Au fil de la Briance



Après midi bien nuancé de gris. Mais si on attend trop, je crois que les jambes vont nous tomber ! Alors avec la Ponette, petite balade au fil de l'eau. J'ai retrouvé l'autre rive du petit ruisseau que j'avais découvert en janvier quand les rivières étaient en crue Comme ça je sais enfin où va ce petit sentier, mais je n'avais pas pu traverser. Aujourd'hui non plus nous n'avons pas traversé, nous n'avions pas prévu et n'étions pas équipées pour la baignade. Mais par contre un vrai régal cette balade !
  et puis les première fleurs mauve !

et la rivière avec encore des zones humides à végétation sensible. Entre hier et aujourd'hui, les bourgeons ont explosés et les  de verts se sont diversifiés.
Car hier j'ai aussi un peu gambadé à l'air pur.

J'ai même découvert une source au milieu des bois ! Évidemment j'ai pensé à cette chanson et au destin tragique de tant d'entre nous, proies fragiles pour  démons fous.


Pour l'humain d'abord


Pour Anne et pour tous ceux qui pense que la seule richesse possible ici bas, c'est l'humanité dans ce qu'elle a d'humain.

Et puis puisque je suis et que c'est mon jour de bonté, en voici un de plus.



Au printemps de quoi révons nous ?

De soleil et d'aventure, de beaux jours et de fleurs nouvelles, de feuillages et de pâturage, mais pas que.
Cet après midi, la première belle après midi depuis bien longtemps, j'aurais dû aller me promener, profiter du ciel enfin bleu, et du soleil enfin chaud, mais pas trop. De la campagne renaissante, des chants d'oiseaux. Mais voilà, j'ai fait un autre choix. Celui d'aller dire à un directeur d’hôpital que les merles ne chanteront pas toujours comme les grives, surtout s'il continue sa politique de suppression de lits, de personnel, d'avantages acquis. Notre CHU en effet perd de sa substance depuis quelques années déjà. Si bien que dernièrement, un classement des plus mauvais hôpitaux de France en matière de services d'urgences le place en 3eme position derrière de petits hôpitaux de campagne. Donc premier d'une grande ville de plus de 100 000 habitants.

Des personnels dont des médecins épuisés par des rythmes de travail sans cesse aggravés, une précarité galopante, des patients mécontents,  et un directeur satisfait qui s'est fait l'avocat de la politique d'austérité et de destruction des services publics dont celui de la santé devant plus de 200 personnes venues l'interpeller, voilà le bilan de cette journée de lutte pour des rêves fous : ceux de pouvoir vivre dignement pour les uns, se soigner décemment pour d'autres, et ne pas mourir en instance faute de soin, dans un couloir d'hôpital vandalisé par le profit, la gestion des coûts au moins disant et l'irresponsabilité de nos dirigeants politiques.
 
200 salariés du CHU ont manifesté ce jeudi 5 avril. / © F3 - Annaïck Demars
ce jour devant le CHU (image du net)


Comme les cheminots contre la réforme de la SNCF, comme les enseignants contre celle de l'éducation et de l'université, comme les électriciens et gaziers contre le bradage de l'énergie aux grands groupes privés, comme les postiers et beaucoup d'autres qui défendent le service public et leurs emplois, leurs statut et leurs conditions de vie et de travail, , en tant qu'usagers, nous avons tout intérêt a nous mobiliser à leur côté si on ne veut pas voir notre pays régresser à un niveau inférieur à celui d'avant la révolution. Dire non pendant qu'il en est encore temps, à cette société dirigée par la finance pour la finance.


Je crois en l'humain, en ses valeurs, je crois qu'il est toujours possible d'arrêter le massacre entrepris contre les peuples. Vive les jours heureux !

Radicaux libres.

Je viens de recevoir dans ma boite mail un message intitulé "radicaux libres" et de m'expliquer que nos cellules, que les corps gras et patati et patata auraient besoin de je ne sais plus quoi pour lutter contre les radicaux libres,  ces molécules agressives qui attaquent vos cellules, et même votre ADN. qui accélèrent le vieillissement et contribuent à déclencher de nombreuses maladies liées à l'âge, comme l'athérosclérose, les problèmes de vue, les démences, et le cancer.

Bref, le but n'est pas de faire un cours de médecine, ni de me promouvoir diététicienne. Mais le terme "radicaux libres" m'évoque plein d'autres choses. Je suis un radicaux libre et voici pourquoi :
Je résiste, je lutte contre tout ce qui ne va pas (à mon sens, évidemment), je suis obstinée, perspicace et je suis libre ! D'ailleurs le 22 mars avec mon organisation syndicale et pas mal d'autres, au passage, je suis encore venue manifester pour la défense des services publics, de nos retraites, de nos territoires et de leurs emplois.
Mon père était un militant, et je suis une militante. Il racontait souvent avec humour des histoires amusantes.
Un jour il nous fit part de l'une d'elles.
Cela se passait dans une réunion publique, dans les années 1930. A la tribune, un orateur intervenait en fustigeant le gouvernement et sa politique anti sociale (un peu comme aujourd'hui, quoi, avant 36 qui vit les premiers congés payés (mais pas que). "Je suis un vieux radicaux disait l'orateur,et à moi, on ne me la fait pas. Ramenant toujours le fait qu'il était"un vieux radicaux", ce à quoi, un conseiller placé à ses côtés, lui faisait remarquer discrètement "cal". N'en ayant cure, notre orateur continuait "je suis un vieux radicaux etc.. et l'autre de reprendre, cal bon dieu, cal ! Ah  ! tu m'emmerdes dit l'orateur, je suis un vieux radicaux, je ne calerai jamais !
Comme le racontait mon père, et comme cet orateur, je suis un vieux radicaux et je ne calerai jamais !

