Du bleu

C'est aujourd'hui Noël et j'ai bien eu raison de croire au bleu.
D'abord parce qu'hier j'en ai mangé du bleu. Du bleu d'Ecosse, parbleu. Il n'y a pas que l'Auvergne qui produit du bleu, sacre bleu ! Du super bon bleu. Et puis parce que la Ponette était là et que nous avons discuté jusqu'au premières, toutes premières heures  de ce qui est aujourd'hui. Enfin parce que ce matin, quand je me suis levée, le ciel était bleu. Et que quand je suis revenue de chercher le pain, il était encore plus bleu. Je suis remontée sur le chemin et j'ai refait des photos et
regardez ce que j'ai trouvé




 Aller je file préparer la soupe pour midi ! Joyeux Noël à tous !

Noir

Le noir est la couleur qu'Anne nous propose d'associer au mot réunion pour ce mois de décembre. Noir c'est noir, le ciel est noir, noir, il est noir et bien noir encore ce matin. Les nouvelles ne sont guère changeantes. Noires aussi, entre les deuils et la maladies, entre les soucis des uns et les humeurs des autres. Tout semble noir et pourtant, n'y aurait-il pas un petit coin de ciel bleu caché tout au fond de la cour de monsieur Nuage ? Hier, par exemple quand mon grand m'a appelé pour me dire qu'il venait aujourd'hui. Hier encore quand à la fin de la dernière réunion de notre section de retraités,  j'ai mangé avec mes copines, juste pour terminer l'année sur une petite note de bonheur, celui d'être ensemble. Aujourd'hui le noir a ressurgi quand mon frère m'a appelé pour m'annoncer le décès du frère de sa belle. Puis le bleu est revenu quand mes enfants m'ont laissé un message. Noir, bleu s'alternent, parfois s'équilibrent ou se contrarient. Mais de manière incessante ponctuent nous jours et nos nuits. La vie est un long chemin pavé d'embuches, mais parsemé de mousse.
Je vous souhaite à tous le plus de bleu possible. En espérant que le noir vous épargnera tant qu'il pourra. Un long chemin parsemé de mousse pour adoucir les chutes quand elles surviennent.
Bonnes fêtes à tous,  vous qui passez par là.

La fin du monde

Cette année est toute particulière. D'abord parce que c'est la dernière avant la fin du monde. Et puis parce que je ne peux plus supporter cette foule qui trépigne et se précipite sur les derniers reliefs que nous offre cette terre.
Alors pour fêter sa disparition dans les ténèbres profonds de la nuit des temps, j'ai décidé d'aller au bout du monde. Il doit bien y avoir un phare sur une ile déserte qui sera prêt à m'accueillir.
Quand j'arriverai là bas, je poserai mon fardeau à la porte et gravirai les marches une à une jusqu'à la plate forme où s'écrase l'écume d'une mer déchainée et j'attendrai. J'attendrai d'être engloutie par la dernière vague. Là je basculerai avec elle dans la profondeur des flots. Il n'y aura plus d'étoile, plus de lune, plus de lumière bleue ni même de chant d'oiseau. Les mouettes feront silence en surfant sur l'onde. Le ressac lui même taira ses mots anxieux.  Mais ne soyez pas tristes, vous mes amis lointains. Quand j'arriverai à ma destination finale, je penserai à vous et à ces quelques bouteilles que j'aurais pu boire avec vous. Je soufflerai sous l'eau pour que l'océan se soulève afin d'atteindre les sommets des  montagnes. Puisqu'il n'y a pas moyen de faire entendre la raison en ce bas monde, qu'il disparaisse englouti pour que se lève un jour nouveau. 

