Emouvante et belle.


81 ans qu'elle existait. La vieille dame a rendu l'âme. Sur l'autel du profit. Sur l'autel de la finance. Sur la voie du libéralisme et sur celle de la dérèglementation. La SNCF, il s'agit d'elle, met aujourd'hui son dernier habit. Demain ne seront plus que des ruines de ce qui fut une belle aventure quand cheminant à travers la campagne, en bordure des vertes prairies, elle transportait sans crier gare des passagers et non des clients que regardaient passer les vaches, ruminant à l'ombre des pommiers.
 Cinq sociétés anonymes et anonymes simplifiées vont la remplacer dès demain   à l'heure où vous célèbrerez la nouvelle année. Cinq sociétés anonymes ouvrant la porte en grand à la privatisation, comme ce fut le cas pour les PTT mais encore EDF et bientôt d'autres services publics dont notre régime de protection sociale, déjà mis à mal par les différentes réformes passées et présentes comme nos retraites en subissent actuellement l'attaque.
Une manifestation contre la dite réforme se déroulait aujourd'hui encore. Si moins de monde que les autres jours y participait, l'intensité et la puissance de cette dernière n'étaient pas moindres, loin s'en faut. C'est ainsi qu'un faire part de décés tint lieu d'appel et nous défilâmes au son d'une marche funèbre, derrière  un corbillard, de noir et de pourpre habillé, au sein d'un cortège où les cheminots tenant bonne place, au terme d'un mois de grève, ne demandaient rien d'autre que d'être respectés. Comme travailleurs d'abord, comme êtres humains aussi mais surtout comme artisans de l’œuvre collective que fut ce grand service public de transport dont le rôle et l'utilité économique ont fait leurs preuves.
Un discours des plus émouvants fut prononcé, rappelant  qu'en mettant un terme à cette entreprise d'état, c'est  notre liberté et  notre autonomie qu'on sacrifie. Dit  de cette façon, cela peut paraitre succin, voir simpliste, car je prends des raccourcis, vous faisant grâce d'un discours sur les politiques publiques, conduisant à terme à la destruction de notre patrimoine économique, humain, social, écologique. Pourtant qui peut être meilleur garant de notre indépendance, de notre équité et de notre égalité collective, que des services publics forts et bien traités?

Ce fut l'occasion aussi de rendre hommage à l'un d'entre ses militants qui firent l'honneur de notre patrie. Pierre Sémard.  Et puisqu'on parle beaucoup d'otages que prendraient les cheminots grévistes, j'en profite pour pour rappeler que Pierre Sémard fut fusillé le 7 mars 1942, comme otage des nazis,  à la prison d'Evreux.
Emouvante la cérémonie consacrée à la symbolique dépouille de feu la SNCF, quand la foule des manifestants entonna le poing levé, devant un cercueil non moins symbolique, un chant dédié aux luttes que nous sommes entrain de mener.
 Aujourd'hui encore, j'ai été particulièrement fière d'appartenir à ce peuple debout qui se bat contre un pouvoir Injuste et obstiné.
 Aujourd'hui encore, cheminots mes frères, vous nous avez donné une belle leçon de courage et de dignité.
Aujourd'hui encore, je sais pourquoi je suis venue manifester.
Avant de terminer l'année et de vous souhaiter à tous une merveilleuse soirée, je voudrais vous offrir cette superbe chanson qu'a écrite le regretté Alain Leprest, magnifiquement interprétée par la sublime  Francesca Solleville, en hommage à Pierre Sémard.

 

Enorme !



Énorme, encore hier, la manif pour la défense de notre système social et de retraite par répartition.

Plus de 15 000 personnes, pour une ville de taille moyenne, soit à peu prés un 10éme de sa population. Quand nous avons remonté la rue depuis notre stationnement, ce n'était que cortèges ou groupes joyeux de gens qui agitaient banderoles, fanions ou drapeaux  au son du Chiffon rouge ou d'autres slogans improvisés sur des airs de chants révolutionnaires pour la plus part. Quand nous avons rejoint le point de départ de la manifestation, au sein du cortège des cheminots voyant la foule s'agiter, les uns immortalisant ces instants à l'aide de leur portable, les autres applaudissant, je fus saisie par la beauté de l'instant. J'en eus la chair de poule et pleurais sur le champs. C'était beau, c'était grand ! Je retrouvais "ma" classe ouvrière tout comme aux temps les plus forts de son histoire. La classe ouvrière des années charnières de la lutte, celle de 89 de 36, de la libération, de  68 et de 1895 à 1995. Celle que chante Jean Ferrat, celle que j'aime, celle dont me parlait souvent mon père, celle qui m'a vu naitre, grandir  et me construire et j'en fus fière. J'en fus fière car cette classe là qui fait l'histoire et qu'on méprise dans les salons de Matignon, dans les dossiers de l'Histoire que raconte monsieur Bern à la télé le soir, celle dont le président insulte la mémoire, n'est pas prête de baisser pavillon. Elle a de la ressource, du courage et  des convictions. Elle est contrainte de se battre pieds à pieds, souvent muselée, elle a le poing levé,  elle détient les clés du progrés. Celui qui sert l'humanité. Celui qui fait les hommes libres et heureux, égaux en droits,  en devoirs et en dignité.





Entre le boeuf et l'âne.



Elles s'appelaient Berthe,  Zénaïde,  Génie, Maria ou Anna. Leur existence fut rude et leur destin tragique bien des fois. Il leur fallut du courage et elles en eurent plus qu'il n'en faut quand braver le sort est un défit quotidien et que l'existence en dépend.