Un bout d' ma table



Pour Ambre et  aussi pour le partage, un bout de ma table.


Mon bout d' la table est enfoui dans un tiroir qui se fou l'camp.
Ne reste plus que quelques traces de celui de nos enfants.
Mais comme tout les bouts d' la table, il revit de temps en temps.
Il se déplie et se conjugue avec quelques beaux jours dès le printemps.
Des coups de crayons lui donnent vie. Le vin et l'eau  sont là pour boire
Sur  cette grand' table, encore au seuil de nos mémoires
Le pain qui autrefois, si parfumé, bien croustillant
Comme une offrande est posé là,  en attendant
Qu'on vienne s'assoir autour d'la table pour un peu de contentement.

Un peu d'bonheur et de partage comme quand petits on attendait
Les douceurs et les soins bienveillants  prodigués à toute heure
Dans la chaleur du bonheur cultivé par maman
J'aime a revoir ce bout d' ma table, pour le plaisir d'un instant
Il y a là à chaque étape, le souvenir des grands moments.
Des premiers jours de notre enfance, jusqu'aux derniers de nos parents.
Ils sont tous là, près de la table, et nous accueillent chaque printemps.
Parfois il nous blesse, et  font taire nos sentiments
Parfois encore ils les exhalent ou les exacerbent  selon l'humeur des  sentiments
E t ce sont des rires ou des larmes qui coulent lentement
Le long de nos rides,   par désenchantement.
Et puis au bout d' la table, il y a le temps qui s'y déroule presqu' insensiblement.

Laissant la vie qui continue sans nous, immanquablement,
Le temps qui passe et retricote les liens tissés par nos enfants,

Fait revivre ce bout d'la table où chacun prend son temps.

Mon bout de la table

Quand nous étions enfants, il y avait la table, immense, dans la maison. La maison c'était le cantou, la pièce à vivre. Celle où on faisait tout. Bouillir le lard dans la marmite, préparer la soupe des cochons. Faire la toilette dans le grand baquet gris en fer où on faisait aussi la lessive et cuire les boudins. La grande table nous accueillait tous autour d'elle le midi et le soir. Car le matin, maman se levait la première, avalait son café et s'activait  pour la journée. Papa se levait à son tour, déjeunait promptement et s'en allait à l'étable s'occuper des animaux. Puis maman préparait notre petit déjeuner et nous débarbouillait pour notre journée d'école. après elle vaquait à ses nombreuses occupations. Les jours sans école, nous partagions avec elle les tâches les moins lourdes et nous donnions la main pour les travaux de la ferme, ou ceux des  champs. Le midi nous voyait tous rassemblés autour de la table. Le bout de la table, c'est maman qui l'occupait. Toujours assaillie par nos nombreuses sollicitations. La soupe à servir, le pain à couper, le lard et le jambon. Faire manger les tout petits et avaler en vitesse quelques bouchées, le plus souvent debout entre la table et le fourneau. Je le revois ce vieux fourneau dont chaque porte avait son usage particulier. L'une pour garnir le foyer, l'autre pour le cendrier et une pour le four. La petite porte à droite sur le devant, c'était celle qui encadrait le robinet de la bouillotte qui fournissait l'eau chaude pour la maison. Ils étaient bien conçus ces fourneaux. La grande cheminée laissait assez de place sous son manteau pour une chaise et pour le fauteuil du pépé.
 Un peu plus à gauche il y avait la caisse du bois et dans le prolongement sur le côté la maie, où s'entassait le pouillu comme disait maman. Le pouillu, c'était à la fois le linge qu'elle n'avait pas eu le temps de ranger, les biberons des petits qu'elle faisait réchauffer sur un réchaud à gaz, et la bouteille de gaz, en hauteur pour prévenir les accidents que des petites mains exploratrices n'auraient pas manqué de provoquer, la grande marmite du fromage où on caillait le lait, la bouteille de présure et bien d'autres objets. Et puis il y avait le buffet, où se rangeaient les commissions, les paquets de vermicelle, les boites de conserves, les livres pour Noël et les clous, les vis et le bric à bras du pépé. Et au milieu de la pièce la grande table, où maman repassait le linge, où nous étalions nos livres et nos cahiers, où papa lisait son journal et payait un canon au visiteur de passage.  La grande table où se servaient les repas, synonyme du tous ensemble et du partage. La grande table qui réunissait grands et petits, dans la peine comme dans la joie. Mais à quoi servirait une grande table, si ce n'était pas pour ça ?
Et puis le temps a passé. Tour à tour les enfants sont partis. Le bout de la table est devenu bien loin, ne restait plus que le milieu, bien trop grand pour la solitude. Puis il n'y a eu plus personne autour de la table. Le milieu s'est transformé en vide impossible à combler. La maison est devenue le fantôme du passé. Jusqu'à ce qu'à nouveau, la grande table se regarnisse de beaux projets. Elle est redevenue celle que nous avions tous  tant aimé. Aujourd'hui, autour de la table, refleurissent d'autres  rires et d'autre joies d'enfants. Ces enfants, je les connais, ils ne vont plus aux champs derrière la Roussette, la Lorette sur leurs talons. Ils ne font plus leurs devoir sur la grande table en étalant livres et cahiers. Mais pour des dessins, ils dispersent leurs crayons. Près de la grande table, il y a toujours une chaise pour s'asseoir autour d'un verre pour boire et un repas à partager. Mon bout de la table, tu restes dans ma mémoire le symbole de la fraternité.

