Le pain et le fromage.

Je me suis longtemps demandé si l'évocation de certains mots  qui provoquait chez moi un tel désordre était commune à d'autre. Sans doute la relation que l'on a avec eux explique en partie cela. Mais il en est un qui me surprend à chaque fois, c'est le mot "fromage".
Fromage n'évoque pas chez moi un Camenbert, pas même moulé à la louche, issu de la verte Normandie, avec de belles vaches paissant sous des pommiers en fleurs devant une ferme au toit de chaume. Ni même un Saint Nectaire, pas plus qu'une fourme de mes montagnes, fabriqué avec le lait odorant de belles salers, de Ferrandines ou d'une de nos fromagères Brunes des Alpes, Montbéliardes ou blondes Aubracs. Non, Fromage c'est un terroir, c'est un parfum, c'est un goût particulier, de fourrage et d'herbes sèches, de pâture et de prairies. C'est ma mère qui trait à l'étable la Charmante ou la Roussette, la Jacade ou la Mignone. C'est le lait qui caille dans la bassine et qui s’égoutte dans la faisselle toute la nuit. C'est la blanche tomme qu'on sale le lendemain avant de la retourner et de la mettre à sécher à la cave  sur un bon lit de paille durant des mois, avant de la savourer. C'est le quatre heure du faucheur, du moissonneur ou bien du laboureur et c'est le chanteau qui l'accompagne avec un verre de rouge quand un passant quidam, vagabond ou familier s'arrête à la porte et vient s'assoir prés de la cheminée. C'est l'assurance de ne pas connaitre la faim ni l'angoisse du lendemain. C'est la saveur de mon enfance mêlée à celle de la gelée de groseille sur une tartine à mon gouter. C'est le gout des choses simples et du  bonheur partagé.


7 commentaires:

  1. Tu parles si bien du fromage que cela donne envie d'en manger.A la base, c'est le mot "formage", qui a donné le mot fourme, qui est dans le Cantal, non pas d'Ambert, mais un Cantal.
    Je n'ai vu qu'une seule fois mes parents faire de la tome(d'Auvergne). Opération longue, beaucoup de lait pour un tout petit fromage.
    J'adorais, tout comme mon père, qui lui en raffolait, les pommes de terre en vinaigrette à "la burade"(c'est du patois et je ne sais pas comment cela s'écrit) burade/beurade, beurre: la crème de la crème.
    Le matin, il prélevait la crème du lait, qui était remonté à la surface, et se là "gardait" pour le midi. C'était un régal...
    je n'ai pas oublié ce gout et je ne l'ai pourtant jamais retrouvé.

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  2. Quelle belle évocation de tes propres souvenirs, Xoulec. Les pommes de terre à la crème hum !
    Tu as raison, il est difficile de retrouver le gout si particulier des choses de l'enfance. Peut être parce que précisément c'est celui de l'enfance. Et sans doute parce que les choses que nous produisions, avaient le vrai gout du terroir. Pareil pour l'herbe que mangeaient les vaches. Aujourd'hui tout à un gout industrialisé.
    Chez nous aussi, et pourtant je ne suis pas loin d'Ambert, la vraie fourme vient du Cantal. Quand nous demandions de la fourme à un fromager ou un épicier, il nous proposait seulement du Cantal. Depuis les compétences se sont émoussées. Mon fromager est un producteur de Cantal, je vais au marché tout à l'heure, je vais lui demander de la fourme, je reviendrai te dire de quelle façon on m'a regardée !

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  3. tu m'as fait rire:) je ne suis pas étonné. Nous devons passer pour des "extraterrestres" ;)

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  4. Je ne sais peut être pas toujours où je vais, ni où je dois aller, mais en tous cas, on sais d'où on vient, nous !

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  5. J'ai l'impression d'être une voyeuse à me glisser dans votre conversation.. [j'adore les comms de Délia de 7h44 puis de 10h27! :-) ]

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