Elles entretenaient une basse cour, un potager et s'échinaient aux travaux des champs. Entre l'âne et le boeuf, tirant le joug, poussant charrue et lourd brabant, creusant la terre. faisant les foins. De leurs deux mains filant la laine, triant le grain. Au lavoir lavant le linge et au routoir, rouissant le lin.
 Femmes de labeur, femmes   servantes, de leur maitre et de leur terre, répondant à toutes les exigences, elles supportaient tout en silence, car il leur fallait nourrir leurs enfants et parfois même leurs petits enfants.  Besogneuses au sens le plus bas, rien ne les rebutait. Ravalant leurs larmes et leur fièreté, elles remplaçaient parfois l'âne quand il venait à manquer.
La Berthe pour se nourrir, tricotait des chaussettes que personne ne pouvait porter, en gardant ses 2 vaches qui lui assuraient un peu de lait. Ma mère  lui donnait de l'ouvrage contre un gros morceau de lard, c'est tout ce qu'elle avait pour la payer. Génie tricotait pour les gens de la ville en gardant son maigre troupeau. Elle travaillait aussi sa vigne, quelques arpents sur les coteaux volcaniques en contre bas du Puy de Liards. Maria louait ses bras à la journée, dans quelques maisons bourgeoises et revenait le soir aider sa vieille mère qui n'en pouvait plus de s'user sur le pan de terre qui leur restait.
Quelques poules, un potager, une vache et un âne, voilà toute leur fortune, et une vie à trimer.
Montmartre en 1848
Zénaïde vivait au flanc de la butte, entre culture et servitude. Je l'imagine descendant la rue des Saules conduire le bœuf et l'âne à l'abreuvoir  après une longue journée. je l'imagine dans ce quartier entre ruisseau et marais partageant son temps entre carrières et vignes ou potagers. Le jour charriant le schiste, le soir puisant l'eau  pour entretenir un petit bout de jardinet et le dimanche conduisant l'âne au moulin, moudre le grain. Montmartre en ce temps là ressemblait à un village où lavandières  et jardinières se côtoyaient.
Si pour nombre de citadins, de villageois ou de ruraux de confession judéo chrétienne, l'âne et le boeuf sont symbole de fête de la nativité, comment ne pas penser à tous ces jours entre l'âne et le boeuf, où nos ancêtres ont subsisté menant une existence pas meilleure que celle des bêtes de somme aux quelles il fallait parfois se substituer, n'ayant que leurs seuls bras pour travailler et  pour Noël, pas même une orange à partager.


Quand La Génie, ma grand mère, prit la petite Danielle dans son foyer, la gamine ne savait pas ce qu'était Noël. C'était la première fois que quelqu'un lui offrait quelque chose. cette année là, 3 ans aprés la guerre, (nous étions en 1948), il n'était pas rare, encore, que le vieux bonhomme sensé passer dans toutes les cheminées, en oublie quelques unes au passage. Ma mère et ma grand mère, qui n'étaient pas riches et devaient faire le travail des hommes pour gagner quelques deniers, mon grand père venant de mourir de ses blessures de guerre, avaient bien à coeur de célébrer  un Noël comme auraient dû en connaitre tant d'enfants. Quand Danièle découvrit cette orange dans son sabot, elle ne sut pas ce que c'était. Il fallut lui expliquer. Ma mère me parla souvent de l'émerveillement et des yeux brillants qui s'extasiaient devant de si minuscules présents. Pour nous gens de peu, gens de la terre, l'âne et le boeuf étaient avant tout symbole de dur labeur et de pauvreté.

Ce soir à la lune.

Sur cette plage étrange, je pressens des évènements surprenants se déroulant sous la lumière de la Lune
(Et ne dites rien, le TLF dit que l’on peut mettre un accent grave à « évènement » comme le laisse entendre la prononciation).
Dites nous ce que vous inspire cette inquiétante lumière traversant avec difficulté ces nuages tempétueux.
Je vais tenter quant à moi d’y lire quelque chose d’ici lundi…  


 Ce soir à la lune, je reviendrais pour voir si je ne me suis pas trompée. Figurez vous qu'hier, en marchant sur le sable mouillé, j'ai eu l'impression de glisser. Je me promenais tranquille quand tout à coup, sous mes pieds, une chose étrange s'est déplacée. Les rayons de lune se reflétaient dans l'eau laissée par la marée. Je crus d'abord à une méduse, mais la forme qui ondoyait tout prés ressemblait à une sorte de baleine miniaturisée. Peu certaine de ma découverte, je me penchais davantage, mais la chose s'enfonça dans la vase prés d'un rocher. Je me cachais longtemps histoire de surveiller la chose, mais elle ne réapparut point, si bien que je m'en allais frustrée. Quand je rentrais à la maison, je fis part de l'étrange à Marcus qui me rit au nez. Pensez donc, me dit il, ce sont les nuages qui provoquaient ce reflet que votre imagination démesurée aura  pris pour une baleine ! et de rigoler ! C'est alors que je décidai de revenir à la première marée descendante, mais  ce que j'avais vu la veille n'était plus qu'un mirage à peine dessiné. Le ciel était sans nuage, les vagues au loin se balançaient. Plus d'écume sur les rocher encore immergés. Plus que le sable sous mes pieds. Pas une algue, plus de galet. Mais sur quoi, avais je bien pu marché ? 
Je reviendrai donc ce soir à la lune, pour voir la mer se retirer.

Devoir accompli.

