Le mésaventures de Petit Lion (suite). Monsieur Picon.

Monsieur Picon est un homme trés ordonné. Chaque samedi, il tond méticuleusement sa belle pelouse grillée. Parfois, il la retond le dimanche et même des soirs dans la semaine. Il n'aime voir aucun brin, aucune feuille, aucune mousse apparaitre. Le moindre grain de poussière le met en colère. Une colère si noire que tout lui est insupportable.
Tous les matin de la semaine, quand il fait beau temps, il démarre sa voiture à 7 h 24 précise, pour partir au boulot dès 7 h 30 tapante. Si c'est l'hiver ou bien qu'il fasse froid, s'il emprunte le véhicule de service de son entreprise, il démarre à 6 h50 non moins sonnante, pour partir à 7 h30, toujours tapante. L'heure c'est l'heure, il n'y a pas à tordre, réglé comme un coucou suisse, il ne souffre d'aucun contre temps.
Le soir venu, dès 18 h30, il gare son automobile devant sa porte, va ouvrir aux poules qu'il lâche dans son enclos, puis ouvre grand ses portes pour faire entrer de l'air nouveau. Il arrive qu'en plus de l'air nouveau, un chat se faufile explorer au dedans. Parfois le chat ressort aussi vite qu'il est entré, ça c'est quand Monsieur Picon traine par là. S'il ne le voit pas, il arrive qu'il l'enferme quand le soir aprés manger, il revient fermer ses portes. Et là, bonjour l'angoisse !
Monsieur Picon est un homme pas trés commode, il ne faut pas le déranger.
Alors comment va réagir Monsieur Picon ? C'est la question que tout le monde se pose. Le chat lui, on sait. Si c'est Petit Lion, il va pleurer, longtemps, Beaucoup, trés fort. Puis il va s'endormir épuisé dans un coin jusqu'au petit matin où il recommencera sa sérénade.
Monsieur Picon, lui, même s'il l'entend, décidera peut être de ne pas lui ouvrir et attendra   le bon moment pour lui administrer une de ces corrections qui le laissera sur le carreau. S'il ne l'entend pas, il acceptera de mauvaise grâce, comme ce matin, quand on lui a demandé, de lui ouvrir la porte pour le libérer. C'est que ça fait souvent que Petit Lion se fait enfermer !  Ou bien il n'acceptera pas, nous disant que nous n'avons qu'à surveiller nos chats. Que lui n'en a pas et qu'il surveille bien ses poules ! Nous n'avons pas de coq, les poules ne risquent donc rien. Mais les chats ?
Ce ne serait que le début d'une longue série de mésaventures pour Petit Lion et pour tous  ses amis ? J'en ai peur, car nul doute,la vengeance de Monsieur Picon sera implacable, sanglante, sans concession, et là gare au gorille !


A la mémoire.

Pour son devoir du lundi, le Goût nous propose une énigme : cet homme est il désolé par la vision de cette usine désaffectée ou se demande - t - il comment il va lui redonner vie ? En réponse, j'ai choisi les deux visions. L'une va de soi, et mon coeur de syndicaliste parle en premier. Pour moi, il s'agit d'un ouvrier.
 J'en ai tant vu qui s'en allaient, qui ne demandaient que du pain.
Ils étaient ouvriers du textile dans le Nord. Sidérurgistes en pays haut, du Nord à la Lorraine  passant par les Ardennes,  de Longwy à Charleroi, d'Hayange à Florange, de Gandrange à Hagondange.    Mineurs à Carmaux, à Brassac Les Mines, à Sarreguemines, à Courrière, à Monceau à Firminy ou au Creusot. Équipementiers en val d'Allier. Porcelainiers à Limoges. GM&S à La Souterraine. Dudu à Issoire. Manu à Saint Etienne. Conti à Clairvoix ...... La liste est longue.... Bien trop. Du Sud au Nord et d'Est en Ouest, elle touche toutes les couches de la société, tous les secteurs d'activité et continue de s'allonger.
Ferrat les a chanté. Lavilliers  les a honorifiés.

A la mémoire de tous ces hommes, de toutes ces femmes, de toutes ces vies.

Exploitées. Brisées. Dévastées.  Niées.  Jetées. Assassinées.

