Ils regardaient la mer.




Ils étaient assis là, à regarder la mer, perdus dans leurs pensées. Le soleil éclairait l'horizon semblable à un fanion. Tournés vers le couchant, ils écoutaient les vagues s'échouer sur le sable. Le temps qui s'égraine n'avait pas d'emprise sur la révélation qu'elle venait de lui faire. Une chose les préoccupait à présent. Comment occuper ces instants qu'il leur reste ? Ne pas penser au mal qui la ronge et bientôt l'éteindra. Ne pas penser à l'heure grave qui les séparera. Ne pas penser à l'aprés, ni à ce qu'elle deviendra. Déjà son corps meurtri se décharne. Ses yeux se cernent et perdent leur éclat. Déjà sa main tremble et son regard s'en va.
Mais il leur reste le souvenir. Celui de leur 20 ans où ils se disaient je t'aime. Celui de leurs ébats ici même entre les roches. Sur le sable mouillé et dans le grand soleil, quand ils s’étreignaient si fort qu'encore ils en tremblent. Quand ils écoutaient la mer qui roulait ses galets. Quand au loin les mouettes chantaient, et que le vent soufflait à travers les rochers.
De ce temps il leur reste l'illusion de n'avoir jamais cessé d'être et de pouvoir encore tout recommencer.
Mais la vie, même forte, est si courte que le livre se ferme à peine a-t-il été ouvert. Que la table se vide à peine a-t-on mis le couvert, sans que l'on ait goûter tous ses mets délicats. Sans que le calice encore plein n'ait été qu'effleuré et quand vient le soir où il fait un peu froid, sans que le feu dans la cheminé ne crépite de son dernier éclat.

12 commentaires:

  1. Ne perds pas espoir Délia, on te soutient.
    Tu verras, ça va aller.
    Ce ne sera pas dr^^ole mais tu vas t'en sortir

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    1. Ouh là ! J'aurais dû dire en préambule qu'il ne s'agissait pas de moi . C'est une fiction, pure fiction, d'ailleurs je ne sais pas pourquoi j'ai écrit sur ce thème. La fragilité apparente de la jeune femme sur le tableau, le regard perdu de l'homme à ses côtés, m'ont inspiré cette histoire pas drôle. Même pas concerné on pense à ces situations d'autant plus quand on vient d'en approcher. Mais je vous remercie de votre soutien par ces temps plus que troublés. J'ai eu de la chance que mon traitement à l'hopital se termine la semaine dernière, finalement. Je vous rassure, je vais bien, autant que cela se puisse. Je ne pense et j'espère ne pas avoir choppé ce sale virus. Je reste prudente, mais il faut bien sortir quand même pour les choses alimentaires. En tout cas, j'espère que pour vous ça va du mieux possible. Prenez soin de vous, toi le Goût, prends soin de toi et de la lumière de tes jours. Vous êtes importants, pour nous, j'allais dire, on l'est tous pour quelqu'un, pour moi en tout cas, vous l'êtes devenus. Belle journée à vous.

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  2. Bonjour Delia...Est-ce à toi que tu penses ? J'espère que tu n'as pas appris de mauvaises nouvelles, que ton traitement est terminé...Est-ce ce satané virus qui te mine le moral ?
    Je me souviens, quand j'ai eu terminé mes traitements, avoir eu une envie irrépressible de voir la mer..Je passais des journées à contempler l'océan...C'est vrai que le bruit des vagues apaise, que ce va et vient incessant semble immuable, que l'envie de vivre serait la plus forte...J'espère vraiment que ton texte n'est qu'une fiction ou tout le moins un moment de cafard dû au confinement.
    Bises

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    1. Merci Juliette pour ce commentaire qui est doux comme l'eau tiède de la mer. Non il ne s'agit pas de moi, pure fiction. Cependant j'ai trés envie de voir la mer en ce moment. J'attendais avec impatience la fin de mon traitement pour pouvoir partir, je me dis que ce n'est que partie remise et que demain est un autre jour, qu'il fera beau de nouveau et même encore plus beau qu'aujourd'hui (ceci dit ça n'aura pas de mal, il pleut et le vent qui vient de se lever est froid) Belle journée à toi, je t'embrasse.

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  3. Mais, j'y pense, tu n'as pas chopé ce virus au moins ?

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    1. Non pas encore, et si possible je ne compte pas le fréquenter même de loin.

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  4. s'il y a un peu, beaucoup,... de toi là-dedans, on te souhaite le meilleur et de pouvoir garder un peu le moral

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  5. Merci Adrienne, mais je te rassure, de moi, il n'y a que les mots et l'évocation de tant de possible pour tant d'autre. Merci à tous de votre compassion. Au fait, j'y pense, j'ai peut être été inspirée par ce que je trouve dans ma généalogie que je suis entrain de parcourir. Tant de drames ont perturbés la vie de mes ancêtres, sans doute cela a de l'emprise sur mon mental. Bonne journée à toi aussi

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  6. Que ton texte est beau et triste mais toi aussi tu es importante pour nous.
    Je t'embrasse.

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    1. Merci Heure Bleue. Un peu de chaleur, ça fait du bien. Je t'embrasse aussi (on ne risque rien)!

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  7. "De ce temps il leur reste l'illusion de n'avoir jamais cessé d'être et de pouvoir encore tout recommencer."

    J'aurais volontiers réécrit cette phrase :
    De ce temps il me reste la certitude de n'avoir jamais cessé d'être et de pouvoir encore tout continuer.

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  8. Merci pour ce conseil avisé qui allège la formule en effet.

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Non lieu ? Si puisque je vous le montre.

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