Je ne sais pas vous, mais moi, j'ai le sentiment du devoir accompli. Nous étions trés nombreux à la manif ce matin. Je suis partie bien avant la fin, c'est la deuxième fois que je ne termine pas depuis prés de 50 ans  ! La première fois, c'était en 2015, je venais d'être opérée d'un problème intestinal. Aujourd'hui c'est pour une autre raison tout aussi importante. Il y avait tellement de monde qu'à un moment j'ai coupé par une rue adjacente et me suis retrouvée presqu' en tête du cortège. Mais n'en pouvant plus, j'ai continué un bout et suis revenue à la voiture. En tout cas avec ou sans moi, il y avait du monde. Je crois qu'il y avait longtemps que je n'en avais pas vu autant. Cette journée comptera dans l'histoire sociale du mouvement ouvrier. Sir Edouard et son chef de bande ne pourront pas dire que... En attendant, j'envisage de me reposer et sans doute d'aller faire une balade en bord de rivière aprés manger, quand j'aurai réceptionné mon nouveau portable, car en ce moment, c'est compliqué, tout va de mal en pis. Le portable qui ne tient plus la charge va aller au rebus et je vais devoir me familiariser avec ces nouveaux outils qui font bip bip quand on ne s'en sert pas. Sinon mon Ti Lion  est hospitalisé depuis deux jours. Son état n'est pas brillant. Samedi dernier je l'ai envoyé chez le vétérinaire de garde, qui a fait tout un tas d'examens mais qui n'ont servit à rien parce qu'inexploitables au dire de ma vétérinaire habituelle qui a dû tout recommencer mardi parce qu'il avait toujours trés mal au ventre malgré les antibios et les anti- douleur. Il n'est pas tiré d'affaire notre petit Lion et  on ne sais pas à l'heure qu'il est s'il en réchappera, mais une chose est sure, c'est que nous avons bien fait de boire le champagne dimanche, car aujourd'hui, on en a pas envie. Quand je vous  dis qu'à chaque fois c'est pareil, vous me croyez maintenant ?
Sinon balade d'aprés manif, quelques photos en même temps que celle d'hier où j'ai perdu mon bâton et moi sans bâton, c'est dur de marcher !
aujourd'hui :

 Hier :




Lorette et le morceau de lard.

Et qui est ce qui s'apprête à mettre la table ? Hein, je vous le demande !
Cette image est tout de même douce comme un conte de Pagnol et fleure bon la campagne. Celle de mon enfance en tout cas, où pendant les fenaisons on s'abritait, étant enfants sous l'ombre des cerisiers des Enclos, la Lorette à nos côtés. La Lorette, c'était notre chien de berger. Elle nous accompagnait aux champs, aux prés. Quand nous gardions les vaches, maman et moi, la Lorette guettait et au premier "Hatchi ! Vé la care" elle savait quelle vache il fallait aller tourner. (pour les citadin qui ne sont pas Auvergnat, "hatchi vé la carre"  ça veut dire, "vas y, va la chercher", c'est du patois, et tourner les vaches, c'est les faire changer de direction, au moins pour qu'elles n'aillent pas trop loin dans le regain, parce qu'il faut vous dire aussi, qu'en ce temps là il n'y avait pas encore l'électricité sur les clôtures !).
La lorette, donc était aussi friande que moi de mon 10 heure. Composé de petites bouchées de pain et de lard du cochon tué l'année d'avant, juste avant qu'il ne soit trop rance, le lard, pas le cochon, nous partagions, Lorette et moi, pendant que maman tricotait. Je la revois agiter ses quatre aiguilles et les chaussettes s'allonger au fil des jours, son sac en toile posé sur le côté, devant elle son ouvrage et nous, jouant à ses pieds. Je repense aussi à la fois où Lorette sommeillait et où, moi, par surprise je suis venue la réveiller. Elle me sauta à la figure et ses crocs marquèrent mon nez ensanglanté. De trace, point n'ont subsisté, mais je sais depuis qu'il ne faut jamais réveiller un chien qui dort.
La Lorette a fini ses jour dans un fourré au fond du pré des enclos. Je ne me souviens plus si le soir elle était rentrée, mais ce que je sais c'est que le Boby, le chien du Jean notre voisin est venu le lendemain. Il rodait autour de mon père, comme s'il lui parlait. Mon père ne comprenait pas d'abord, mais le chien insistait. Quand mon père compris enfin qu'il voulait lui dire quelque chose, Boby arrêta de tourner, il partit la tête tournée vers mon père et le regard suppliant lui dit "viens, il faut m'accompagner". Intrigué, mon père le suivit alors. Boby le conduisit pile à l'endroit où Lorette endormi, attendait qu'on vienne la chercher. Sur caresse sur la tête et un mot gentil "c'est bien tu, es un bon chien", papa repartit, Boby à ses côtes de temps en temps levait la tête vers lui et son regard de bon chien disait "merci" merci de m'avoir suivi, merci pour elle et merci aussi de m'avoir compris. Papa prit la brouette et nous l'avons accompagné chercher Lorette. Nous l'avons enterrée sous les cerisiers des Enclos, là où nous avons tant joué et avec elle cabriolé.
Cela fait longtemps de ça et l'eau de la rase qui coule au fond du pré s'en est allée. S'en sont allé  Boby, le Jean, Papa, Maman et beaucoup de ceux qui nous ont aimé. Mais je n'ai pas oublié. Pas oublié le regard de ce chien. Pas oublié son odeur, ni la couleur de son pelage. Pas oublié Boby et son intelligence extraordinaire, ni sa faculté à dialoguer. Pas oublié nos jeux d'enfants, ni la saveur de nos étés. Il m'arrive d'avoir en moi, le goût profond du morceau de lard que maman coupait pour moi, en si fines bouchées. Il n'est pas rance, seulement un peu salé.

Champagne !