Le bout de la table.

Je me souviens du bout d’ la table comme d’un fragment d’éternité
C’est Noël. J’ai quatre ans. Je suis l’plus jeune de la famille.
A l’autre bout en face de moi mon arrière-grand-mère est figée
Elle n’entend plus que des yeux, et semble sourire sans béquille
Entre elle et moi, il y a les grands, qu’elle continue d’appeler les jeunes.
Ils parlent vite, ils parlent fort, je ne comprends pas tout ce qu’ils se disent
Tonton Daniel a l’air d’être drôle, il fait des blagues quand on déjeune
Vous d’vriez voir comme il est fier quand sa femme rit à ses bêtises
Il y a ma mère, un peu plus loin, qui parfois jette un œil sur moi
Elle trouve toujours une bonne excuse pour venir jusqu’au bout d’la table
Une viande un peu dure à couper, un pichet d’eau trop lourd pour moi
A cette époque j’étais un roi assis sur un trône éjectable

C'est la première fois que je voyais cet artiste, que j'avais découvert peu de temps au par avant. C'était vendredi soir. Une toute belle soirée sur fond de culture, de contestation et de poésie. Que d'émotion en entendant ce slam. Que de souvenirs aussi.
Un jour peut être je reviendrais pour en parler si j'en ai le temps. Si ma mémoire ne me joue pas de tours.
Ce bout d'la table est un peu celui de chacun. Le temps qui passe et nous façonne. Ce temps qui nous fait devenir grand. Avoir des rêves enfant, des utopies quand on est grand. S'apercevoir en vieillissant qu'en fin de compte, il ne nous en faut pas tant. Qu'une vie, c'est vite passé. Et qu'il faut profiter des bons moments.

Le télégramme

Conte du lundi de Lakévio : 
En lieu et place du devoir "La lettre"...
ENVOYEZ UN TELEGRAMME - STOP
Vous pouvez l'écrire seul ou l'inclure dans une histoire. A vous de décider.

ARRIVERAI LUNDI - STOP


Depuis le temps que je l'attendais, je m'étais résigné. Pendant des années je m'étais pointé à la gare de Bruxelles, au train de 8h 36 précisément. J'apportais même du lilas, mais il était fané depuis longtemps déjà.
J'en apportais toutes les semaines, mais Madeleine ne venait pas. Imaginez ma surprise quand j'avais reçu ce télégramme "Arriverai lundi 8h36 stop sans tambour ni trompette stop signé Madeleine ".
J'étais vite allé prendre le tram 33 pour réserver chez Eugène. Mais une fois de plus, c'était fermé là bas. J'avais scruté les programmes de cinéma, mais je n'étais plus sûr de lui dire des « je t'aime ». Faut dire qu'entre temps, j'avais rencontré mademoiselle Germaine. Ma mauvaise expérience avec les lilas, m'avait rendu prudent, je lui avais apporté des bonbons. Vous comprenez, les bonbons c'était tellement bon, et surtout moins périssables. Nous étions allé nous promener. Sur la grand place où il y avait mon grand père et où il y avait  ma grand mère, ils écoutaient jouer  Mozart. Germaine n'aimait pas Mozart, ni les bonbons. Nous étions aller au zoo, voir ses amis les lions. Germaine toute tremblante s’était mise à penser à son ami Léon. A huit heure, elle avait voulu que je la ramène et que je l'accompagne jusqu'à la gare où son train était à quai et c'est là que je m'étais  souvenu que Mathilde était revenue. Elle m'avait envoyé un télégramme, « Arriverai à huit heure trente six. Signé Mathilde. »

