Un vélo dans le coeur.



Dans Paris à vélo, je dépasse les autos, dans Paris à vélo je dépasse les taxis. Bien sûr cela vous rappelle à tous quelque chose. Jolie mélodie que nous fredonnions jadis en sifflotant sur la colline aux lilas blancs. Quand nous rentrions fourbus de notre escapade, nous nous arrêtions chez la boulangère aux grosses lunettes et dégustions un pain au chocolat. Celui qui restait de la veille ou du matin et nous nous apprêtions à prendre dans le hall de la gare un café blanc. C'était il y a bien longtemps. Avant d'aller travailler, nous nous autorisions cette sortie matinale, le long des quais ou bien du jardin des plantes. Puis nous prenions le métro jusqu'à notre point de chute, l'usine ou le bureau. Nous nous demandions à chaque fois, pourquoi ne pas aller au travail en vélo ? Mais cela devenait une expédition impossible à entreprendre entre les files de conducteurs pressés et souvent irascibles et le temps chronométré pour ne pas se faire avoiner par le chef d'atelier. Alors, nous nous octroyons cette bienfaisante excursion matinale, histoire de nous mettre en forme pour la journée avant de rentrer à la maison prendre une douche rapide et descendre en moins d'un quart d'heure à la station de train de métro ou d'autobus et commencer notre périple dans Paris qui s'éveille encombré de mille et une façons.
J'aimais le vélo. Particulièrement. Cette révélation m’apparut lors de ma prime enfance. Ma mère, paysanne Auvergnate nous racontait souvent comment enfant avec son frère, dès que venait juillet, elle allait chiper le journal sous la porte de son voisin pour quérir les exploits d'Antonin et de Pierre Magne, de Sylvère de Charles ou Romain (tiens : Romain, quel merveilleux prénom!) Maes.
Le frère et la sœur dépliaient le journal, regardaient le résultat de l'étape du jour et reposaient soigneusement le dit journal à sa place sous la porte du Léon Mayade, puisque c'est à lui qu'ils l'empruntaient. Quand j'entendais maman raconter avec quelle passion elle suivait le tour de France, je ne pouvais moi même résister à l'attrait de cet incroyable effort accompli par mes champions préférés : Rick Van Looy, Fédérico Bahamontès, mon aigle de Tolède, Jacques Anquetil et bien sûr Raymond Poulidor ! Parce qu'éternel second j'avais un faible pour les malchanceux et les meurtris de la vie. D'ailleurs la première image de Poulidor que je garde en mémoire, c'est celle d'un jeune paysan conduisant un char de foin avec ses bœufs ou même ses vaches, car la pauvreté aidant, il fallait travailler dur pour arriver à un résultat. Il était des nôtres. Je me reconnaissais complètement dans la souffrance physique qui était la sienne, dans cette vie de laborieux qui était la sienne et la mienne en même temps. Déjà toute gamine, l'injustice me révoltait ce qui me prédestinait inévitablement à une longue carrière au service de la défense des victimes et des laissés pour compte sur le bord de la route pavée d'embûches.
Je suivait assidument les exploits de chacun, sur mon transistor, calé dans la gorbe de foin. Le Charles, notre voisin à mes côtés se ravissait lui aussi d'écouter l'étape du jour en notre compagnie. Nous échangions nos impressions, nous nous livrions aux pronostics parfois hasardeux, mais chacun trouvait une source de plaisir et de dialogue avec l'autre, même d'un avis différents. Nous nous chamaillons aussi parfois, avec nos voisins qui ne se privaient pas de nous contredire mais avec Charles nous étions toujours du même avis. Nous avions une complicité, celle de l'ailleul et de l'enfant, qui était indéfectible et ne se retrouve pas si souvent.
Quand j'eus ma première bicyclette, je parcourrais les chemins et me grisais du vent. Je découvrais de nouveaux horizons, j'allais de plus en plus loin. Cela me ravissait chaque jour. Je garde de ces découvertes, le merveilleux souvenir de mon enfance et de ma jeunesse. Je m'épris d'un coureur cycliste, je me calais dans sa roue et n'en déviais pas. Longtemps, je crus que l'amour était en dehors de ce que j'éprouvais pour lui. Mes copines étaient amoureuse de Johnny, de Cloclo, de Woody Allen (c'est lui sur la photo, je le reconnais bien!) ou de Delon. Moi, c'est l'homme du peloton qui me fascinait et me faisait rêver au prince charmant.

8 commentaires:

  1. ah les héros du tour de France, ils ne laissaient pas grand-monde indifférent ;-)
    ma grand-mère trouvait qu'Eddy Merckx gagnait trop souvent, qu'il aurait dû de temps en temps laisser gagner quelqu'un d'autre ;-)

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  2. Je suis comme ta grand mère, je trouvais aussi et je n'aime pas les formes de canibalisme, quel qu'il soit.

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  3. Mooi aussi, j'ai pédalé en pensant à nos champions d'alors. Je me rappelle être allée au départ d'une étape, à Montferrand et j'avais vu Anquetil et Poulidor de près !
    Merveilleux article sur une époque révolue. Lorsque je suis arrivée à Paris pour m'y installer, il n'était déjà plus l'heure d'aller à vélo !... L'apparition des velib et autres est trop tard pour moi...

    PS : je ne demande jamais de comptes à qui que ce soit. Liberté, liberté !
    Mais... merci, Délia !

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  4. C'est vrai que c'était une sacrée époque ! Je n'ai pas connu non plus les vélib. Je suis intriguée quand je me promène dans Clermont par exemple et que je découvre des voies cyclables dans le sens contraire à la circulation automobile. Il y a sans doute une raison à cela.
    Bises.

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  5. J'adore ton billet qui relate une époque qui est sans doute aussi la mienne !
    Mais alors... le coureur cycliste... tu l'as épousé ? :-)
    Bises

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  6. En ce temps-là, les coureurs n'étaient pas "chargés", et Simpson fut le premier à en mourir... Il y en a eu d'autres depuis.
    Il y avait dans ma famille un coureur qui fut champion de Bretagne 1939 qui aurait dû participer au Tour de France si un certain Adolf n'avait tout bouleversé.
    Il avait un hygiène de vie stricte qui était censée le garder en forme avant les courses, dont l'abstinence sexuelle était la plus dure à accepter !

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  7. C'est peut être moi qui les idéalise, tous ces champions, mais je crois que tu peux être fière d'avoir eu parmi tes proches un forçat de la route.
    Tu as raison, maintenant,tout est faussé. Où est l'hygiène de vie, aujourd'hui quand on pousse des gamins à faire n'importe quoi au mépris de leur santé ? Quand à l'abstinence sexuelle, je crois qu'on a toujours eu un problème chez nous avec la sexualité.

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Qu'importe !

Depuis le départ de la douce Ponette, j'en ai remué des choses ! des drôles, des tristes, des belles et des moins belles. Des pages qui...