Je me rends subitement compte que nous sommes vendredi, qu'il est 17 h 15 et que depuis le devoir de lundi, je n'ai rien écrit cette semaine. Cela n'est pas grave en soi et je ne vous sais pas si impatient non plus. Pas eu d'occasion de le faire, rien de particulier ne s'étant produit. La routine quoi ! la routine routinière d'une semaine quelconque où il ne se passe rien. Enfin ce fut vrai jusqu'à hier, mais hier, je me suis dit je raconterai demain car , car... la journée n'est pas finie ! Black Friday, qu'ils ont dit les américains, grand connaisseur de ce qui est black et de ce qui ne l'est pas. Surtout de ce qui ne l'est pas d'ailleurs.  Donc hier,  ceci : écrit en tout petit sur mon téléphone portable avec cette toute petite phrase :



Donc le friday qui comme son nom l'indique est le jour du poisson, ne fut pas black, mais plutôt rose. Rose pale peut être, compte tenu du temps que cela à pris : 5 ans et demi quand même. On était au courant, mais quand même ! On va surtout dire qu'on est patient, trés patient même !
 
Donc, le champagne, on ne l'a pas bu sur le champ, car la journée était seulement à son zénith et surtout la lauréate en question, avec qui on aurait volontiers trinqué, était à son travail. On aurait pu le boire aujourd'hui, remarquez. Mais d'autres raisons ont fait que. Alors,  Champagne ou pas ? Ben on va dire qu'à chaque fois que j'aurais eu l'occasion d'en boire une petite coupe, une raison poussant l'autre, il s'en est trouvé une  en trouble fête, pour ne pas profiter de la fête.  Et ce matin, le réveil difficile même sans champagne, mais avec des cauchemars me vit assez peu prompte à en boire un verre au petit déjeuner. Je remarquais que Petit Lion n'était pas venu ni cette nuit, sur mon lit, ni dans la cuisine réclamer sa tartine. Je m'inquiétais donc et le découvris groti sur le fauteuil, l'air souffrant et misérable. Le temps de trouver un vétérinaire, et la journée, a filé comme une étoile filante en plein mois d'aout. Examens, analyses, radio, rien de concluant, 200 euros en moins, nous en sommes toujours au même point.
Et bien vous voulez que je vous dise ?  Le champagne on va le boire , et pas qu'un peu, tiens ! on ne va pas attendre qu'une raison encore plus mauvaise nous tombe dessus, et puis, hein, on a bien assez attendu, non ?
 Et puis aussi, hier soir, dans mon petit bled, 


Parmi toutes les chansons, magnifiques et magnifiquement interprétées, certaines   me parlent particulièrement en ce moment  et n'ont pris aucune ride. Mais j'aime particulièrement celle là.  Gilles Servat, Un artiste comme il en reste encore.
 La première fois que je l'ai vu, c'était il y a si longtemps, sur la scène du théâtre de verdure à la fête de l'Huma, à la fin des années 70 ou début 80 ? La première fois que je l'ai vu dans mon petit bled, c'était il y a 19 ans, la Ponette était toute jeune et s'en souvient encore.

Souvenirs du temps passé

Quelque chose m’est suggéré en regardant cette toile.
Mais vous ? Que vous dit cette toile ?
Si voulez bien faire ce « devoir de Lakevio du Goût », commencez-le par cette phrase « J’ai arpenté pendant plusieurs jours le XVIème arrondissement, car la rue silencieuse bordée d’arbres que je revoyais dans mon souvenir correspondait aux rues de ce quartier. »
Et closez le par « Ce fut un chagrin désordonné. »


J'ai arpenté pendant plusieurs jours le XVIème arrondissement, car la rue silencieuse bordée d'arbre que je revoyais dans mon souvenir correspondait aux rues de ce quartier.
J'avais été nommée, suite à un concours des PTT, dans le rue de Jasmin, il y avait bien longtemps maintenant.  Désoeuvrée, comme la plupart de celles qui comme moi avaient atterrit ici, je me baladais l'âme en peine dans les quartiers  huppés où rien ne m'était familier. Nous étions fin novembre. Je venais de quitter mon village, que la neige recouvrait déjà et je recherchais l'illusion de mon pays abandonné. Je marchais sans but et passais de villa en villa, de jardin arborés en jardins d'agréments sans vraiment faire attention à ce que je voyais. Ce monde n'était pas le mien. Rien ici ne me parlait, n'évoquait mes hivers sur la neige gelée quand par temps de froidure il fallait aller chercher le pain ou quelqu'autres denrées dont nous devions nous approvisionner. Ici pas un oiseau ne chantait, pas une bête apeurée. Plutôt que de s'enfoncer, légers dans la poudreuse fraichement tombée, mes pas sur le béton résonnaient. Je repensais à la grande maison qui bordait le chemin de notre école et je revoyais la propriété toute bordée de lilas, des blancs, des mauves, des violets et son hôte toujours bien habillée, nous saluer au passage. Je revoyais la vieille Francine monter le chemin jusque chez Borvo pour nous préserver des galopins et nous offrir un carré de chocolat qu'elle avait pour nous garder bien au fond de sa poche. Parfois, on redescendait jusque chez elle, où l'Ambroise, son homme, nous faisait déguster une poire cuite en guise de goûter. Ces moments chèrement enfouis au fond de ma mémoire me ramenaient inexorablement à mon enfance, que j'aurais voulu voir s'éterniser. Quand je réalisais enfin où je me trouvais, je n'avais plus de courage, j'avançais sans vraiment savoir où aller. Je repense parfois à ce temps si lointain. Il m'arrive aussi de retrouver des émotions alors éprouvées. Je ne saurais les décrire maintenant car tant d'autres les ont remplacés. Les évoquer ici ne me fut guère  salutaire, tout se mélange à présent, mais je retrouve parfois l'impression que cela me procurait. Et cela je peux vous le dire. Ce fut un chagrin désordonné.