Le ciel et la mer

Phrase à insérer :"Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie"


Je ne suis pas marin. Je ne suis pas capitaine. J'aime les grands espaces où je peux me promener tranquille, mon chien à mes côtés, mon esprit vagabonder et mon âme se libérer. Souvent par la montagne, j'explore ces lieux singuliers. J'écoute la symphonie du chant d'oiseaux et les cascades murmurer. Parfois un rapace prend son envol sur les cimes de nuages parsemées. En bas dans la vallée, mille et une choses dont l'écho me parvient meublent le silence. Qu'il est bon de rêver. 
Quand je viens à la mer, j'aime le bruit des vagues qui s'écrasent sur les rochers. Du haut de la falaise, je contemple le sable à la basse marée. Mon regard cherche à percer le bout de l'horizon. Il arrive qu'il s'y perde et le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie. Je n'ai jamais navigué en mer mais il me semble que là se trouve un grand mystère, tout au fond de ces flots.  Imprégnés de la vie de tant d'hommes, vaillants marins et rudes capitaines endormis à jamais dans un tombeau d'écume. Ensevelis par bien des nuits sans lune. Je ne sais pas pourquoi, les profondeurs marines demeurées insondées m'attirent comme un aimant. J'ai peur de glisser sur les rochers mouillés. Que mon pas se perde au pied de ces  falaises où la mer intrépide viendrait me chercher. Il y en moi comme une obsession de tous les phénomènes encore inexpliqués. Je ne peux détacher mes yeux des lignes lointaines où les gris-bleus se confondent, entre la vie et la mort, entre les deux profonds de  la mer et du ciel qui bientôt m'aspireront.

La Charmante.

Nous sommes le 5 décembre. En 1960. C'est foire à Sauxillanges.
 Un homme marche dans la neige. Il peut être 5 heure du soir. A la maison une femme attend. Elle essaie de tromper l'ennui. Bientôt il fera nuit. Il va falloir aller panser les vaches. C'est à elle que cette tâche va encore revenir. Comme à chaque fois qu'il s'en va et qu'il s'attarde un peu en route.
Soudain, au coin du chemin, le chien dresse une oreille. Il n'aboie pas. Il s'étire et s'en va.
Personne ne s'inquiète de son attitude. On ressent tous l'angoisse de maman qui va grandissant. Pourvu qu'il ne soit rien arrivé !
Quand il arrive enfin, l'homme marche d'un pas vaillant. Il tient une longue corde.  Au bout, une petite vache, blanche au ventre et noire  au corps, le suit docilement. On aurait pu la baptiser Hirondelle. Elle s’appellera "Charmante".


Avec nous, elle passera 16 ans.
Je me souviens de son arrivée parmi nous. Quand une nouvelle rentrait à l'étable, nous étions tous là, les gamins, autour d'elle, à l'admirer, à détailler son allure.  Nous supputions sur son caractère, comparions avec l'autre, celle qui était partie et qu'elle remplaçait. C'était un rituel auquel pas une n'échappait. Charmante remplaçait une autre Charmante, comme Mignone avait remplacé l'année précédente une autre Mignone, Roussette une autre Roussette. Charmante pris place dans l'étable à côté de la Mignone et de la Jaccade. Elle était de petite taille car encore jeune. Elle se montra tout de suite familière et coopérante. Nous passions des heures, ma soeur et moi à ses côtés. Nous la caressions sans fin, elle répondait à grand coup de langue rapeuse et cela nous ravissait. Elle aimait le goût salé de notre peau. Nous aimions ses bisous baveux et râpeux sur nos mains et nos poignets. Elle était l'eau, nous étions le sel. Un équilibre entre elle et nous. Durant les jours d'hiver où elle restait à l'étable, nous avons passé plus de temps prés de sa crèche que vers la cheminée. nous ne pensions plus que par l'étable, plus question pour nous d'aider à la maison. La vaisselle et autres corvées on s'en foutait, tout ce qui nous intéressait, c'était nos vaches, moi la Charmante, elle la Mignone.
Au printemps suivant, quand la Francine, notre voisine nous donna un chevreau, une toute petite biquette, turbulente et vive qui ne pensait qu'à sauter et faire des cabrioles, ce fut pire encore, entre nos vaches et la biquette, plus rien ne comptait désormais. Un jour la biquette s'échappa de son box et gambada dans toute l'étable. Naturellement, les vaches, surprises, s'affolèrent. Il fallait récupérer la petite chèvre avant qu'un dérangement plus grand encore ne se produisit. Au nom de ma familiarité privilégiée avec la Charmante,  je me précipitais sous la vache qui d'une ruade m'envoya bouler dans les cages à lapins toutes proches. Il en résulta un grand désordre général, une plaie béante à la tête pour moi et des cris de panique de toute la maisonnée. La Francine prévenue,  eut bien du mal à calmer les esprits. elle m'emporta dans son tablier et me prodigua les premiers soins, avant que mon père ne me conduise chez le médecin qui recousit la plaie dont une cicatrice subsiste aujourd'hui.
Mes rapports avec Charmante en furent bouleversés. Je ne nourrissais que rancoeur à son encontre. Cela eut pu mal se terminer si la raison et l'amour que je lui portais n'avaient  fini par triompher.
Plus tard, quand quelque chose me chagrinait, me contrariait ou qu'une querelle d'adolescente m'opposait à maman, c'est vers Charmante que je me réfugiais. C'est elle qui recevait mes confidences, mes joies, mes peines, mes chagrins d'amour. Tout finissait entre ses pattes, et au creux de son oreille, mes mots se faufilaient. Pas rancunière de l'attitude que j'avais eu envers elle des années plus tôt, elle me consolait et acceptait mes larmes dans son cou, comme une mère celles de son enfant au creux du sien.
Elle partit en 1976, après un dur été de canicule. En Décembre. J'étais partie moi aussi, vers une autre vie. Quand je revint pour la première fois à la maison, je courus à l'étable pour voir Charmante. Elle n'était plus là. Personne ne m'avait dit. Ce fut la seconde vraie trahison de mon histoire.