Oh ! je ne suis pas le dernier, non, ça je le sais bien. Il y en a tant des comme moi ! Pourtant j'en ai traversé des rues, des boulevards, des avenues. A la fin n'en pouvant plus, je suis revenu ici.
Ici, c'est comme chez moi. Tant de jours, tant de nuits j'y ai passé ! Tant de sueur. Tant de larmes. Tant de sang y ont été versé.  Pendant si longtemps et depuis tant d'années.
Toutes ces voies qui se croisent et s'entrecroisent. Qui se lassent et se délassent. Qu'on laisse et qu'on délaisse. Toutes ces vies qu'on brise et qu'on saccage ! Toutes ces familles déchirées, cassées, détruites par quelques coups de  bourse, qu'ils ont joué. Wall Street ne nous a pas épargné, ni les agences de notation qu'ils engraissent pour mieux nous laminer. Tout ce savoir faire, toute cette énergie, tombés par terre et qui ne servent à plus rien désormais, personne ne les a ramassés.
Et nos vie assassinées ?
Combien s'en sont soucié ? Qui s'en soucie encore ?

Moi, avant, j'avais une femme,elle était jolie. J'avais des enfants.Ils étaient beaux, ils étaient intelligents. Ils travaillaient bien à l'école. L'avenir leur appartenait. Je les aimais. Ils m'aimaient aussi. J'avais une maison. Je n'avais pas peur, je n'avais pas froid. Et puis tout à basculé. Plus de boulot, plus d'argent pour payer le loyer. Les dettes se sont accumulées. Les huissiers sont venus, nous ont tout pris, plus de toit, plus rien, pas même une couverture et rien comme nourriture.  C'est parce qu'on s'aimait, qu'ensemble, on a décidé de se séparer.  On pensait que seul on s'en sortirait mieux. Que ce serait plus facile de trouver à se loger, une combine pour pouvoir manger. Pour une nuit, rien qu'une nuit. Et la soupe froide du petit déjeuner. On pensait que pour les enfants, se serait moins dur d'être placés en foyer plutôt que de trainer misère dans ce quartier délabré. On se disait que plus tard quand on aurait retrouver quelque chose, on les reprendrait et que tout recommencerait. Pourtant, des rues, des boulevards, des avenues, on en a traversé. Ma femme travaillait dans la même usine. C'est là qu'on s'est connu. On ne gagnait pas grand chose, mais en faisant attention, on faisait cuire le fricot. Les enfants prenaient de l'age, à coup de sacrifices, ils faisaient  des études pour avoir mieux, être quelqu'un, de considéré. Un jour ils partiraient gagner leur vie, peut être dans une autre ville, parce que celle là n'est pas bien grande.... et les perspectives un peu bouchées....

Et puis, ils sont venus. De paris,  de New York,  ou de Bruxelles, ou bien d'ailleurs, mais de quelque part, où nous étions étrangers. je ne sais plus, des trois peut être... Pas assez rentable, ils ont dit. Alors on a fermé. Ils ont fermé. Nous jetant dehors comme si on était rien. Rien que des vieux rebus de société.
Quand ils ont annoncé la première vague de licenciements, toute la ville était avec nous. Fallait voir toutes ces vitrines fermées. Pas par soucis de les voir cassées, comme c'est devenu le cas aujourd'hui. Non. Par solidarité. Parce qu'ils savaient, tous, qu'une usine qui ferme, c'est tout un quartier, toute une ville et son activité qui sont condamnés. Alors, quand on a défilé dans les rues où on était plus de 5 000 à marcher en silence, au son de la sonnerie aux morts, ils étaient devant chaque boutique, à chaque porte, à chaque coin de rue, à nous attendre. Recueillis, sans un bruit.
Au  bras gauche, un brassard noir solidement attaché. La population dans son ensemble, nous regardait.
13 000 regards tournés vers nous, penchés sur nous, avec nous. Ils nous ont salué avec le respect qu'ils pensaient nous devoir. Certains ont rejoint le cortège. D'autres sont rentré chez eux, finir la journée devant leur télé, pour savoir ce qu'il fallait penser.*
Et puis, ils se sont habitués. A ne plus nous voir passer, à vélo pour prendre notre poste, à pied pour acheter le journal le dimanche, à ceux d'entre nous qui le vendaient. A ne plus nous entendre brailler fort sur la place, au bistrot devant un pastis bien dosé,  pendant que les femmes discutaient  en attendant leur tour chez le boucher. A ne plus nous voir venir acheter notre pain, nos patates,  le lait chez l'épicier et tout ce dont il  fallait, désormais, nous passer.
 A la fin, il ne restait plus personne pour nous compter. C'était fini. C'était plié.