Ne précisant pas de date, j'étais venu chaque jour des premières jonquilles jusqu'aux  derniers lilas. Mais las de patienter, j'avais jeté mes bouquets fanés et fini tous les  bonbons.
J'étais donc  parti pour Ostende et avais traversé Anvers. De ports en villes et de villes en ports, dans le port d'Amsterdam j'avais rencontré d'autres dames. Sur une plage déserte, j'avais vu la Fanette dans les bras d'un quidam. C'est chez la mère Françoise où j'étais venu noyer mon chagrin que j'avais rencontré Jef qui sanglotait. Je m'étais approché doucement de lui et lui avait tendu ma main moite, d'émotion. Nous partagions la même peine. Parce que la demie vieille, la fausse blonde l'avait laissé tomber pour se faire la malle avec un freluquet à l'ambition démesurée qui  allait bientôt présider aux destinées d'un  pays dit civilisé. De verres en verres et de bières en bières, nous avions fricoté avec les filles de la Madame Andrée, il y en avait de nouvelles, oh, ce n'était pas l'Amérique, et nous, nous n'avions pas de fric, mais quand on n'a que l'amour, c'est comme ça et on oublie rien de ce qu'on a appris : un point à l'envers, un point à l'endroit, une coupe pour Saint joseph et une coupe pour Saint Thomas... Et comme disait le freluquet du Téport de Paris Plage, c'est avec du vieux qu'on fait du neuf, une maille à l'envers, une autre à l'endroit, un coup pour Saint Joseph et deux pour Saint François.
Au petit matin, nous étions toujours là, paumés comme il se doit et Madeleine n'arrivait toujours pas. Il est maintenant 8h 53....., elle n'est toujours pas là, encore foutu pour les frittes d'Eugène et pour le film de Charlot, joué à l'Alambra. Je vais reprendre le train 33pour me rendre chez la grosse de Montalant  voir si quelques notaires  sont encore attablés devant un verre avec monsieur le commissaire et  le caporal Casse Pompom. Sinon  je me consolerai avec la veuve du colonel en attendant de retrouver Titine, une autre après qui je prétends et que je cherche depuis longtemps.

C'était un deux mars ...

... et c'était un samedi. Le soleil se levait sur ce coin de Bourgogne non loin de Paris. Nous étions parti vérifier si l'hiver s'était bien passé. Si rien n'avait bougé dans cette jolie campagne où nous avions élu domicile pour quelques temps calme et plus tard pour nous héberger lors d'une retraite lointaine encore mais qui se profilait. Petit Poney était heureux de retrouver son jardin et dans mon ventre déjà une ponette s'annonçait.
Nous étions arrivé la veille. Nous avions tout juste terminé notre petit déjeuner. Soudain le téléphone sonna. Il nous fallait rentrer au plus vite, bien que désormais, plus rien ne pressa. Et nous avons repris la route.
Petit Poney pleurait, avec nous, il voulait rester. Je serais sage, qu'il  me disait.  Mais nous l'avons laissé.  Ma copine s'en occuperait.
Après avoir échangé les quelques termes d'usage et les dernières recommandations, nous avons serré Petit poney très fort dans nos bras.  Et nous avons repris la route.
Pour un coin perdu de Livradois. Nos souvenirs mêlés de larmes refluaient et s'étalaient devant nous.
Quand nous avons franchi le seuil de la maison nous savions que plus rien désormais ne serait comme avant. Il était couché sur le dos. Les mains jointes et sans un mot, il avait refermé la porte d'une existence parsemée d'embuches qu'il avait traversé dignement.           

