Tristesse, ô désespoir !

Je ne sais pas si mon voisin, riche propriétaire terrien, possesseur de nombreux gites et d'un joli château bien situé en bordure d'une agglomération fort calme et riante, propriétaire d'un joli troupeau de vaches allaitantes et par la même occasion passant toute leur vie dehors qu'il pleuve qu'il vente qu'il neige, avec leurs petits veaux, fait partie des "gilets jaunes"  qui bloquent ou qui débloquent. Mais sans doute en cette matinée froide et pluvieuse, a-t-il autre chose à faire que de soigner ses  vaches. Une d'elle git parmi les autres. Couchée sur le flanc. Le corps tiraillé et raidi dans la souffrance jusqu'à la mort, en mettant bas.
Voilà le sort réservé à nos nobles créatures, mères nourricières de toute l'humanité. A celles grâce à qui l'enfant de la famine ne meurt pas. A celles qui donnent leur douceur, leur chaleur, et le fruit de leurs entrailles pour que l'humain se repaisse de veaux gras. Aujourd'hui plus qu'hier, elles sont malmenées, maltraitées, mal considérées. Machine à produire du lait pour certaines, branchées en permanence sur une trayeuse afin qu'aucune goûte ne se perde, dans des usines dites de mille et une vaches. L'orifice anal canalisé, débouchant sur des  tuyaux d'un méthaniseur puissant. Quant à leur veaux (parce que je suppose qu'elles ont un veau pour avoir du lait !) il est surement entassé avec d'autres dans une usine de  fabrication de chair blanche pour la consommation de   gens peu regardants sur l'origine de leur pitance.
Machine à produire de la viande pour d'autres, parquées dans des enclos où une maigre pâture les sustente, complémentée de farines,   de maïs ou d'autres ingrédients qui les feront grasses  à souhait quand à l’abattoir on les conduira.
Elle n'ont plus le loisir de s'ébattre avec un partenaire de leur nature, quand le moment en est venu. Les naissances programmées aux périodes les plus propices à la consommation, font naitre les petits en hiver sous la neige, la pluie et le froid. Pas une haie où s'abriter du vent. Pas un endroit chaud et confortable. Aucun soin, aucune attention portée à ces pauvres bêtes qui n'ont pour tout réconfort que le regard compatissant de leurs congénères ou celui curieux de quelques passants.
Depuis combien de temps, cette bête est là sur le flanc ? Je ne l'ai pas repérée hier, mais peut être le soir venu, quand la nuit noire enveloppa la campagne, était elle déjà dans la souffrance et la difficulté d'un accouchement périlleux. Peut être était ce dans l'aube fraiche et pluvieuse.  Abandonnée à son sort, elle n'a pas pu mettre au monde son petit qui lui a du mourir avant de voir le jour.
 Quand nous étions enfants, et qu'une vache était sur le point de donner naissance, nous passions la nuit à l'étable, notre mission consistait à surveiller la vache  et de prévenir le père pour qu'il vienne aider à l'accouchement. Il se munissait de  solides cordes qu'il attachait au pied du petit à venir. Ensuite, selon ses instructions à des moments précis avec des gestes précis, nous aidions à tirer le petit veau qu'il frictionnait avec de la paille fraiche pour le réchauffer. Son lit douillet était aménagé  dans le fond de l'étable bien abrité des courants d'air. On s'occupait  ensuite de la mère qui avait droit à un peu de réconfort et des douceurs en récompense de ses efforts. C'était un autre temps. Nos vaches on les aimait. On les considérait. Elle faisaient partie de la famille autant que parfois certains humains. Je garde cet amour profond pour la plus noble servante que l'homme n'ait jamais eu et qu'il n'aura jamais.
Je suis infiniment triste et lasse d'un tel monde. Je suis infiniment  meurtrie et choquée que la nature soit si cruelle. Je suis désespérée de constater combien l'homme est vil.
Je me dis que notre espèce est surement la pire que la nature ait engendrée. Si elle courre aujourd'hui à sa perte, ce n'est pas par hasard. Elle a déjà tout saccagé.


