Semaine 15/52 Epistolaire.

 J'aurais pu vous parler de ces échanges entre prisonniers où l'essentiel était de ne pas dire, justement ce qui est important. 

carte postale datant de la première guerre mondiale.

Un nom, une adresse, pas plus, juste pour dire qu'on est encore vivant au moment de l'écrire. 

Je me souviens de ces lettres trouvées dans un grenier, bien cachées au fond d'un portefeuille élimé.

Mon grand père, tenant un livre (devant à gauche)

Tout comme je me souviens de celles écrites à mon intention et que je garde précieusement dans un carton. 

Et puis il y a celles écrites de notre main, en réponse aux précédentes, ou bien à quelques parents absent. Je vous propose celle, écrite dernièrement à mon grand père, alors que je longeais un de ses champs. 

Lettre à mon grand père.

Cher grand père que je n'ai pas connu, et toi non plus. Je sais quand même bien plus de choses sur toi que tu n'en sais sur moi, sur nous.  Je m'appelle Claude, Eugénie, Marie., Je suis la fille ainée de ta fille. J'aime penser à toi. J'aime tes racines. Je suis entrain de faire notre arbre généalogique. J'ai découvert plein de choses sur cette famille qui est la mienne. Ton père, Charles, ton arrière grand mère, Antoinette Boughon, ton arrière grand père Guillaume, tes chiens Pyram et Youki. Je les ai aimé au travers de mes recherches et de ce que maman m’a raconté.  

la maison de mon grand père

Dimanche, Nicole, Annie et moi sommes montées à Charel en compagnie de Jordan, ton arrière petit fils. Nous sommes allé voir Alain, ton petit fils qui vit dans ta maison en compagnie de Marie, son épouse. Je ne te raconte pas  l'émotion, lors de leur mariage en 2021, dans ce que nous appelons la cour des poules, près de ta maison (là où est enterrée Frisade). Nous y avons fait une fête gigantesque. Sans doute la première depuis la libération. Car j'imagine bien que vous avez fait une énorme fête le jour où Charles est revenu au pays, où, Marcel Gidon, Simone, Suzanne, Lucien, Pierre, Jeanne, Prosper et tous les autres, sans tonton Pierre et tante Marie, le deuil était trop frais pour eux. Pas question de fête.  Vous êtes retrouvés ensemble pour fêter la fin de cette horrible guerre qui vous a tant et tant fait souffrir. Maman m'a si souvent parlé de vous ! 

Ton chien Pyram s'est invité lors de notre visite  ce dimanche à Charel. Sur la terrasse de Maria, j'ai vu un grand chien fauve, tout comme lui. Il me regardait avec des yeux si familiers. Son regard semblait appeler le passé. Et non, tu ne le sais pas, aprés ton départ, et celui de mémé Génie, maman a tenté d'adopter Pyram et de le récupérer à Lossedat, mais malgré la présence de maman, de la vache Mignone et de toute leur bienveillance, Pyram ne s'est pas adapté. C'est en vain qu'ils ont essayé de le récupérer. A chaque fois, il repartait à Charel. C'est donc Maria, ta soeur, qui l' adopté, définitivement. Je le retrouvais quand avec maman nous nous rendions, une fois l'an, pour la Toussaint, généralement, au village et au cimetière pour vous rendre visite. Elle me grondait, Maria, parce que comme à Lossedat où les chiens étaient interdits d'accés à la maison (leur place étant à l'étable) , je tentais de le faire sortir de la maison (j'avais 2 ou 3 ans)  avec un balai dont je suppose je n'hésitais pas à me servir pour autre chose que chasser la poussière ! Elle avait bien raison, Maria. Pauvre bête. Qui n'était pas si bête, cependant. 

Pour en revenir à mon histoire de ce dimanche, Erwan, le fils de Fanfan, une autre de tes petites filles, disparue, malheureusement, habite désormais la maison de Maria. Il a un copain qui vient de temps en temps en compagnie de ce chien, qui ressemble à Pyram. Si bien qu'un instant, un instant, seulement, je crus le voir, ton Pyram.  Je m'attendais à voir surgir Maria sur le perron, mais point de Maria, point de balai, point de Pyram. 


la cabane à outils au champs de Sablonière

Nous sommes allé ensuite à la Cabane. Des vaches semblables aux tiennes, mais bien plus nombreuses, paissaient dans ce qui fut un champs. Je me pris à penser, à imaginer la vie d’alors. Sur vos pas à Génie et à toi, j’ai parcouru le chemin qui monte de la cabane de Sablonière jusqu’à ta maison. IL grimpe, hein ! Je comprends bien pourquoi tu as construit cette cabane pour abriter l’araire et tes outils pour cultiver la vigne en contre bas ! Toutes ces histoires racontées par maman qui t’on fait revivre le temps d’un instant, je les conserve en moi.

Je voulais juste te dire tout ça. Tu ne vas pas te retrouver dans ce gloubi-boulga, mais c’est une page de mon histoire. Une page de mémoire qui interpelle sur pour qui pour quoi.

vaches Ferrandaises,  comme autrefois

J'aurais juste aimé vous connaitre un peu, mémé et toi. Le destin tragique qui fut le votre ne l'a pas permis. Pourtant je suis sûre que nous avions plein de choses à nous dire. De belles choses à partager. L'amour des bêtes, de la terre et de tout ce qui s'y rapporte. Maman nous parlait beaucoup de vous. Je crois que je vous aime comme elle nous a appris à vous aimer. Merci d'avoir été. 

1 commentaire:

  1. Je suis extrêmement émue par cette lettre. Ta maman devait beaucoup aimer ses parents pour t'en avoir si bien parlé, cela aide !
    Ce n'est que ce matin que j'ai pensé que j'aurais pu parler des mots écrits pas mon grand père paternel, au dos de photos envoyées lorsqu'il était prisonnier de guerre...
    Il y a un bug sur ton article, il y a beaucoup de vide entre la fin de l'article et la partie où on peut saisir les commentaires ;)
    Je t'embrasse , bon dimanche ma Délia

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2 commentaires:

  1. En effet ! Merci Fabie. J'ai dû supprimer l'article et le recopier. Ton commentaire apparait dans le texte, de ce fait. Je ne sais pas pourquoi il y a eu ce bug lors de l'écriture. Mais il est plus lisible comme ça. Bon dimanche à toi gros bisous.

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  2. Quel beau texte ! Elevée loin des racines familiales, je n' ai pas retrouvé , lors de vacances, l' harmonie dont tu nous parles.

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Semaine 15/52 Epistolaire.