Le pain des pauvres


Quand Pétronille se leva ce matin, elle ne trouva pas son chien. Qu'était-il advenu de ce gueux de malheur et pourquoi la veille, avait-il mordu grand père ?
Et pourquoi celui-ci avait-il battu sa mère, la traitant de putain ?
Certes, il ne fallait pas aller chercher bien loin. Lui pour qui toutes les femmes sont des putains, des langues de vipère, des propres à rien. Quand il était rentré des champs, il n'avait pas trouvé son couvert. Il faut dire qu'il était bien tard et que le lard dans la marmite avait fini de cuire depuis longtemps.
Hermeline, la mère, son fricot achevé, s'en était allé se coucher. Il y a longtemps qu'elle ne s'occupait plus de son beau père.
Depuis en fait que son homme était mort et qu'il voulait la jeter dehors. Lui répétant sans cesse, qu'elle n'était pas chez elle ici et qu'il fallait qu'elle s'en aille. Au diable ou bien ailleurs, il ne faisait pas de différence, pourvu qu'elle ne soit plus là dans ses pattes tout le temps à se mêler de ce qui ne la regardait pas. Elle et sa fille, bien sûr. Cette petite bâtarde que dieu ou le diable, seuls savent qui l'avait faite. En en repensant bien, il penchait pour le diable. Il n'était pas croyant, du genre à passer plus de temps au bistrot qu'à l'église, mais, il penchait quand même plutôt pour le diable.
Hermeline, elle, la pauvre avait renoncé à lui tenir tête. Ce vieux est plus têtu qu'une mule, disait-elle, le dimanche au lavoir, quand, fourbue, elle se redressait les reins. Il faut dire, aussi qu'il lui en faisait voir ! Plus personne ne croyait le vieux Pascalin quand il disait que sa bru ne lui donnait pas à manger. Tout le monde savait que ce n'était pas dans ses champs qu'il passait le plus clair de son temps, mais à l'estaminet de la Gervaise où canons après canons il se vantait de mener sa maison à la pointe de l'aiguillon.
Certes, l'aiguillon, il ne le maniait guère pour conduire ses bœufs et creuser les sillons. C'est Hermeline qui se chargeait des labours comme des moissons. La petite sur ses talons lui aidait tant qu'elle pouvait maintenant que le père n'était plus là. Mais elle n'y suffisait que. Il avait fallu engager un homme de labeur. C'était un chemineau qui parcourant les montagnes au moment de l'estive n'avait pas trouvé à s'employer à la belle saison. Il était de faible rapport, mais le peu qu'il faisait n'était plus à faire. Pascalin, jamais à cours de venin s'était fait un plaisir de colporter des ragots à son sujet, si bien qu'à la réputation d'Hermeline qu'il traitait de putain, s'ajoutait celle du pauvre hère qu'il qualifiait de fainéant, de voleur et de gredin.
Et comme si cela ne suffisait pas, il se faisait passer pour un martyr. Lui qui magnait le fouet autant que le poing. Lui qui faisait si bien valser l'aiguillon ! Hermeline sur qui il passait sa fureur le savait bien. Un jour, elle le tuerait ! C'était sans compter sur sa force décuplée quand il était ivre.
Les bonnes gens du village disaient que le pôvre Piare n'était pas mort tombé de son char, mais qu'une main au bout d'une fourche l'avait poussé pour qu'il bascule dans le ravin. Toujours était il que dans le ravin, il y dormait toujours, laissant sans espoir, une gamine, une femme et un chien.
Le vieux n'en était pas à son coup d'essai, déjà la pauvre Marceline, sa femme, avait fini au cimetière à force de trimer dans les champs. On dit qu'elle aussi, elle était maladroite aux travaux de la terre. Le Piare était tout jeune alors. Il dût vite arrêter l'école pour venir « seconder » son père à la ferme. Enfin seconder, est un bien grand mot, car c'est lui qui faisait tourner la machine et bouillir le fricot. Sans lui, le vieux n'était qu'une loque incapable de se tenir debout même appuyé à la table, tant il banturlait certains jours depuis le matin. Quand elle était petite, Pétronille appelait son grand père « pépé la bransole ». Déjà bébé, elle faisait ses premiers pas plus droit que lui et donnait moins de travail à sa mère, qui de dépit renonçait plus d'une fois à tenir son linge. Tenez, même la soue du cochon était plus propre que sa couche, c'est dire ! Cela suffisait au vieux pour se plaindre que la femme de son pauvre fils n'était qu'une souillon ! Pourtant, elle était courageuse l'Hermeline. Elle ne ménageait pas sa peine, ni aux champs ni à la maison. Toujours debout la première. Du potager à la basse cour, de l'étable a la cuisine, toujours en besogne pour que personne ne manque de rien.

C'est qu'il est dur de vivre à la terre et de gagner son pain. Mais comment donner tout son cœur à l'ouvrage quand on reçoit moins de compliments que de coups de bâton ? Et quand on a comme salaire que les fonds de poche vide, parce que tout passe à l'auberge en luxure et en canons ? C'est la grosse Gervaise qui en tire bénéfice, pas elle ni sa fille, la petite Pétronille vaillante comme une abeille, habile comme un singe et belle comme une zibeline. Elle aurait dû partir avec elle, s'en aller loin. Mais où aller quand on n'a pas de chez soi autre que le toit d'un ivrogne et comme habit, les nippes qu'on a sur le dos ?

Alors on supporte, on subit et on se dit que c'est la dernière fois. Que demain sera un autre jour et que le ciel finira bien par vous venir en aide et faire quelque chose et que si rien ne se passe, un jour.... C'est ainsi que l'autre soir, quand il voulut s'en prendre à la petite, elle attrapa le couteau du saigneur. Celui qui est suspendu derrière la porte et servait à la tuade du cochon. Oh c'était du temps du pauvre Piare, parce que depuis qu'il n'est plus là, le seul porc de la maison, il est bien de trop, à faire son fanfaron ! Et là elle devait lutter contre lui de tout son poids ! Mais la brute était lourde et épaisse et quand il se jeta sur elle, la rouant de ses coups, le chien bondit sur lui et le mordit de ses crocs. Pétronille le cherchait à présent.

- Tu peux toujours le chercher, ton sale clébard ! guttura le vieux, entre deux vins.
Pétronille sursauta. Hein ? Quoi ? Il n'a pas fait ça !
Redoutant le pire, elle partit à la recherche de cette pauvre et malheureuse bête. Pensant trouver son cadavre. Imaginant la souffrance endurée. Quand elle arriva au tournant des Grandes Combes où la route surplombe le ravin,
celui là même où repose son père endormi, elle entendit un grognement.
Elle se pencha un peu pour voir, écouta de plus prés. C'était un bruit sourd. Un gémissement lointain. Il fallait escalader la rampe, se laisser glisser le long de la falaise. L'exercice était pour le moins périlleux. Mais tout de même si c'était son chien ? Si cette brute ne l'avait qu’assommé ? Persuadée d'en être définitivement débarrassé ? Elle se pencha davantage. Écouta de nouveau. C'était bien une plainte qui remontait des profondeurs de l'abîme. Elle se hissa en équilibre sur la rambarde et appela. Doucement d'abord. Turlou ?! Turlou?! Puis un peu plus fort : Turlou, Tuurlouou. Les mains en éventail : TU- UR- LOU- OU ! Il lui sembla alors que la plainte reprenait de plus belle. TU-UR-LOU-OU ? Tu m'entends ? MON CHIEN ? T'ES OU ?
Quand elle eut la certitude que son chien était toujours en vie et qu'il l'entendait, elle se risqua un peu plus, manquant basculer dans le vide. Mais elle ne pouvait pas laisser ainsi celui qui avait sans doute sauvé la vie de sa propre mère.