Couleurs.

Il est revenu (non pas le temps du muguet, mais il reviendra !) le soleil avec les premiers frimas. Moins un ce matin quand j'ai pris la voiture pour emmener Ti-Lion  se faire opérer (non pas de l'appendicite ! m'engin !). Son copain Flocon le cherche partout, tout surpris de ne pas le voir lui sauter dessus et sa copine Plume travaille pour rien en lui rapportant des souris.

 Le givre a fait son apparition et j'en ai profité pour aller faire quelques photos. Je suis descendue au vieux moulin. J'ai pataugé dans les mouillère. Puis je suis allée voir un autre moulin. Deux heures de marche et les pieds trempés. Cela fait du bien de revoir les ruisseaux et les rivières bien alimentés. 












C'est une journée agréable et je suis contente qu'elle soit belle, avec de vraies couleurs d'automne. Par contre je suis un peu déçue, il a beaucoup plu, les feuilles sont restées vertes et elles commencent à tomber sans s'être endimanchées.

Des racines et des ailes.

Nul ne guérit de son enfance, c'est ce que disait un prêtre, ce matin dans une petite église de province. Nul ne guérit de son enfance. Et c'est bien vrai. Nul ne guérit de son enfance et ils étaient des milliers à l'écouter. Nul ne guérit de son enfance, et nous sommes tous là pour en témoigner.
La mienne à courir dans les champs, pour une fleur, un papillon, mais pareille à la sienne quand faite de sueur et de terre, de sang qui se mélange à la terre par un genou écorché, par une blessure encore mal cicatrisée.  La mienne prés d'un char de foin, ou de bois qu'il fallait charger puis tirer, pareille à la sienne pour le pain si durement gagné. La mienne aux profondes racines, tout comme la sienne à celles qu'il a toujours gardées.
Quand il lui poussa des ailes et qu'il s'envola vers les sommets, je le suivais dans ses échappées belles et de loin je l'admirais. Comme des milliers qui sont venu le saluer, pour son dernier sprint sur sa dernière ligne d'arrivée.
Ce matin dans et autour de la chapelle de Saint Léonard, des fleurs. Des fleurs par dizaines de milliers. Il y pleuvait des larmes, des larmes et des fleurs pour l'accompagner. Si des officiels étaient là pour se faire mousser, tel les ministres, qui peut être, sans doute,  entendaient parler de lui pour la première fois, mais savent par nature, bien se placer au bon endroit et au bon moment,  il y avait surtout la foule qui l'avait si souvent acclamé. Cette foule qu'il ne manquait jamais d'honorer, de gratifier. Cette foule immense venue une dernière fois le saluer.
Ce matin, ses racines une dernière fois ont pris leurs ailes. Ces racines d'homme de la terre, qui ont creusé profond pour ne jamais perdre pied. Nul ne guérit de son enfance, pour savoir d'où l'on vient et savoir qui l'on est,  ça il ne l'a jamais oublié. C'est aussi ce la légende retiendra de sa fabuleuse destinée.

Adieu Poupou, tu resteras dans l'histoire, quand tant d'autres couverts de gloire seront oubliés.



Raymond tout simplement.


