Quand te reverai - je, maintenant ?


La semaine  s'achève un lundi cette fois ci. Dehors il pleut, il fait gris. Le froid s'installe en ce jour cérémonie. Je pourrais m'occuper, m'activer, mais je n'en n' ai pas envie. Le gris habille trés bien cette journée morose. Tout à l'heure je suis aller au jardin chercher quelques légumes pour ta provision de la semaine. Puis j'ai emballé quelques restes de repas pour ce soir, pour ton repas. Quand tu rentreras chez toi, tu n'auras plus qu'à faire chauffer. Dans deux ou trois heures, tu m’appelleras pour me dire que tu es rentré. Demain ta semaine va recommencer. La mienne pareille à la précédente va s'écouler tout doucement, sans saveur et sans joie. Avec angoisse et ennui. Et cette question qui me brule : quand te reverrai - je maintenant ? Ainsi va la vie, inégale, incertaine parsemée de belles choses et de tant d'autres. Des qu'on ne dis pas, des qu'on ne montre pas. A quoi bon ? Profiter des bons moments, éloigner les mauvaises pensées. Se dire que tout va recommencer, parce que si ce n'est pas certain, c'est quand même peut - être et que demain est encore loin. Demain qui est un autre jour. Ne pas penser à demain.

Et vlan passe moi l'éponge.

"Et vlan, passe moi l'éponge !"   dit La Germaine au Fernand qui la regarde chaque samedi prendre son bain. C'est le rituel hebdomadaire, car il faut être propre pour la messe du lendemain.
D'abord, c'est lui qui investi le premier le cabinet de toilette. Il prend son temps, et religieusement devant la grande glace, il procède à un rasage méticuleux. Puis il rince son blaireau avant de le ranger dans une trousse d'un bleu douteux avant de prendre une douche vite fait, pour ne pas faire languir la Germaine à qui il tarde qu'il en finisse afin de pouvoir  à son tour occuper la salle de bain. Plus précisément la baignoire dans laquelle elle se fait couler un bon bain bien chaud. Un bain parfumé et plein de mousse où elle va plonger et se prélasser un bon moment pendant que Fernand se tient prêt à accueillir son corps tremblant contre sa robuste poitrine tiède et velue. Il la cueille comme on cueille une fleur et lui sèche délicatement le dos avec la grande serviette éponge qui l'enveloppe toute entière. Puis il la  pose là  tendrement sur le pouf où avec un soin plus méticuleux encore, elle insiste sur les replis les plus délicats de sa peau, avant de lui demander à lui de s'occuper de son dos. Plus particulièrement du bas de son dos, elle lui demande alors s'il ne pourrait pas.  Fernand aime bien lui entendre dire ces mots magiques : " fais moi gligli et zigouzi dans le dos". Ce moment où la matinée s'anime invariablement pour Germaine et pour Fernand,  le samedi devient  un  dimanche en semaine.
C'est Byzance à chaque fois. Ce jour là on passe l'éponge sur bien des choses. Au diable les histoires de vices de l'un et de versa de l'autre.  Fernand et Germaine, ne pensent plus, ils butinent un nectar si délicieux qu'à la fin du jour, ils ont vidé le calice jusqu'à l' hallali. 

4 murs et un toit.

Oui, bon je sais ! Il y avait des travaux en perspective. Beaucoup de travaux. Mais nous étions jeunes encore et un peu fous. Quand nous vîmes cette maison, nous en tombâmes immédiatement sous le charme. Elle était spacieuse, délabrée, mais spacieuse. Ses grandes ouvertures à l'étage laissaient passer beaucoup de lumière. Nous serions bien l'été sur sa terrasse et l'hiver au coin d'un bon feu dans la grande cheminée. D'immenses pièces allaient nous permettre de créer des espaces à vivre merveilleux. Entourée d'un somptueux jardin donnant sur la baie, nous ne craindrions pas d'être dérangés. Nos enfants pourraient s'inventer des jeux que nuls autres enfants ne connaitraient. De grands cyprès plusieurs fois centenaire délimitaient l'espace rocailleux où nous entretiendrions un jardin méditerranéen. Devant l'entrée principale, une pelouse naturelle était bordée par de robustes pins parasols et des figuiers dont la récolte agrémenterait nos étés.
La maison de nos rêves, était là à nos pieds et nous n'avions qu'à récupérer les clés.
Une fois fait, nous nous attaquerions aux travaux. Ce que nous ne savions pas, c'est que cette maison était frappée d'alignement. Nous n’eûmes jamais les autorisations nécessaires, ni le permis de construire indispensable à son aménagement. Vouée à la démolition, cette maison était tombée en désuétude et aller le rester. Nous ne nous sommes jamais remis de cette mésaventure. Ni financièrement, bien sûr, ni moralement, naturellement. Voir s'écrouler le plus beau de nos rêves en même temps que des pans entiers de l'édifice sensé nous héberger, tel était notre destin tragique. Aujourd'hui quand j'y songe, j'en ai encore les larmes aux yeux. Nous nous sommes pourtant débattus face aux huissiers, aux agents immobiliers véreux, aux autorités responsables de toutes ces décisions absurdes et controversées. Mais comme un diable dans un bénitier, en vain. Nous sommes maintenant vieux, malades  et usés. Nous n'attendons plus rien de la bonne société. Personne ne peut plus nous humilier, mais toute notre vie en  a été gâchée.