Le chien gémissait toujours. Il semblait lui dire, fais attention mon petit, ne te risque pas à cet endroit, fais demi tour. Va plutôt chercher les secours. Le vieil Augustin qui me tient en estime, t'aidera, c'est certain ! La fillette qui n'écoutait que son cœur ne l'entendit pas. Se penchant davantage encore, elle glissa. Mais agile comme un singe, je vous l'ai dit, ça qu'elle était agile comme un singe, elle réussit à s'agripper à la branche d'un arbre qui se trouvait là. Et bien ! Je t'avais dit de faire attention, lui susurrait une voix. On est bien avancé maintenant ! qui nous trouvera là, moi en charpie et toi te balançant au vent comme un drapeau en haut d'un chapiteau ?
Pétronille, en effet n'en menait pas large sur sa branche. Pourvu qu'elle ne cède pas, pensait-elle. Mais comment me sortir- nous sortir de là ! Par ici pas grand monde ne passe et le soir tombe vite en cette saison.
Mais voyez vous, c'était sans compter sur la providence. Il faut toujours compter sur la providence.
De là où elle était, Pétronille avait vue plongeante, c'est le cas de le dire, sur le ravin. Elle apercevait maintenant distinctement Turlou qui ne pouvait guère tomber plus bas. Vue la situation, sa mère et elle, non plus, me direz vous.

 L'Emile Fayard qui rentrait des champs passait justement par le chemin qui longe la rivière. Il ne devait pas tarder à atteindre l'endroit où se trouvait le chien. Il fallait que celui ci se manifeste et donne l'alerte. Ce que, conscient de la gravité de la situation, il n'allait pas tarder à faire.

Quand Emile arriva à hauteur du chien, celui ci fit entendre une longue et morne plainte. Un gémissement qui arrache le cœur. Emile en effet, d'abord surpris, se retourna. C'est alors qu'il vit Turlou. Ce chien est blessé, se dit -il, mais il n'est pas en bon état. Soit je le laisse pour mort, soit je l'achève.
C'est au moment où il se saisit de sa masse pour lui asséner le coup fatal, que Turlou le fixa longuement, comme pour lui adresser une prière muette. Emile n'était pas un gars méchant. Il vit dans le regard de la bête tant de miséricorde qu'il lui parla doucement.
Turlou tourna alors la tête et émit un long gémissement en direction de la falaise. Emile regarda à son tour et aperçut une silhouette qui se balançait sur le seul arbre accroché à la paroi.
NON DE DIEU ! Hurla-t-il.VITE ! IL FAUT FAIRE QUELQUE CHOSE ! Il empoigna le chien, le chargea dans son tombereau et accentua l'allure de son cheval. ATTENDS, PETITE, cria -t-il à Pétronille, ON VA TE TIRER DE LA !
Mais la route était longue et rude la côte. Le cheval poussif ne marchait pas bien vite, bientôt il ferait nuit.
  Arrivé à la croisée des quatre chemins, au lieu dit la pierre haute, Emile bifurqua sur la gauche laissant à son cheval, le soin d'aller tout droit. C'était là le chemin de sa ferme. Sans doute,la Zette, sa femme s'ennuierait en voyant le cheval seul, mais qu'importe, il fallait prévenir une équipe de la gendarmerie, eux sauraient comment faire pour délivrer Pétronille de son mauvais pas.

Pendant ce temps, le Pascalin sirotait à l'auberge de la grosse Gervaise. Se vantant d'avoir oxi le chien et la putain qui n'en valait pas moins. La vieille mégère de Gervaise, savait parler aux hommes, surtout quand ça lui rapportait, pensez bien ! Elle lui fit raconter devant salle comble son histoire. Le vieux donna des détails sordides. Les tournées s'enchainaient, chacun allant de son couplet et vantant les mérites de ce pauvre bougre qu'une fiéfée garce... une sacrée putain avait assez exploité et qui ne méritait que ce qu'elle avait, ni plus ni moins !
A la gendarmerie, on fit grâce à Emile de la façon dont il racontait sa rocambolesque aventure
Un chien qui parle mieux qu'un livre, une gamine perchée sur un arbre qui à flanc de falaise, se balance au vent ! Encore un ivrogne qui ne méritait que la cellule de dégrisement.
Mais comment dégriser quand on ne boit pas une seule goutte d'alcool ? Et comment faire comprendre à des gendarmes cartésiens une histoire à dormir debout ? Une histoire aussi sotte que grenue ?
C'est quand la Zette est venue, sur recommandation de monsieur le curé, déclarer la disparition de son homme que les gendarmes se sont inquiété.
Un cheval fou qui rentre tout seul avec un tombereau dans lequel se trouve un chien savant ? Avouez qu'il y a de quoi perdre son latin. Même pour un curé !
C'est donc ainsi que le sauvetage de Pétronille put enfin avoir lieu. C'est aussi pour se remettre de leurs émotions que les gendarmes sont allé boire un coup chez la Gervaise,
C'est là aussi qu'ils ont appréhendé le Pascalin, après avoir entendu ses élucubrations.
Leur restait à trouver le cadavre de la pauvre Hermeline. Mais là c'est une autre histoire que je vous raconterai peut être plus tard ou alors demain.
Cela faisait maintenant trois jours que le Pascalin goutait la fraicheur du cachot, mais toujours pas de nouvelles de l'Hermeline.