J'aimerai que vous me parliez de vélo, nous dit le Goût pour cet atelier du lundi.
Parler de vélo en ce triste jour, veille des obsèques de Poupou, voilà qui n'est guère facile, sans parler de lui.
J'avais 7 ou 8 ans quand j'ai commencé à m’intéresser  à la petite reine, et à ces beaux champions dont j'entendais les noms à la radio. Ma mère, elle aussi passionnée par les exploits des frères Magne : Pierre et Antonin, des frères Maès : Sylvère, Charles et Romain, ou Bartali, qui faisaient la gloire du temps de de sa jeunesse. Puis des dynasties suivantes : Bobet : Jean et Louison,  Géminiani : Angello et Raphaël, Fausto Copi, Robic,  Anglade...
Elle nous racontait comment au retour de l'école ou au retour des champs, quand venait l'heure du midi, ils se précipitaient son frère et elle sur la porte de leur voisin pour emprunter le journal qui en dépassait, afin de découvrir les dernières nouvelles du Tour de France.
Plus tard, elle  ne manquait jamais de se renseigner et de nous renseigner sur les arrivées d'étapes du Tour.   Celui ci ayant toujours lieu en juillet, au moment des gros travaux de la ferme, mais aussi des grandes vacances, elle se détendait en écoutant un peu la radio, tôt le matin ou tard le soir. Nous écoutions avec elle, parfois,  et nous passionnions pour les exploits des géants de la route. Moi j'aimais bien Bahamontès, l'aigle de Tolède, qui s'envolait dans la montagne. J'ai toujours aimé passionnément la montagne.
Puis il y eut Poulidor. J'ai toujours en tête cette image parue dans les journaux de l'époque,  où on le voit près d'un lourd char de foin, accompagnant ses boeufs. Plus loin une autre page le montre en compagnie de ses vieux parents, Martial et Marie, autour de la table familiale dès le retour des champs. Ces images me parlaient tellement ! Symboles de la rudesse de la condition paysanne qui était la notre. Symbole de l'humilité  et du dénuement.
En ce temps là, nos idoles sportives étaient issues de milieux modestes. Bahamontès était un simple ouvrier agricole, Walkowiack un ouvrier d'usine, et Poulidor un  métayer des hauts plateaux du Limousin, terre acide de bruyères et pins.
Je me revois enfant, courant dans la campagne avec mon chien, un bout de bois en guise de guidon et rêver que moi aussi je réalisais des exploits. Parfois j'étais coureur avec plein de talents. Je rivalisais  avec ou j'étais l'un d'eux, parmi les meilleurs. C'est fou ce qu'on peut faire quand on est enfant !
Et puis j'ai grandi et je n'ai plus joué. Mais j'ai toujours gardé ma passion pour la montagne, pour le grand large et pour mes beaux champions. Avec notre voisin Charles, quand nous fanions son champs d'où on aperçoit si distinctement le Puy de Dôme, nous nous amusions a deviner leur silhouette en écoutant les étapes de la grande boucle, sur le  transistor que j'avais reçu en cadeau de communion. Nous, notre idole, c'était Poulidor et nous avions mal quand il souffrait. Nous étions heureux quand il gagnait, triste quand la guigne le poursuivait. Chacun de ses coups de pédale nous transportait.
Un jour avec mes petites soeurs, nous avons pris le car qui descendait sur Clermont. De là nous sommes montées à pied, sur le Puy de Dôme afin de  le voir passer et de l' encourager. Même si  l'instant fut bref, mais ma joie fut si intense que je l'éprouve encore aujourd'hui avec un pincement.
Poupou, je savais tout de lui, le nom de sa femme de ses enfants et même de son chien. Ma collection de ses  photos rivalisait avec  celle des photos de mes vaches. Bref, si les comices agricoles avaient lieu en même temps qu'une course cycliste à laquelle participait le champion, le journal de mon père ressemblait à une passoire avec d'énormes trous.
Quand mon père hérita d'un oncle, de sa vieille voiture, il interrompait les travaux des champs pour nous conduire sur l'étape du tour qui passait prés de chez nous. On emmenait parfois  Charles avec nous. Nous assistions au passage de la caravane et attendions impatiemment. Soudain c'était la rumeur parmi la foule : "ils arrivent, ils ne sont pas loin", entendait-on comme un murmure qui courrait à la vitesse du vent. La clameur "Aller Poupou" gonflait alors et apparaissait le peloton
 dans un panache en long ruban, de jaune, de rouge, de vert et de multicolore, ne laissant qu'un ciel de traine,  une illusion.
Le cyclisme en ce temps là, était la consécration, l'oeuvre des pauvres et chaque foyer modeste s'en sentait plus grand.  Les exploits de Poulidor représentaient  notre revanche à nous, les sans.
Il était bien l' un des nôtres, nous le reconnaissions et si tout le monde ou presque, aimait Poupou, ici, pour nous, c'était Raymond, tout simplement.


Au revoir.

Je l'avais vu en septembre dernier, sur ses deux roues,  dans un fauteuil, pas un de ceux où il avait si souvent été, non, un de ceux où on ne se réjouit pas d'être assis, à la merci de n'importe quel convoi. Il traversait le hall de l'hôpital, poussé par un serviteur comme on en trouve dans les hôpitaux. Pas un de ceux qui le poussaient naguère quand dans les cols il lui arrivait de dérailler. Pas un de ces vaillants guerriers  que l'on nomme "équipiers", toujours présents à ses côtés. Un de ceux qui restent dans l'ombre et qui pourtant jouent un rôle majeur, roulant jusqu'à l'épuisement et parfois bien davantage encore. Mais un de ceux appelés ambulanciers. La foule indifférente ne criait pas "Allez Poupou". Pourtant ! Combien il aurait mérité d'encouragements à ce moment où l'on sent la vie vaciller. Je l'ai regardé, prête à lui jeter des fleurs, à l'embrasser. Mais je me dis que je lui devais le respect et que sans doute, dans ces circonstances, il n'aspirait qu'à un peu de tranquillité.  Je le laissais donc filer avec toute la pudeur des grands, comme il l'a toujours été.
Quelques temps après j'appris par la télé qu'il venait d'être hospitalisé, dans l'hôpital de son village et qu'une immense fatigue le tenaillait. Puis la presse se fit discrète, de lui, on entendit plus parler. Jusqu'à hier. Jour fatidique où l'histoire a basculé.
Que dire encore de lui ? A part ce que tout le monde dit  et sait : qu'il était un grand champion, un homme hors du commun. Oui, on peut le dire et on le dira longtemps. Longtemps sa voix nous accompagnera. Longtemps son sourire bonhomme nous poursuivra. Longtemps de  sa gentillesse et de sa sympathie on se souviendra.
Je le revois, simple et modeste, homme de la campagne, paysan sans terre accompagnant ses boeufs sur cette terre de misère où l'Homme a tant de peine à arracher sa subsistance. C'est ce qui me fit aimer cet homme, l'admirer, le respecter. Cet homme humble qui gagna sa première course sur le vélo de sa grand mère. S'il en gagna beaucoup d'autres, ce fut à la force du jarret. Sa gloire, sa popularité, il ne les devait à personne. Lui seul en était l'artisan.
 Je le revois encore, en ce 4  décembre 2015. Nous commémorions le 120ième anniversaire de la création de la CGT. Une course était organisée pour l'occasion. De bonne grâce, il s'était prêté à la cérémonie et était venu en donner le départ aux côtés de notre secrétaire général, Philippe Martinez. Tous deux avec une grande  gentillesse et dans la plus grande modestie avaient pris le café avec les camarades. Il resta avec nous un long moment,  à échanger, discuter, partager. Sa grande sagesse lui conférait une philosophie dont bien d'entre nous devrions nous inspirer. Le monde en serait bien meilleur et plus simples nous rapports à autrui.  Puis il était reparti, comme il était venu, son journal sous le bras, aprés un dernier signe de la main pour nous remercier.  Il était ainsi Poupou. Nombreux sont ceux qui garderont longtemps son souvenir, et seront fier de l'avoir un jour croisé.
 Homme du peuple, Homme de la rue, fils de la terre et de la foule, tu vas nous manquer. Longtemps tu vas nous manquer. Et comme tu nous manques déjà...
Au revoir Poupou. Prends soin de tous ceux que tu vas retrouver.