On leur avait dit, la télé leur a dit, la presse leur a dit....et redit... jusqu'à les rendre sourds :
Que c'était comme ça.
Qu'on n'y pouvait rien.
Que c'était la loi.
Qu'il fallait accepter.
Se résigner.
 Mais accepter quoi ? Se résigner à quoi ?
A mourir ?
A voir mourir ?
A ne plus vivre, oui !
Pendant qu'eux, toujours les mêmes, faisaient la fête, à se gaver, à s'empiffrer, à s'en foutre plein la panse, à ne plus pouvoir en voir le bout de leurs pieds !
Pendant qu'eux se répandaient  en propos insultants à notre égard, à nous mépriser pendant qu'ils nous laminaient.
Pendant que les richesses communes se liquéfiaient et que les leurs se multipliaient.

Si je suis là aujourd'hui, comme un con, comme quelqu'un qui ne sait plus quoi faire de sa vie, qui n'a plus personne autour de lui, c'est parce qu'ils ont tout détruit. Si vous saviez comme je les maudits tous ces enfoirés de capitalos, ces boursiers, ces financiers qui nous ont foutu là dedans à coup de CAC 40 et de milliards accumulés ! Si vous saviez comme je les hais. Je suis venu ici, aujourd'hui 16 septembre. Lendemain de fête de toute l'humanité. Hier, comme chaque année, malgré la foule,  on ne se bousculait pas à la Courneuve.  On se saluait. On s'effleurait, presque comme une caresse de fraternité, on discutait. C'était si bon de sentir sur soi tous ces regards considérants, compatissants. A chaque instant c'était comme si on redevenait enfin des hommes. Là bas il y avait la solidarité, l'égalité. Alors pour eux, pour nous tous, je suis venu ici, aujourd'hui, 16 septembre, lendemain de fête de toute l'humanité, leur dire adieu. Je m'en vais tirer trois coups. Un coup en l'air, pour les camarades,  pour leur mémoire. Un coup  dans ce qu'il reste de carreaux de ce foutu désastre, pour les dévastateurs, mais  avant, je leur cracherai dessus. Tiens, même, je leur pisserai dessus.  Que puis je attendre désormais ? La souffrance due au travail, comme à son absence, ça me connait.  Un homme honnête c'est fait pour travailler. Un ouvrier, je ne suis même plus un ouvrier. Je ne suis rien. Plus rien. Ils n' ont fait de moi, rien qu'une loque désemparée. C'est à cette loque que je veux rendre sa dignité.
* 5 octobre 1976, Issoire, 13 000 habitants, 5 000  manifestants, toute la campagne environnante mobilisée contre la fermeture des usines Ducellier. On sait ce qu'il advint par la suite. Seule une poignée de salariés ont retrouvé un emploi, les autres sont restés sur le carreau. Chomeur à vie.

23 mars 1979, manif à Paris de ce qu'il restait de la sidérurgie. Radio Lorraine coeur d'Acier, la radio CGT des sidérurgistes de Longwy fit l'objet de manifestations locales contre le brouillage des ondes dont elle était victime.Des provocations policières entachèrent la manifestation Parisienne. Il y eut de nombreuses provocations, reconnues officiellement par la suite. La répression battait son plein. Il fallait anéantir à tout prix le cri venu d'un peuple qui ne voulait que travailler et vivre de son  travail.




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Et puis, parce que  ....  Dans chaque région dévastée, se sont implantés parcs d'attractions  et autres musées, du textile, de l'automobile, de la mine, de la porcelaine, bientôt des services publics, de la santé... de ce que vous voudrez...
voilà ce qu'il est advenu,  de Florange à Hagondange... de Longwy à Charleroi.