Des battues furent organisées alentours . On fit venir un maitre chien. Il renifla les guenilles de la malheureuse, sans succès. La piste s'arrêtait à la rivière. On inspecta les rives, les broussailles, l'endroit où l'Emile avait découvert le chien. Rien. Pas d'Hermeline, pas de traces non plus de son passage. Voilà une chose bien étrange pour les enquêteurs, car elle n'avait pas réapparu depuis plusieurs jours et n'était jamais restée absente si longtemps. On interrogea l'Emile, la Marthe et l'Augustin. Personne n'avait vu Hermeline. Ce n'est que le soir du troisième jour qu'un indice mit les gendarmes sur une piste probable, bien qu'incertaine. La vieille Ninon qui se terrait comme une gueuse au font du grand bois, revenait de la ville, elle qui n'y posait jamais les galoches. Elle portait un cabas, elle qu'on voyait souvent une hotte sur le dos, galoper la campagne à la recherche d'herbes et de plantes au pouvoir maléfiques selon certaines gens.
Intrigués, ils l'interrogèrent sans plus de ménagement mais sans résultat. La Ninon restait muette faisant mine de ne pas comprendre les questions. Désarçonnés par son attitude, ils lui demandèrent à ouvrir son sac. Mais il ne contenait que des pierres. Des pierres de toutes les tailles, des améthystes et des pierres de diamant, aucune, mais des pierres de forme plate avec de la glaise autour. Voilà qui était surprenant ! Ce n'était surement pas pour marquer son chemin !
L'un d'eux, plus perspicace, cependant se dit que sans doute, ces cailloux pouvaient servir à faire des attèles ou des pansements. Sa grand mère lui avait soigné une blessure autrefois en faisant un cataplasme de terre glaise. Il se rappela que parfois, elle utilisait aussi des pierres pour garder le froid.
      - Tiens, dit-il à Ninon, vous avez sans doute une bête malade, car je vois que vous avez matière à prodiguer des soins.
Interloquée, la vieille oublia de se taire.
       - Oui, c'est une de mes chèvres qui a trappé le carcuisson ! 
Le carcuisson,  (carcuissou en patois bien de chez nous) c'est une de ces maladies qui vous tiennent et qui ne vous lâchent plus. Une sorte d'envoutement pour la gambade, qu'ont les chèvres, plus particulièrement, mais aussi parfois les gens.
La Ninon savait soigner les effets de cette maladie par un soin particulier, tout le monde le savait.
Sa tanière  était une vieille masure tapie au fond des bois. On y séchait autrefois les fromages. Mais c'était il y a longtemps.

La forêt moins dense qu'aujourd'hui offrait de belles clairières. Les taillis étaient encore des champs cultivés et les abords de vertes prairies. Maintenant, il n'y poussait plus grand chose. Seuls quelques noisetiers, un peu de buissons et de grifoux étayaient cette partie de la forêt, ça et là des morceaux de prairie parsemés d'herbes folles donnaient à ce lieu un peu d'enchantement.
La Ninon, entretenait  un petit bout de potager ou elle  cultivait quelques plans de salades, quelques choux et un peu de luzerne pour ses chèvres, afin de les guérir du carcuissou, précisément. Dans une espèce de grenier à foin, étaient entreposées des herbes et des plantes qu'elle glanait lors de ses déplacements.