Déconcertant !

Encore ! du bleu, toujours du bleu ! On ne peut porter que du bleu dans cette école ! Madame ne veut que du bleu ! Franchement ce costume ne me va pas du tout. Je préfère le blanc. Le blanc de la fleur de l'age. Le blanc de la pureté (comme prétendu par nos experts). Notez que le jaune est à la mode, ou le rouge en son temps, cependant, ceux là sont pour le bleu. Bleu foncé de préférence. Sombre comme nos jours présents. Comme le mal rongeant nos bas fonds. Seulement me concernant,  je veux du blanc ! comme le jour, comme la lueur des astres, du blanc comme cette rose entre mes paumes ! Pas du blanc neutre et sans éclat, non du blanc pour recommencer sur de nouvelles bases, comme on le chante dans les rues en ce moment. Du blanc, du jaune, du rouge. Ce sont les nouvelles couleurs de notre drapeau  : jaune blanc rouge ! Oh on va encore me blaguer avec ça : le blanc c'est la couleur de l'argent, le blanc c'est la couleur des possédants. Pas du tout je vous réponds ! le blanc c'est la couleur des soldes, c'est neutre le blanc, on l’accommode et l'accompagne comme on le sent ! Avec un bon repas, sur un fromage, une sauce, un poulet, des pâtes à la carbonara, ou alors à l'appéro ou au dessert avec  de bons gâteaux. Engoncée sur ce sofa, à attendre d'être reçue par le major, je songe à tout cela : un bon repas. Le major est sévère, je pense que je regrette déjà d'être venue demander cette entrevue pour me permettre de chanter à la chorale de l'école. Pourtant, c'est une chance pour être une future star de la chanson comme je veux l'être à la rentrée. Je ne peux pas compter sur mes parents, pour ça,  cela les déconcerte de penser que leur enfant a du talent. C'est en robe blanche que vous m’acclamerez sur les planches quand mon tour d'être une vedette sera venu. J'offre cette rose au major pour être sûre d'être épaulée en ce sens ? Qu'en pensez vous ? 

Question d'hygiène.

Mr Caillebotte n’a pas peint que le pont de l’Europe, la gare Saint Lazare, des « racleurs de parquet » ou les trottoirs parisiens. Non, ...