Elle part...

Elle part. Comme on part prendre le train.
Tout au bout de la route et de notre chemin
Elle part vivre sa vie ma boucle de Sarrasin.
Elle part en quittant le nid pour d'autres matins.
Elle a fait ses valises, prit son sac, ses parchemins.
Nous avons fait ensemble, un beau voyage, nous tenant par la main.
Nous avons découverts bien des rivages sur fond de ciel serein.
Nous avons parcouru les montagnes comme la chèvre de Seguin.

Sur les plages de Bretagne balayées par l'air marin,

Nous avons ramassé les coquillages  et respiré les embruns.
De nos rues de Paris et des couloirs du métropolitain,
Il nous reste un air de musique plein de souvenirs communs.
De Montmartre et Belleville, nous avons le coeur plein,
Passant par Montparnasse et le quartier latin
 Mais qu'il  passe donc vite ce temps avec nos chérubins !
Pas le temps de les voir naitre et grandir que c'est déjà demain.
Il passe bien trop vite le temps des câlins.

Elle part ma douce fille, ma brune boucle de Sarrasin.
Elle part le coeur joyeux et ses yeux s'illuminent soudain.
Mais voilà que mon coeur se brise et tremble un peu ma main.
Elle part, la Ponette, vers d'autres lendemains.
Et moi je reste là, seule sur le quai à attendre en vain
J'ai les yeux un peu humides  perdus  dans le lointain.
Elle part ma source vive, elle a lâché ma main.

Brèves du dimanche

Ce matin comme tous les dimanches, marché. Je crois bien qu'encore une fois je me suis faite arnaquée. Les petits producteurs ne valent décidément pas plus que les gros. Nous faisons des efforts, acceptons de payer plus cher des produits locaux. Parfois ils n'en sont pas, ou de piètre qualité gustative comme qualitative.  Combien d'entre eux profitent de se tailler la part du lion sur le dos du"touriste" ou du simple consommateur que nous sommes las de consommer des produits industriels trafiqués, mauvais en tout et en particulier en goût. Combien nous prennent pour leur "vache à lait" ? Vous savez tous mon amour pour les vaches, là n'est pas la question, mais marre, quoi, d'être pris pour un "con" !
Tout à l'heure, après la sieste, et avant la finale, petit tour à la déchèterie.
Hier, nous avons vidé la cabane. une vieille cuisinière récupérée jadis, entreposée là dans un coin. En parfait état de marche, devenu nichoir à rats. Des tapis, posés là en attendant d'aller ailleurs et en bien mauvais état.
La cabane au Canada de notre Ponette, devenue au fil des jours, simple remise et abri de jardin. Elle a son histoire. et ce n'est pas banal d'avoir une histoire quand on est cabane plus que simple accessoire pour jardin.
La cabane était le repaire de la Ponette. Quantité de jouets sont là pour en témoigner encore. Poupée,  dinette, décoration murale... Parfois son frère investissait les lieux et le home parfait devenait saloon. Cow boy, pistolet, ceinturon de cuir, et autres play mobil en tant que vestiges, meublent encore un coin.



Ce fut aussi le refuge de Sinède une adorable chatte siamoise, dont les maitres décédés n'avaient pas d'héritiers. Leur maison fut longtemps à l'abandon. Sinède et sa fille Sacha vivaient là.

Personne ne s'occupait de savoir à qui était ces chats. puis un jour de juillet 2007, Sinède squatta la cabane avec une jolie portée de petit chats. Frimousse, mon beau ; Chaussette ; La Grise ; Jaunet et le Tigris devinrent nos pensionnaires. Jusqu'à ce qu'à coup de morceaux de brioche, la Ponette s'en fasse des amis.

Sacha et ses chatons

Sinède et les siens


la brioche
Bien habitués à notre présence, ils devinrent de moins en moins sauvages, si bien qu'un jour, ils ne nous ont plus quitté. Jusqu'à ce que... Tigris, las de se faire chassé par la guenon qui était notre voisine, las de se faire battre avec ses frères, des chats dominants qui le poussaient vers la sortie, s'en alla un beau jour. Nous ne le revîmes pas. Frimousse, notre cher Frimousse, bénéficia de toutes nos attentions, de nos soins et de notre amour jusqu'à son dernier souffle, emporté par une maladie bien cruelle. Les autres 3, Chaussette, Jaunet, Lagrise sont toujours là.

Frimousse

Lagrise et Tigris
Chaussette
Lolotte
Quand à Sinède, empoisonnée par l'empereur, le singe de la guenon de tout à l'heure, elle fut sauvée une première fois. Mais je la retrouvais raide morte un beau matin, triste matin devrais-je dire. Je la pris délicatement et la fis autopsier. Elle était morte des suites de son empoisonnement. Sacha quand à elle s'en alla un beau jour chassée par Lolotte, notre chatte qui ne pouvait la supporter.
Avec cette histoire de cabane et de chats m'est venue en mémoire une autre cabane dont je vous raconterai l'histoire une autre fois.

