fil des prés autour des 3 Moulins  et du ruisseau du Moulin du Mas.





Ce vieux hameau aujourd’hui disparu. Alors que dans d’autres lieux, des pans de murs bien plus anciens ont mieux résisté au temps, ici seules quelques pierres moussues le long d’un petit ruisseau, attestent de la présence humaine jusqu’au début du siècle dernier. Au moins une famille vivait ici, s’abritant entre les collines aujourd’hui boisées ou envahies par la végétation. Çà et là de vieilles murailles surplombent le ru. Un canal de dérivation des eaux du moulin reste apparent à la jonction de deux ruisseaux. Sur la pierre d’une écluse l’eau s’étale en nappe sableuse et claire avant de reprendre son cours. Une vieille prairie s’envase. C’est ici que vivait Marie une tante de mon père. Peut être la seule à avoir traversé le temps et les épreuves jusque dans les années soixante. Veuve de guerre, elle éleva sa fille la Clémence, avec l’aide de sa belle famille. Mes grands parents, mes tantes et mon père se montrèrent solidaires et ne les laissèrent pas dans l’embarras. Elle s’était établie chez mon oncle, lors de leur mariage juste avant la guerre, dans la maison voisine de la notre. Je la revois garder au ruisseau en bas du village, son troupeau de moutons. Il y avait toujours accroché aux clôtures quelques toisons de laine qui séchaient au soleil. Fruit de la tonte. Je pense que Marie les utilisait sans doute, peut être pour rembourrer des matelas, à moins que ce ne soit pour d’autres besoins de la famille. Je ne pense pas qu’elle cardait. Quand elle quitta ce monde, ma sœur et mon père sont allé lui dire adieu. Je n’ai pas voulu les accompagner. Une brouille ancienne avait séparée nos deux familles. Ce qui fait que j’ai partagé peu de choses avec elle.
A notre retour de balade, un incident eut lieu avec lulu berlue, le malandrin, locataire indélicat de la maison d’en bas. Il se répand sur chaque espace disponible, au mépris du respect de l’environnement et de l’entourage. Personnage ordurier, grossier et violent, j’ai cru un moment qu’il allait nous frapper. J’ai eu le tort de faire une remarque à la propriétaire qui lui loue la maison au sujet de son envahissement jusque chez les voisins.Voilà les lieux avant que la maison soit rachetée et louée. Quelle misère !!!


Naturellement elle a transmit le message. Ce que j’ignore, c’est en quel termes et comment elle a traduit notre conversation. Toujours est-il que l’olibrius en question ne l’a pas entendu d’une bienveillante oreille et nous a copieusement insultés. J’ai ainsi pu découvrir l’étendu et la variété de son vocabulaire, à part connasse, gros sac et connard, c’est à peu prés tout ce qu’il connait.
Le soir une copine d’enfance est venue. Nous avons papoté avant de mettre au point un rendez vous pour une nouvelle balade au fil des bois ou des prés.


Le temps d'une petite halte dans un joli hameau sur les hauteurs de la commune. Adossé au bois grand et à celui de la Modière. J’y venais souvent enfant. Lorsque ma sœur vit le jour, je pris pension, ici, chez ma tante, durant les mois de l’hiver 1955. J’ai gardé d’excellents rapports avec mes cousins. Quand je reviens ici quelques jours, il n’est pas rare que je leur fasse une visite éclair parfois, plus importante d’autres fois. Avec mon cousin, nous avons passé une bonne partie de la matinée. Puis à l’heure du midi, nous avons partagé un repas de fortune avant une belle promenade jusqu’au point culminant pour admirer le somptueux panorama.

