Mon cher papa, tu te demandes ce que je fais là. Moi aussi.
Hier cela a fait 35 ans que tu es parti. J'étais sur la route. Il y 35 ans, sur celle de Sognes notre petit pied à terre, tout prés de Paris. Enfin plus prés qu'aujourd'hui. Hier je rentrais de Clermont Ferrand (tu connais, je crois). Nous étions venus prêter main forte à Romain qui retape son appartement comme il peut. En bons parents que nous sommes sans doute. Comme tu le fis pour nous et comme tu l'aurais encore fait si le temps t'en avait été donné. Il travaille chez les cheminots à présent. Son engagement est total. Il ne dépareille personne. Tu aurais eu un immense plaisir à refaire le monde à sa façon et en sa compagnie... Il ne se renie pas. Et nous sommes tous fiers de lui. Si tu entendais les éloges qu'en font ses camarades, j'imagine ton sourire discret qui en dirait bien plus qu'un long discours. Sa soeur que tu n'as pas connue, puisqu'elle est arrivée un peu trop tard, nous procure les mêmes satisfactions. Moins engagée que son frère, elle sais trés bien où elle habite et quoi penser. Quand d'un côté de la montagne, on va dans l'autre, elle garde mes précieux chats. Tu ne les aimais pas trop, toi, les chats. Pourtant... tu te souviens du Gros Jaunet ? Celui qui ressemblait à mon Petit Lion d'aujourd'hui ? Et de mon Gros Blanchou ? Comme je les ai pleuré, ces deux là, quand l'un partit au bois de Chaville et l'autre à celui de Meudon ! J'y suis allée à Chaville et à Meudon, aussi. De chat, n'ai point trouvé. Pas même un brin de muguet.
J'ai passé du temps aussi ces quelques jours avec Nicole, Alain et Annie. Ta Nanette, tu te souviens ? Notre Nanette ! Ils n'ont pas eu beaucoup de chance eux non plus. Ils s'accrochent comme ils peuvent. Serrant les dents, le point et la ceinture, aussi. Avec Nicole nous refaisons sans cesse le monde. mais il doit y avoir quelque chose que nous n'avons pas trop compris. Figures toi, qu'à chaque fois, il est pire ! Mais ce n'est peut être pas nous qui merdons, n'est ce, pas ? Ce monde n'a besoin que d'une petite poignée de malfaiteurs pour aller mal. Et là, je crois qu'il y en a beaucoup plus que nécessaire. Elle m'a prêté un livre. Écrit par un certain Jean Parot, neveu du Francisque dont tu nous parlais parfois.
Son livre parle de Fournols des années 36 à 45. Une époque pas si lointaine pour moi et où j'ai toujours le même plaisir à retrouver lieux et personnages connus. Tel le Catinais, Fréjafond, le père Labaye et le commandant Fonlup. Je ne l'ai pas connu lui, mais tu nous en a beaucoup parlé. L'Antoine Duret aussi, qui était chauffeur aux courriers d'Auvergne et nous a souvent transporté du Moulin de Géry à Cassot ou à Sauxillanges quand par exemple nous allions à Charel ou à la Pharmacie chercher des médicaments. Nous prenions l'autobus qui descendait à 17h et revenions par celui qui remontait vers 19 h. Il y a longtemps qu'il n'existe plus aucun transport aujourd'hui, mais cela rendait bien service en ce temps là. Et puis il n'y a plus trop de monde non plus dans nos campagne et tous ont une voiture, parfois deux qu'ils ne conduisent pas en même temps, comme tu aimais à plaisanter.
Nos deux petites soeurs sont parties elles aussi, peut être les as tu vues, si comme le disent les curés, elles sont au paradis qu'elles auraient bien mérité. Elles avaient un enfant chacune, que tu n'as pas connu non plus. Florine née la même année que notre Manon (que tu aurais appelée Nanon, à cause de celle, que le loup avait emporté dans son berceau jusqu'à la Modière, elle était déjà vieille quand tu l'as connue et tu nous en a si souvent raconté l'histoire !
35 ans déjà. J'ai peine à croire que tout ce temps soit passé déjà. Il y a 100 ans de ça, tu participais à tes premières campagnes de scie. C'était en Normandie je crois. Tu es tout jeune sur la photo que nous avons retrouvée dans le grenier ( seize ou dix sept ans, même pas, puisque tu les as eu en septembre suivant). Puis tu fis le peillarot du côté de Macon, la route de Saint Quentin que tu as participé à caillouter, encore des campagnes de scie... les retours à la maison, retrouver ta mère et tes soeurs, car ton père, lui aussi s'embauchait l'hiver pour les même campagnes avant de reprendre le manche de la charrue derrière le Cadet et la Finance, de si braves et vaillantes vaches Ferrandaises qui participaient à toutes les corvées champêtres. Tu ne l'as jamais dit, mais quand on a seize ans, c'est surement pas si facile que ça de partir trouver l'embauche. Et les conditions de travail n'avaient pas encore rencontré 36 sur leur chemin, c'est dire ! Toi aussi, tu les as serré souvent les dents en levant le poing la plupart du temps. Face à ce qui se prépare aujourd'hui, saurons nous les serrer autant ? Pas sur non plus que nous soyons aussi nombreux à le lever le poing. Comment avons nous pu oublier à ce point, ces leçons que vous, ceux de ton temps et celui du temps d'aprés, nous avez donné ? Sommes nous de si piètres apprentis et si mauvais élèves pour nous laisser ainsi manipuler ? Ils faut croire que nous ne vous avons pas mérité. Je pense souvent à toi. Je ne le dis pas assez. Nous n'avons et n'aurons jamais assez de temps pour vous remercier de tout ce que vous nous avez donné. moi je suis fière d'avoir eu les parents que j'ai eu. Je sais que même si tout n'a pas été facile, jamais tout rose et parfois assez gris, vous avez quand même fait tout ce que vous pouviez. Sans le dire. Sans même le montrer. Je crois que vous nous avez bien élevés.
Ton texte, je l'ai lu d'une traite, et je peux te dire une chose, j'ai les larmes au bord des yeux. Tu as vraiment beaucoup de talent pour nous mener là où ton coeur te porte.
RépondreSupprimerça me rappelle le manuscrit que tu m'avais confié, tiens, tu me donnes envie de le relire !
Tu as déjà songé à faire un petit recueil de certains de tes textes ? tu ferais au moins une heureuse ! :-)
Je t'embrasse Jolie Délia
Oh merci ! je viens sur ma messagerie et je vois que tu es passée chez moi. La fénéantise, tu vois où ça ne mène pas, il faut que je les peaufine ces textes en vrac avant d'en faire quelque chose. Tu ne serais pas la seule à lire, je pense. Peut être aux prochaines averses si elles durent autant que la dernière fois, j'aurais le temps ! mais il faut reconnaitre que je manque aussi de patience et de tallent. Je t'embrasse ma belle. à trés bientôt.
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