Maria, une vie de servante.

Maria, je l'évoquais hier. Si j'étais experte en généalogie, j'écrirais ses mémoires. Je ne possède que quelques bribes de sa modeste existence. Celles que ma mère m'a léguées. Oh je sais, ce n'est pas rien. Mais pas assez pour savoir tout ce que j'aimerai connaitre d'elle, de mes grands parents, des leurs aussi. C'est ainsi qu'on est obligé de s'arranger avec sa propre histoire et de se confectionner "sa" mémoire.
Quand Maria Bory vient au monde, un 16 juillet 1878, le seul  à ma connaissance, gradué sur l'échelle du temps,  ses parents Charles Bory et Marie Françoise Pupidon sont mariés depuis le 13 janvier 1877. Un contrat de mariage est établi entre les époux, à la demande de Claude le père de Marie Françoise. Ce qui laisse supposer que certainement la famille de l'épousée est plus fortunée que celle du mari, simple maçon qui dû participer à l'instar des maçons de la Creuse, à de nombreuses campagnes de construction à Paris ou à Lyon durant la morte saison. Le couple s'installe à Charel, berceau de la famille Bory où vivent encore le père et un frère.
Après Maria, le 22 janvier 1881, vient un autre enfant,  : Claudius Antonin, mon grand père.
Le 19 mars 1883,  alors qu'il revient de quelqu'affaire sur les hauteurs d'Echandelys, Charles est malencontreusement détroussé par un bandit qui le laisse pour mort sur le bord d'un fossé. Quand le métayer de la ferme voisine le découvre, il est à l'agonie. Transporté jusqu'au domicile le plus proche, Charles s’éteint sur la table de la cuisine. il est 15 heure, (l'acte de décès mentionne 3 heure du soir),  Maria n'a pas 5 ans, son frère n'en a pas 2.
Commence alors pour les enfants et pour Marie Françoise une nouvelle existence, pleine de labeur.
Augustin le frère de Charles pourvoit comme il le peut à l'entretient et à l'éducation des deux orphelins. Avec l'aide de sa famille Marie Françoise qui est revenue au domicile de ses parents, se débrouille tant bien que mal. Achetant ici une terre, là bas un bout de taillis. De quoi faire vivre ses marmots. Leur assurer le quotidien.
Dès qu'elle le pourra, c'est à dire dès qu'elle en aura l'age, Maria sera placée dans une famille bourgeoise et pourvoira à ses propres besoins.
C'est une famille de notable qui l'emploie. Celle ci possède une résidence sur la commune d'Egliseneuve mais réside une partie de l'année à Clermont. Elle voyage beaucoup. Le général Bohër, un Alsacien, grognard de la garde de Napoléon III embauche définitivement  Maria qui devient servante, puis gouvernante pour les enfants. Son frère Claudius  se déplace de chantiers en chantiers sur Lyon. Il a appris le métier de maçon. Les deux se retrouvent parfois, au gré de leurs errances, en gare de Clermont. Maria attend son frère et ensemble il regagne la Vigerie où Marie Françoise attend. Quand elle décède, le 5 octobre 1916, c'est la guerre.  Claudius est au front. Par 7 fois il aura tenté de s'évader, par 7 fois il sera repris. Maria qui n'a plus que son frère vit au service de la famille Bohër
jusqu'à  sa retraite, qu'elle prend dans sa maison de Charel. Son frère marié, a deux enfants. Maria qui elle n'a pas de famille est aux petits soins. Ainsi Charles et Simone sont comblés par cette tante  providentielle qui connait le vaste monde, bien plus qu'Eugénie leur mère, modeste paysanne qui découvre par sa belle soeur le monde des lumières. Lecture, culture, tricot, broderie occupent les soirs d'hiver au cours de longues veillées. Claudius s'en va le premier des suite d'une mauvaise blessure de guerre. Son chien le Youki va mourir de chagrin, sur sa tombe. Ne reste plus que Pyram aux bons soins d'Eugénie. Quand elle meurt à son tour, les enfants sont partis. Charles vit sa vie de maçon, souvent il rentre tard, parfois il ne rentre pas. Simone est mariée, elle va bientôt être maman. Maria recueille Pyram qui va devenir son chien. Quand avec maman nous venons à Charel, nous venons voir Maria. Je ne peux m'empêcher de  taquiner Pyram, dans la cuisine de Maria. Je prends un balais et m'entreprends de le chasser, comme à la maison on chasse les chiens pour qu'ils n'entrent pas, ce que mon père ne veut surtout pas ! Maria se fâche et devient rouge de colère. C'est à peu prés les seuls souvenirs que je garde d'elle. Je revois Maria toute vêtue de noir entre les portes de Charel nous dire au revoir en agitant son bras. Maria est décédée en 1956. J'avais 4 ans. Au revoir Maria.

Elle part...

Elle part. Comme on part prendre le train. Tout au bout de la route et de notre chemin Elle part vivre sa vie ma boucle de Sarrasin. El...