Nous avons terminé la journée dans la douceur du bassin de Saint-Dier,

près de ma nièce  et de ses deux chérubins, avant de regagner notre campement où nous attendait une belle surprise : une bouteille de lait bien frais offerte par ma copine dont la sœur élève quelques vaches laitières. Le lait était un régal !
Le lendemain, c'était jour de marché à la ville voisine. Sur la route, un troupeau de sangliers traverse sous notre nez. Pas le temps de dégainer l’appareil, ils sont déjà loin. La brume envahie la vallée d’Ambert et les sommets du Livradois.
Températures estivales pour cette belle matinée. J’aime ce marché, ses rues et ses maisons à colombage.




J’en profite toujours pour ramener quelques trouvailles, glanées ça ou là mais qui me rappelle le passé. Mes racines, ma culture sont ici. Pourquoi les chercher ailleurs ? L’accent prononcé des gens d’ici sonne bon le terroir. Cela sent le patois. Au coin des ruelles, de rudes paysans s’accordent à le parler, je le comprends encore un peu, parfois. J’ai chiné quelques livres auprès de bouquinistes. Sous la halle de la mairie, prés des producteurs locaux, se presse toujours une clientèle de connaisseurs en quête de bons produits. Miels et confitures, fromages, légumes de saisons, lentilles, champignons… abondent pour le plus grand bonheur des gourmets. C’est ici que souvent je me ravitaille, étant sûre de la qualité proposée.

La ronde des souvenirs (2)


  Pendant que je vous attends le long du chemin, je glane pour vous de petites merveilles.
Vous voyez, ces champignons ont mieux résisté que moi à la froidure de l'hiver !
Maintenant que vous m'avez rattrapés, je vous emmène un peu plus loin le long de mes chemins.
 Ici c'est celui de l'école, avec son pont maudit.
Si l'endroit peut vous paraitre agréable; c'est que vous n'avez jamais connu le supplice des écoliers et encore moins celui des petites écolières qui furent harcelées, malmenées, humiliées par les plus grands sur le trajet et qui eurent à subir la foudre et la haine d'adultes bourreaux en instituteurs déguisés. Nous étions les plus jeunes, ma soeur et moi et nous avions 8 et 5 ans, les grands en avaient 13, 14 et 15 ou 16 ans. Ils étaient nombreux. Nous étions deux. Le long de ce ruisseau pourtant il y avait des trésors.





 Dans ce pré une vieille dame gardait les vaches, nous discutions avec elle. Je ne manquais pas de lui demander des nouvelles et le nom de ses vaches. Des chevaux les ont, aujourd'hui, remplacées.
 Ici vivait,une famille, un vieux couple, lui menuisier, elle couturière. Nous passions devant leur porte quand nous étions toutes les deux ma soeur et moi. Nous la saluions au passage. Parfois, si maman était avec nous, elles nous invitait le temps d'un café pour elle et de pâtisseries pour nous.
 La cascade alimentait jadis une féculerie qui brula dans les années trente.
l’eau servit à combattre l’incendie. Mais celui-ci se propagea rapidement et détruit tout le bâtiment.
Naturellement nous ne l'avons jamais connu en activité, seules les ruines témoignaient de sa prospérité. Mon père souvent nous en parlait, refaisant vivre pour nous ces choses du passé. Les vieux murs restaurés aujourd’hui, constituent une belle demeure.

Le sentier des écoliers est clôturé. Le passage n’existe plus, de même que la source le long du chemin creux qui lui-aussi a partiellement disparu envahi par la végétation. Un vieux muret le borde sur plusieurs centaines de mètres puis nous perdons sa trace pour le retrouver un peu plus en aval du ruisseau, au niveau d’une décharge sauvage, cimetière pour vieilles carrosseries et engins à moteur. Sous leurs aspects bien propres de riches propriétaires fonciers, les néo-ruraux, quand ils n’en sont pas eux-mêmes à l’origine, acceptent à leur porte ces comportements d’une civilisation moderne indigne qui n’a que faire de son environnement. Seuls les promeneurs paisibles sont astreints aux règles liées au respect de la nature et code de la civilité.