Les hauts d'où hurle le vent.

Bien maussade ce temps de Toussaint. La Ponette pourra-t-elle venir faire du vélo ? Je l'espère quand même, il y a du vent et en ouvrant la fenêtre à Petit Lion,
j'ai vu qu'il y avait du vent mais qu'il ne faisait pas trés froid. Je ne sais pas si je pourrai aller me balader, j'aime bien ce temps doux et venteux. Le vent d'automne me donne des ailes et me pousse sous des latitudes où frétillent la truite, l'omble  et le  preux chevalier dont l'ombre se faufile à travers la montagne. Faute de  partir en escapade là  haut, où Aquilon s'engouffre sous la toile de mes chauds vêtements et hurle sur les sommets parsemés d'herbe rêche, de bruyère et de genévriers, hier j'ai profité des quelques rayons tardifs pour m'échapper un peu. J'ai fait quelques photos. Un château entouré d'eau sombre avait des allures de circonstance, j'aurais été enfant, j'aurais imaginé une histoire de sorcière, de chaudron, de crapaud cuisant à l'intérieur et de chiens à 5 têtes me poursuivant dans les bois alentours. C'est ce qui se serait produit sans doute  s'il n'y avait eu l'étang à traverser. Durant ma balade, une vieille femme me suivait marchant d'un bon pas, son bâton à la main. Tous les ingrédients étaient là pour donner le frisson aux enfants.





Entre deux eaux.

J'hésite ce matin. Beaucoup. Entre ne rien faire et faire quelque chose. Le temps est si engageant que je crois que je ne ferai rien ! Mais aprés tout ne rien faire c'est déjà faire quelque chose, puisqu'on fait rien !
Cela me fait penser à une expression bien de chez nous, qui signifie sans importance. : "ça fait pas rien !"
"Mais enfin Marinette,  si ça fait pas rien, c'est que ça fait quand même quelque chose !" répondait Max à sa copine Marinette avec qui il gardait les vaches du côté de Saint Genis La tour, dans le vent du Peyradoux.
Que j'avais aimé ce livre ! Que de chemins connus et familiers j'avais empruntés, de la rue Letort au chemin de Sautartelle !
Je devais être hospitalisée et j'avais besoin de lecture. Cette année là j'ai dû lire tout Signol, mais boulimique je ne pensais pas en avoir assez.  Ce livre je l'avais choisi parce que la quatrième de couverture m'expliquait que c'était l'histoire d'un petit parisien qui vient passer ses vacances en Auvergne dans les années 50. Je pensais découvrir comment un petit titi s'amuserait de nos travers, à nous gens de la terre.
Certes avec beaucoup d'humour et de drôlerie, il dépeint nos vies mais l'exacte précision des lieux, leur description dans ses moindres brins d'herbe m'ont tellement surprise qu'aujourd'hui j'en ai encore l'agréable nostalgie.
Tout ça pour expliquer que ne rien faire, c'est sans doute pas grand chose, mais c'est déjà un début.
Bon, aller je vais quand même me secouer et aller me dégourdir les jambes, comme on dit aussi chez moi. En plus ne riez pas ! j'ai oublié de rentrer le linge hier soir, il a dû sécher depuis, surtout qu'il a navigué entre deux seaux d'averses nocturnes entre temps.
 Et puis pour vous montrer que quand je fais rien, je fais quand même quelque chose :

Quand te reverai - je, maintenant ?

La semaine  s'achève un lundi cette fois ci. Dehors il pleut, il fait gris. Le froid s'installe en ce jour cérémonie. Je pourrais ...