De vieux linges séchaient au soleil près de la masure. Dans la clairière des chèvres paissaient calmement. La Ninon était partie depuis l'aube en quête de ses herbes, cette fois. Les gendarmes ne s'attendaient pas à trouver un palace, mais une demeure si misérable, voilà qui les choqua, Ils en firent rapidement le tour, n'observant rien de suspect. Ce n'est qu'en pointant leur nez par la lucarne qu'ils virent une masse informe sur un grabat. Tendant l'oreille, ils perçurent un souffle court. Ils entrèrent et découvrirent l'Hermeline dans un sale état. Le visage tuméfié, les bras bandés et des plaies multiples à la tête, aux jambes et surement à bien d'autres endroits. Pour sûr, le Pascalin avait eu la main lourde et n'avait pas lésiné sur la marchandise. Car il ne faisait aucun doute, que d' après ses dires de l'autre soir, ce ne pouvait être que lui le responsable d'un tel carnage.
Il fallait mettre Hermeline sur un brancard et l'évacuer en urgence. Ses blessures ne pourraient guérir qu'avec des cataplasmes de sorcière et des aposements de pierres miracles, c'était évident !
Le plus âgé des deux gendarmes qui était aussi le plus costaud s'en vint quérir la carriole du vieux berger. C'est ainsi qu'on nommait cette charrette abandonnée depuis des années. Depuis que l'âne de la Ninon était mort de vieillesse. Elle ne servait plus depuis bien longtemps, mais elle avait bien résisté au temps. On chargea Hermeline, et le gros devant, tirant la carriole, le jeune la poussant dans les ornières, ils arrivèrent tant bien que mal à transporter Hermeline jusqu'à la maison d'Augustin. Le pauvre homme vivait seul depuis que sa femme était décédée d'une longue et cruelle maladie, mais il avait gardé sa maison propre et chaleureuse. C'était la demeure des mendiants. Il n'en passait pas un par ici, sans que l'Augustin ne lui paie un coup à boire et sorte le chanteau pour rassasier sa faim. C'était aussi le lieu où se retrouvaient le soir, les laborieux quand ayant fini l'ouvrage, repus de fatigue, ils ne pouvaient rentrer chez eux. Et puis c'était le repaire des colporteurs quand dans la neige et les congères ils s'égaraient de leur chemin. Une sorte d'auberge espagnole qui concurrençait le boui-boui de la gervaise, mais de bien meilleure réputation.
Il n'y avait pas une âme en peine par le pays, sans qu'Augustin n'intervienne pour lui venir en aide. D'ailleurs, c'est à lui que Turlou le chien se serait adressé s'il n'avait pas, lui même, été en si mauvaise posture.
L'Augustin était derrière ses carreaux. Il tira le rideau pour mieux voir et n'en crut pas ses yeux. Il eut envie de rire en voyant l’accoutrement composé non pas d'un âne mais d'un gendarme suant sang et eau. Vous pensez ! Le gros qui lui avait fichu un procès dernièrement parce que son vélo n'avait pas de lumière, entrain de tirer une charrette et soufflant comme un taureau ! Et l'autre grand dadais qui marchait derrière, les bras ballants comme une poule qui aurait trouvé un couteau ! Avouez qu'il y avait de quoi se payer une bonne tranche de  rigolade ! Il regretta d'être seul pour le coup, mais se ravisa aussitôt.
Il était discret, lui Augustin et avait du savoir vivre. Oui, Monsieur !
Alors, il descendit poliment dans sa cour pour accueillir les arrivants.


  • Que se passe- t-il donc, et quel vent vous amène, mes bons messieurs les gendarmes ? Vous devez être fourbus avec votre chargement !
  • M'en parlez pas Monsieur ? Comment déjà ?
  • Augustin pour vous servir !
  • Augustin, voilà c'est ça ! Nous voilà bien en peine, nous avons récupéré cette femme chez la Ninon. Elle n'est pas bien crane, mais je boirai bien un canon !
  • Pour le canon, faudra attendre, occupons nous d'abord de cette femme qui semble bien amochée, que lui est - il arrivé ?
  • Nous ne savons guère ! Il paraitrait que ce soit l'Hermeline qui avait disparue ?
  • Ah oui, je vois, la pauvre femme, elle n'a pas la vie facile avec l'autre tordu de Pascalin. S'il la trouve, il va finir par lui faire la peau. Vous devriez intervenir, c'est pas humain des choses pareilles, plutôt que d'embêter les pauvres chrétiens ; comme moi par exemple, tiens !
  • Mais ne vous fâchez pas monsieur ? Comment déjà ? Nous reparlerons de tout ça.
  • Augustin, pour vous servir. Descendez la de ce barrot et posez la sur ma couche, elle a bien besoin de soins. Je vais appeler la Marthe qui n'est pas bien loin.

C'est ainsi que Marthe prodigua les premiers soins à Hermeline avant qu'un apothicaire venu de la ville ne lui soigne ses blessures et la transporte à l'hospice voisin.
Il lui faudrait beaucoup de temps pour guérir et se remettre d'un traumatisme qui durait depuis bien des saisons.
Remis de leurs émotions, le Gustin et la Marthe durent prendre de sages décisions.
La vache, les poules et les 3 chèvres vinrent rejoindre le cheptel de l'Emile qui garda aussi le chien. La gamine,  la petite Pétronille fut prise en charge par les bonnes sœurs et plus tard à sa majorité, devint serveuse chez la Gervaise. Elle ne revit jamais son chien. La Ninon, après le départ de l'Hermeline, sans en connaître la raison, crut sa maison ensorcelée, elle quitta le pays. D'elle, on n'entendit plus jamais parler. Quand au Pascalin, on élucida bien des mystères, lors de sa détention. Il fut conduit en galère. Mais on n'a jamais plus embêté l'Augustin pour l'histoire de son vélo sans lumière !

Brèves de retour d'Auvergne