Le passé c'était aussi ce bois. Nous y venions chercher des arbres morts, des branches  et quelques tronc dont les forestiers ne voulaient pas. Il fallait qu'on se chauffe l'hiver et il était long et froid en ce temps là. Nous venions avec la Jolie et la Jacade, bêtes d'oeuvre et de peine. Pendant que nos parents se cassaient l'échine à charger les chars de bois, nous faisions des cabanes, ma soeur et moi.
 La vieille ferme des Bordes était habitée. Le Louis travaillait parfois avec mon père. Il nous prêtait ses boeufs, jolis et robustes Salers dont un s'appelait charmant, l'autre Brillant et deux autres encore, le Damiant et le Bruno


 J'ai beaucoup de plaisir à flâner en ces lieux.Voici le vieil étable où étaient garés les boeufs. Maintenant des troupeaux s'y réfugient en estive, raison pour laquelle il est encore entretenu.
 Plus loin une autre féculerie au confluent de deux ruisseaux, tombe en ruine.






Sur la gauche on peut voir une croix à l'intérieur d'une autre croix.

A ce petit ruisseau on vient y chercher du sable, creusant son lit par endroit. C'est ici que par fortes chaleurs, nous venions nous baigner quand les enfants étaient petits.
 Les premières sorties des vaches, elles n'ont pas la chance d'avoir de gras pâturages comme celles de part chez nous. Elles devront attendre un peu que l'hiver soit définitivement parti.

 Et puis profitant des premiers vrais beaux jours, la fin de la semaine nous a conduit ici où une belle balade en famille nous a permis de découvrir le riant val d'Allier, fleuri et parfumé. Les montagnes moins loin sous le soleil scintillaient. Clermont et Cournon se doraient au soleil comme lézards des murailles sous le ciel de juillet.



 Quand nous sommes remonté sur le plateau du Livradois, l'herbe avait verdi. Ici aussi le soleil avait été de la partie.


 Cher et son lavoir, c'est ici que nos vaches venaient chercher la batteuse. Au moins 6 paires était mobilisées. 2 des nôtres étaient de la corvée. La Jacade toujours en tête avec la Jolie,la Charmante et la Blonde qui pour une fois ne faisaient pas de fantaisie, mais aussi la Brunette et la Jolie des voisins, et les boeufs aussi. Un convoi exceptionnel par sa grande agilité et un dévouement plus que parfait.
Quand le temps de la batteuse était terminé, déjà septembre était bien entamé. Venait la corvée des pommes de terre puis le ramassage des pommes. C'est là qu'un pressoir s'installait, prés de ce moulin, une distillerie permettait à chacun de se fournir en marc délicieux pour un canard dans un fond de verre de café. Un canard, pour les citadin, c'est un volatile qui se baigne dans une mare et sert à des agapes le moment venu. Pour nous gens de la campagne, c'est un doigt d'alcool fort sur un sucre au fond du verre de café.
Quand il ne pressait pas ou ne distillait pas, le moulin était le théâtre  d'une activité de scierie. Pays de bois et de terre d'élevage, le Livradois est peuplé d’autochtones aux multiples activités. A l'image de Gaspard qui parcourut cette montagne  dans les pas de Pourrat.


Certains ont reconstitué une cabane, où s'abrita Gaspard, dans le bois de Savine, pour notre plus grande joie.

La ronde des souvenirs (1)