En passant par la Lorraine


Je ne me présente pas*, tout le monde ici me connait. Je suis revenu  aprés le big bang. Big bang que j'ai, si pas souhaité, accompagné pendant toutes ces années. Que voulez vous, il faut évoluer. Notre sidérurgie bien mal barrée avec tous ces plans économiques et les crises pétrolières qui les ont occasionnées, n'était plus rentable. Il fallait bien faire quelque chose. Alors je me suis souvenu qu'il y a toujours plusieurs cordes possibles à un même arc. Plusieurs cordes veut dire de nombreuses possibilités de rentabiliser des espaces libérés. Nettoyés de leur passé, une fois la place nette, ils peuvent rapporter gros si on sait bien les utiliser. Faites moi confiance, je connais bien la région, j'y ai longtemps pratiqué de nombreuses activités.  Et puis, tournons la page, il faut se  retirer les hauts fourneaux de la tête ! Non ?
Aujourd'hui je suis venu en reconnaissance, mais demain, on attaque le chantier. D'abord il faudra tout raser, désinfecter, dépolluer. Les nouveaux plans bien huilés, on reconstruira. Des investisseurs ont prévu leur coup. Quand au coût, on verra, il y a des plans d'urgence en prévision de tout cela. Gardons la tête froide, mais haute, aujourd'hui je suis préfet,  demain quand je serai ministre,  dans un parc tout en couleur, vous n'y verrez que du bleu et nous continuerons de voir la vie en rose, pour nous servir et profiter.  L'animation, ça me connait, faites moi confiance, vous dis-je ! Vous n'allez pas le regretter !
* Jacques Chérèque, patron de la CFDT, initiateur du parc des Schtroumpfs en remplacement de l'industrie sidérurgique sur le bassin Mosellan. Préfet de la Moselle puis ministre de l'aménagement du territoire  dans le gouvernement Rocard, celui là même qui détient le record de l'utilisation du 49-3  pour légiférer. La messe est dite.

Demain.

De quoi sera -t-il fait ? Sais pas ! Aujourd'hui comme hier, il a fait chaud. Trés chaud. Douce Ponette s'en est venu me visiter. Ensemble nous avons papoté. Je lui ai fait lire mon texte que j'ai bonifié depuis, écrit pour l'atelier de ce lundi. Elle l'a aimé. Nous nous sommes dit que si la chaleur persistait nous irions au cinéma. Ce que nous avons fait. Le film de GCM a retenu notre préférence. D'actualité pour beaucoup en cette rentrée scolaire : La vie scolaire, tournée en SSD dans le 9 3 si vous préférez. C'est là que nous avons fait nos armes les enfants et moi. J'ai eu plaisir à retrouver certains clichés. L'investissement des enseignants et de toute l'équipe éducative autour de ces enfants des quartiers défavorisés. Oui, j'ai beaucoup aimé. Cela sonnait juste. Cela sonnait vrai. En dépit de toutes les  idées reçues, de tous les "à priori" et de toutes les envies folles de dénigrer. J'ai adoré ce film. Les notes d'espoir qu'il distillait. L'humanité qui s'en dégageait. Je suis sortie fière de ce que j'ai fait, de la vie qui fut la notre dans ces quartiers. Comme a dit quelqu'un de célèbre, même si je ne sais plus qui, la peur n'évitant pas le danger, si on connaissait vraiment ce dont on parle, on en parlerait différemment. C'est sûr !  J'entends parfois, souvent des choses, dites par des gens qui ne les connaissent pas, contre lesquelles, moi qui les ai pratiquées, expérimentées,  m'inscris en faux de la façon la plus catégorique qui soit. Je suis de la banlieue autant que de l'Auvergne. Deux mondes diamétralement opposés mais qui se côtoient. L'indulgence et la tolérance, de même que la raison ne devraient elles  pas l'emporter ?

La vie est courte

La vie est courte n'est ce pas ? Du moins à l'échelle de l'Histoire. Trop courte pour empêcher que les erreurs se renouvellent puisque de génération en génération ce sont toujours les mêmes lunes qui reviennent. Trop courte pour profiter des acquis qui nous viennent puisque souvent ce sont ceux qui nous suivent qui en bénéficient et comme ils les ont toujours connus et pas obtenus, ils les laissent disparaitre sans les défendre.
La vie est parfois courte mais parfois belle puisqu'elle nous donne de belles choses  comme la bonté des êtres qui nous entourent, la beauté de la nature où parfois se marient la main de l'Homme et la Matière. C'est alors un pur bonheur de pouvoir admirer ce travail fait en harmonie.
Ce travail possible grâce à la sagesse et au respect est une merveille qu'il nous faudrait non seulement préserver, mais imiter sous peine de voir tout disparaitre par notre inconscience et notre cupidité.
Pourquoi prétendre que nous pouvons tout dompter ? La nature est la plus forte, c'est elle qui gagnera toujours, quitte à se débarrasser de nous. Si une vie n'était pas si courte, peut être nous en souviendrions nous.