Quand te reverai - je, maintenant ?


La semaine  s'achève un lundi cette fois ci. Dehors il pleut, il fait gris. Le froid s'installe en ce jour cérémonie. Je pourrais m'occuper, m'activer, mais je n'en n' ai pas envie. Le gris habille trés bien cette journée morose. Tout à l'heure je suis aller au jardin chercher quelques légumes pour ta provision de la semaine. Puis j'ai emballé quelques restes de repas pour ce soir, pour ton repas. Quand tu rentreras chez toi, tu n'auras plus qu'à faire chauffer. Dans deux ou trois heures, tu m’appelleras pour me dire que tu es rentré. Demain ta semaine va recommencer. La mienne pareille à la précédente va s'écouler tout doucement, sans saveur et sans joie. Avec angoisse et ennui. Et cette question qui me brule : quand te reverrai - je maintenant ? Ainsi va la vie, inégale, incertaine parsemée de belles choses et de tant d'autres. Des qu'on ne dis pas, des qu'on ne montre pas. A quoi bon ? Profiter des bons moments, éloigner les mauvaises pensées. Se dire que tout va recommencer, parce que si ce n'est pas certain, c'est quand même peut - être et que demain est encore loin. Demain qui est un autre jour. Ne pas penser à demain.


Et vlan passe moi l'éponge.

"Et vlan, passe moi l'éponge !"   dit La Germaine au Fernand qui la regarde chaque samedi prendre son bain. C'est le rituel hebdomadaire, car il faut être propre pour la messe du lendemain.
D'abord, c'est lui qui investi le premier le cabinet de toilette. Il prend son temps, et religieusement devant la grande glace, il procède à un rasage méticuleux. Puis il rince son blaireau avant de le ranger dans une trousse d'un bleu douteux avant de prendre une douche vite fait, pour ne pas faire languir la Germaine à qui il tarde qu'il en finisse afin de pouvoir  à son tour occuper la salle de bain. Plus précisément la baignoire dans laquelle elle se fait couler un bon bain bien chaud. Un bain parfumé et plein de mousse où elle va plonger et se prélasser un bon moment pendant que Fernand se tient prêt à accueillir son corps tremblant contre sa robuste poitrine tiède et velue. Il la cueille comme on cueille une fleur et lui sèche délicatement le dos avec la grande serviette éponge qui l'enveloppe toute entière. Puis il la  pose là  tendrement sur le pouf où avec un soin plus méticuleux encore, elle insiste sur les replis les plus délicats de sa peau, avant de lui demander à lui de s'occuper de son dos. Plus particulièrement du bas de son dos, elle lui demande alors s'il ne pourrait pas.  Fernand aime bien lui entendre dire ces mots magiques : " fais moi gligli et zigouzi dans le dos". Ce moment où la matinée s'anime invariablement pour Germaine et pour Fernand,  le samedi devient  un  dimanche en semaine.
C'est Byzance à chaque fois. Ce jour là on passe l'éponge sur bien des choses. Au diable les histoires de vices de l'un et de versa de l'autre.  Fernand et Germaine, ne pensent plus, ils butinent un nectar si délicieux qu'à la fin du jour, ils ont vidé le calice jusqu'à l' hallali. 

4 murs et un toit.

Oui, bon je sais ! Il y avait des travaux en perspective. Beaucoup de travaux. Mais nous étions jeunes encore et un peu fous. Quand nous vîmes cette maison, nous en tombâmes immédiatement sous le charme. Elle était spacieuse, délabrée, mais spacieuse. Ses grandes ouvertures à l'étage laissaient passer beaucoup de lumière. Nous serions bien l'été sur sa terrasse et l'hiver au coin d'un bon feu dans la grande cheminée. D'immenses pièces allaient nous permettre de créer des espaces à vivre merveilleux. Entourée d'un somptueux jardin donnant sur la baie, nous ne craindrions pas d'être dérangés. Nos enfants pourraient s'inventer des jeux que nuls autres enfants ne connaitraient. De grands cyprès plusieurs fois centenaire délimitaient l'espace rocailleux où nous entretiendrions un jardin méditerranéen. Devant l'entrée principale, une pelouse naturelle était bordée par de robustes pins parasols et des figuiers dont la récolte agrémenterait nos étés.
La maison de nos rêves, était là à nos pieds et nous n'avions qu'à récupérer les clés.
Une fois fait, nous nous attaquerions aux travaux. Ce que nous ne savions pas, c'est que cette maison était frappée d'alignement. Nous n’eûmes jamais les autorisations nécessaires, ni le permis de construire indispensable à son aménagement. Vouée à la démolition, cette maison était tombée en désuétude et aller le rester. Nous ne nous sommes jamais remis de cette mésaventure. Ni financièrement, bien sûr, ni moralement, naturellement. Voir s'écrouler le plus beau de nos rêves en même temps que des pans entiers de l'édifice sensé nous héberger, tel était notre destin tragique. Aujourd'hui quand j'y songe, j'en ai encore les larmes aux yeux. Nous nous sommes pourtant débattus face aux huissiers, aux agents immobiliers véreux, aux autorités responsables de toutes ces décisions absurdes et controversées. Mais comme un diable dans un bénitier, en vain. Nous sommes maintenant vieux, malades  et usés. Nous n'attendons plus rien de la bonne société. Personne ne peut plus nous humilier, mais toute notre vie en  a été gâchée.