Il y a peu, je parcourrais les routes de mon département. J'aurai bien voulu  partager avec vous quelques unes de mes balades variées (euh, pas tant que ça en fait) au fil des jours, mais vous avez vu l'état du réseau ? Et c'est avec ça qu'on veut nous amener le haut débit et  la fibre partout ? Bon d'accord, la fibre, c'est enterré, et là c'en n' est pas loin !
Ici on n'a pas la fibre sensible, et la ficelle est bien un peu grosse !
Bref, la privatisation des services publics entamée depuis le début des années 1990 avec France Télécom a fait son oeuvre. Vous voyez ce qui vous attend avec l'énergie, la santé, les transports, l'éducation, la culture, les finances publiques, l'armée et la police dans quelques temps ? Avec mister "m", au poste de commande et sir édouard à la manoeuvre,  et bien ce sera la même, en pire !
 Je ne dis pas ça pour vous saper le moral, mais être lucide et conscient n'empêche pas d'apprécier les belles choses pour autant, et d'ailleurs, pendant que j'y suis, je vous embarque avec moi pour quelques instants. Le temps de belles balades Auvergnates.
Au col de la Ventouse, le temps d'un arrêt minute, pas pu m'empêcher de respirer à pleins poumons l'air pur de mes montagnes. Le printemps bien en retard n'avait pas mis son habit vert, mais déjà on sentait les premiers brins d'herbe se profiler à l'horizon. L'air était frais, mais le chant des oiseaux nous disait clairement qu'il était temps de quitter les pulls au vert et de respirer pleinement le souffle léger du vent.
Naturellement à peine  descendant de l'auto, dés que j'eus le pied à terre, je commençais l'exploration de mon familier pays. Ses prés, ses champs, ses bois et ses clairières, immuables  avaient pris la marque du temps.

 Les chêne tout rabougri de mon enfance avait un peu grandi. Les rases faites au taille pré, n'étaient plus que lointain souvenir. Les joncs des marais ont envahi ce territoire où la vase à fait son lit.
Le vieux pommier du Charles, où je chipais les pommes au retour de l'école, est toujours là.
 La vieille demeure de la Germaine a trouvé un nouvel éclat. Les bâtiments démolis ont servi à construire des terrasses, des escaliers et des murets.
 Des constructions moderne encerclent le hameau, au loin la chaine des Puys domine, éclatante de lumière elle surveille la plaine éblouie. L'enceinte du château des Enclos a fait place aux jonquilles qui toutes frétillantes ont formé un tapis. Quelques éparses pierres moussues jonchent le sol. De la maison de l'Ernest quelques  pans de murs tiennent encore debout.






Les serves sont garnies d'une eau claire où nagent quelques bois morts parmi les feuilles de châtaigner que le vent à tombées.


 Les villages alentours survivent au rythme des saisons, passant du jour à la nuit sans bruit.
La forêt a perdu quelques branches. Du petit ruisseau où buvaient naguère les troupeaux coule toujours une onde fraiche et claire. J'y trouvais quelques giroles en gardant les vaches.
Je revois maman repriser les chaussettes, assise sous le grand sapin qui borde le champs, protégée du vent par l'immense talus.
Nathalie dépliait son gouter, la Fauvette broutait tranquille à ses pieds.

Quand venait l'été, en notre compagnie, le Charles râtelait le bon foin  en écoutant au transistor  l'épopée des géants du tour que nous tentions tous deux d'apercevoir,  escaladant les pentes abruptes d'un Puy de Dôme qui profilait sa forme ronde dans le lointain paysage d'une brumeuse clarté.



"Tu les vois me demandait le Charles ? Non, que je lui répondais. Regarde mieux me disait il". Et moi gamine, je m'efforçais d'apercevoir la silhouette gracile de l'un des forçats de la route que j'admirais plus que tout.
Quelques année,s après le Charles a quitté cette terre. Sans enfant, sans personne pour lui tenir la main. Son chien à ses côtés. La brave Fauvette , enfermée avec la dépouille de son maitre durant deux longues journées avait commencé de le dévorer. Cruelle fin pour un homme qui avait sacrifié sa jeunesse dans les tranchées de Verdun !
 Bon, je crois que je vous ai gâté pour aujourd'hui, je vais vous laisser savourer cette image à la gloire de ces deux immenses champions et je vous attends pour la suite de vos lectures avec de nouvelles aventures. A très bientôt, les amis.

Brèves de retour d'Auvergne