Impromptu

-"Je me demande si le tableau de la grande est bien droit, qu'en penses tu, Lisa ?  "
-" Hum, je le mettrais un peu plus à gauche, près du mur, car, il ne me semble pas tellement centré et puis il n'est pas droit. Je sais bien qu'elle dodelinait souvent de la tête, la grand mère, mais là elle penche beaucoup, non ? "
-" Heu ? tu trouves ?
-" ah ben si, elle ne va pas tarder à rejoindre le plancher si tu l'inclines encore un peu ! et puis, elle ne va pas bien à cette place, mets là plutôt de l'autre côté, tiens, alignes là sur l'angle de la cheminée, elle a toujours été aux fourneaux de son vivant, ça ne la changera pas beaucoup !"
-" Bon, comme tu voudras. Je vais la mettre au coin dans la cheminée."
- Ha ha ha ! très drôle, au coin dans la cheminée ! dis moi, tu n'aurais pas quelques comptes à régler avec elle, toi, par hasard ?"
-"Heu, non pourquoi dis tu ça ?"
-"Pour rien, ça m'amuse de penser que tu te venges en maltraitant son portrait."
-"C'est vrai qu'elle nous en a fait voir de toutes les couleurs du temps où on était gamin ma soeur et moi. Tu te rends compte, elle nous fermait à clé dans le cabanon sous l'escalier, pour amuser le Gustave, son dernier, alors qu'elle était sensée nous garder pendant que nos parents étaient aux champs ! plus on criait, tellement on avait peur, plus ils riaient, les deux, dans la cuisine. Et quand elle venait avec un bouquet d'orties, nous frictionner les fesses, au prétexte qu'on ne voulait pas aller garder les oies !"
-"Je ris à la pensée de vous imaginer trépigner de colère ou de désarrois pendant que la mégère vous asticotait avec son bouquet !"
-"Ah ouais ! ça t'amuse ! on voit bien que tu n'es pas passée par là, toi ! tu aurais moins ri si tu avais comme nous tâter aussi du martinet  et si tu t'étais retrouvée enfermée avec la grosse truie, parce que tu ne voulais pas manger le riz trop cuit qu'elle nous préparait pour le repas de midi. On aurait dit du plâtre tellement il collait aux dents et à l'estomac ! Et quand on se plaignait aux parents, elle s’arrangeait toujours pour tourner la situation à son avantage et papa nous punissait à son tour. Combien de fois n'a -t-on pas fait de séjour au poulailler parce qu'elle racontait des histoires à dormir debout à notre sujet. Des soit disant misères qu'on lui aurait faites, à elle et au Gustave, ce branquignole ! quant à maman, la pauvre, que d'humiliations elle a subit de sa part ! Je ne t'en parle même pas. Évidemment, papa ne désavouait pas sa propre mère, je crois qu'il la craignait davantage qu'il l'aimait."
-"Tu crois ? "
-"Écoute, je ne sais pas, mais il est certain qu'elle ne débordait pas de tendresse envers ses enfants, tout comme envers ses petits enfants. Le seul qu'elle arrivait à tolérer, c'était le Gustave, parce qu'il était comme elle, aussi affreux. "
-"Tiens en parlant du Gustave, on dit au village qu'il serait revenu au pays avec une fiancée aussi terrible que sa mère, c'est étrange, non ? "
-" Etrange, pour la fiancée  ou pour son retour au pays ? "
-" Oh pour les deux, aprés tout !"
-"Bon alors, pour la fiancée, je veux bien, quoique, si elle est comme lui, ça ne m'étonne qu'à demi, qui se ressemble s'assemble, et il valait mieux pas qu'il s'acoquine du temps du vivant de la grande, sinon c'aurait fait un drame. Mais pour son retour, il vient pour l'héritage, pardi !"
-" C'est ce que les gens disent..."
-"Ah ?"
-" Oui, j'ai surpris une conversation chez la boulangère, ce tantôt. Elle disait à la Germaine que le grand sacqué de Gustave avait débarqué l'autre jour, au bras d'une pétronille aussi laide que gourde, mais que celle ci avait de la suite dans les idées !"
-"Ah, elle serait pas si gourde qu'elle en aurait l'air ? "
-"Apparemment !"
-"Bon, ben, si c'est comme tu dis, il faut vite se dépêcher d'accrocher ce fichu portrait, qu'ils n'ailles pas dire qu'on n'a pas de respect pour la grand mère. Parce que si je me fie à son tempérament, à l'autre Gus, il ne va pas tarder à débarquer et ça va encore faire des histoires !"
-" Tiens ! d'ailleurs, j'entends le chien qui jappe."

Ah, ben, quand on parle du loup, il sort du trou ! bonjour Gustave, bonjour madame, quel bon vent vous mène ?

Le mésaventures de Petit Lion (suite). Monsieur Picon.

Monsieur Picon est un homme trés ordonné. Chaque samedi, il tond méticuleusement sa belle pelouse grillée. Parfois, il la retond le dimanche...