Les hauts d'où hurle le vent.

Bien maussade ce temps de Toussaint. La Ponette pourra-t-elle venir faire du vélo ? Je l'espère quand même, il y a du vent et en ouvrant la fenêtre à Petit Lion,
j'ai vu qu'il y avait du vent mais qu'il ne faisait pas trés froid. Je ne sais pas si je pourrai aller me balader, j'aime bien ce temps doux et venteux. Le vent d'automne me donne des ailes et me pousse sous des latitudes où frétillent la truite, l'omble  et le  preux chevalier dont l'ombre se faufile à travers la montagne. Faute de  partir en escapade là  haut, où Aquilon s'engouffre sous la toile de mes chauds vêtements et hurle sur les sommets parsemés d'herbe rêche, de bruyère et de genévriers, hier j'ai profité des quelques rayons tardifs pour m'échapper un peu. J'ai fait quelques photos. Un château entouré d'eau sombre avait des allures de circonstance, j'aurais été enfant, j'aurais imaginé une histoire de sorcière, de chaudron, de crapaud cuisant à l'intérieur et de chiens à 5 têtes me poursuivant dans les bois alentours. C'est ce qui se serait produit sans doute  s'il n'y avait eu l'étang à traverser. Durant ma balade, une vieille femme me suivait marchant d'un bon pas, son bâton à la main. Tous les ingrédients étaient là pour donner le frisson aux enfants.





Entre deux eaux.

J'hésite ce matin. Beaucoup. Entre ne rien faire et faire quelque chose. Le temps est si engageant que je crois que je ne ferai rien ! Mais aprés tout ne rien faire c'est déjà faire quelque chose, puisqu'on fait rien !
Cela me fait penser à une expression bien de chez nous, qui signifie sans importance. : "ça fait pas rien !"
"Mais enfin Marinette,  si ça fait pas rien, c'est que ça fait quand même quelque chose !" répondait Max à sa copine Marinette avec qui il gardait les vaches du côté de Saint Genis La tour, dans le vent du Peyradoux.
Que j'avais aimé ce livre ! Que de chemins connus et familiers j'avais empruntés, de la rue Letort au chemin de Sautartelle !
Je devais être hospitalisée et j'avais besoin de lecture. Cette année là j'ai dû lire tout Signol, mais boulimique je ne pensais pas en avoir assez.  Ce livre je l'avais choisi parce que la quatrième de couverture m'expliquait que c'était l'histoire d'un petit parisien qui vient passer ses vacances en Auvergne dans les années 50. Je pensais découvrir comment un petit titi s'amuserait de nos travers, à nous gens de la terre.
Certes avec beaucoup d'humour et de drôlerie, il dépeint nos vies mais l'exacte précision des lieux, leur description dans ses moindres brins d'herbe m'ont tellement surprise qu'aujourd'hui j'en ai encore l'agréable nostalgie.
Tout ça pour expliquer que ne rien faire, c'est sans doute pas grand chose, mais c'est déjà un début.
Bon, aller je vais quand même me secouer et aller me dégourdir les jambes, comme on dit aussi chez moi. En plus ne riez pas ! j'ai oublié de rentrer le linge hier soir, il a dû sécher depuis, surtout qu'il a navigué entre deux seaux d'averses nocturnes entre temps.
 Et puis pour vous montrer que quand je fais rien, je fais quand même quelque chose :

Interrogation sur prise.

Une belle journée hier encore, fraiche et ensoleillée, avec ses brumes matinales qui donnent à l'automne son charme et son mystère. J'en ai profité pour faire une petite balade à deux pas de chez moi. C'était sympathique. Une chapelle dans un jardin traversé par la rivière Aurence où de vieux moulins réhabilités en belles demeures offraient au visiteur, une vue superbe.


Sur la colline, un calvaire où débouchait un chemin de croix et une grotte en contre bas. Des statues de saints et de madones peuplaient cet univers.



Les arbres centenaires déployaient leurs branches et leur couleurs. Je marchais paisible dans la rosée. Au loin de vieux messieurs causaient à l'ombre des platanes. Une femme et son enfant marchaient dans l'herbe humide que des  municipaux s'affairaient à la tonte. Les mélèzes se miraient dans l'onde marneuse. Je découvrais aussi, le long de la voie de chemin de fer, une vieille cabane au toit moussu.
Il n'en fallait pas plus pour gouter au bonheur d'être ici, ne pas penser au lendemain et avoir une nouvelle fois envie de courir loin, trés loin dans la montagne où sa parure au mille teintes égaie la nature. Peut être irais je y faire un tour et profiter des dernières feuilles avant qu'elles ne jonchent le sol et nourrissent la micro faune qui déjà s'en empare et la transforme en une autre matière sur laquelle reverdira l'herbe quand le printemps reviendra.
Puis il faudra affronter l'hiver, ses déconvenues, ses froidures. Quand la belle saison refleurira, je ne serai pas encore une autre et plus tout à fait moi. Mon corps douloureux Aura -t-il l'énergie pour affronter cela ? Et moi à l'intérieur pourrai - je à nouveau apprécier comme il le faudrait ce nouveau moi ? Marcher en altitude et redécouvrir le charme de l'éveil floral au cours de  promenades improvisées au gré de mes envies ? Sombres jours qui s'annoncent, aurez vous raison de ma force ? Ou bien profiterez vous de ma faiblesse pour anéantir toute volonté de me laisser séduire par cette merveille qu'est notre terre ?

Question d'hygiène.

Mr Caillebotte n’a pas peint que le pont de l’Europe, la gare Saint Lazare, des « racleurs de parquet » ou les trottoirs parisiens. Non, ...