Une histoire simple. Assez compliquée.

Voulez vous que je vous raconte une histoire ? Une histoire banale de pauvres parigots arrivés en province pour s'installer et vivre heureux ? Dans un si riant jardin ?
Avec des papillons comme ils n'en avaient jamais plus vu ?
 Un lilas mauve et double à faire rêver même des provinciaux insensibles, euh non je voulais dire insensés à la beauté  vraie ?

 Une tonnelle un peu sophistiquée , euh non je voulais dire rafistolée.
 des pivoines parfumées et d'une suprême beauté ?




 un Flocon endiablé ?




Et une Plume inspirée, euh non, je voulais dire déconcertée ?
Bien alors je vais vous raconter.
Pour Ambre qui se demande encore ce que c'est que cette histoire d'empereur.


C'est ici qu'ça s'passe


Le commencement

Tout près d’une grande ville, dans la campagne en fleur, au lieu-dit les Eraults (les Eraults étaient un hameau composé de deux ethnies : les nuls, et les héroïques), Chez les nuls il y avait une maison : celle des Cinic bien connus dans le pays pour leur malfaisance toxique et malsaine. Rien ne résistait à leurs turpitudes : les animaux, en particulier les chats qu’ils empoisonnaient régulièrement, humains qu’ils importunaient sans cesse, choses qu’ils rapinaient bien volontiers.


Les Cinic avaient aussi des poules qui caquetaient allègrement. Avec leurs œufs pourris, la vieille, véritable sorcière cuisinait le dimanche, pour toute sa tribu, des plats de querelles et de malentendus, le soir venu, le vieux, empereur de son état, pissait en rotant dans son jardin, se tenant à la grille qui vacillait sous son poids. Puis il rentrait en clopant, chopiner à nouveau. Ses relents de vinasse et vapeurs d’alcool l’endormaient prestement. Le lendemain, le soleil et Satan le trouvaient au réveil, ahurit et hagard prêt à recommencer.
De temps à autres il coupait au fil à tordre, son herbe pour ses quelques moutons ingrats. La plupart du temps, il arpentait avec sa vieille, le chemin qui borde les Eraults, insultant au passage les matous qui se chauffaient au soleil, invectivant les Héroïques au sujet d’une mouche qui volant de travers avait pris la direction de leur tanière.
Pendant ce temps, le jeune, le détraqué, le parfaitement raté, le complètement nase, leur descendant, l’âne culotté, depuis son mirador espionnait alentours.
Accoudé à son balcon, il apostrophait quiconque. Si par un grand hasard, vous tourniez votre regard dans sa direction, là où il ne faut pas voir, vers cet empire fada, vous essuyez les foudres de ce malfrat. Injures, insultes et invectives se succédaient en rafales, c’était un tsunami de quelques mots bien gras
Dans l’autre maison, Lina la mère, Lino le père, et leurs deux enfants, Boucle de Sarasin et Bouquet de Lilas résistaient aux assauts tant qu'ils pouvaient. Bien méritants d’ailleurs, ne laissant apparaître qu’à peine une bribe de leur désenchantement.
Ils avaient aussi deux très jolis chats : Flan au caramel et Tarteau citron.


De temps en temps, Boucle de Sarasin et Bouquet de Lilas allaient voir leur grand-mère dans la province voisine. Ils emmenaient avec eux leur deux si jolis chats, chacun dans un panier, au fond du coffre bien rangé de leur automobile. Tout le temps du voyage, les chats prisonniers, pleuraient puis arrivés dans le courtil, où on les libérait enfin, pour qu’ils se dégourdissent les pattes, ils découvraient à leur tour, tant de choses nouvelles, des sensations très fortes, des odeurs délicates de campagne profonde et de fraîcheur des bois.
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Là-bas, le tonton, Vermathile Rabuscon, élevait des chèvres et puis quelques moutons. Son chien Podsos n’aimait pas beaucoup les chats, mais il supportait Tarte au Citron et Flan au Caramel, avec qui il cohabitait le temps d’un repas.
Toutefois, il ne supportait pas la gourmandise de Flan au Caramel, qui comme lui, raffolait des peaux de saucisson, ils se poursuivaient alors, le chien derrière le chat, et Vermathile suivant, brandissant une rame de haricots ou de petits pois, tapant le dos du chien, pour qu’il laisse courir le chat

Boucle de Sarasin et Bouquet de Lilas partaient ensemble voir leurs cousins : Fleur de Papyrus et Agaric Champêtre, ou Cynopsis et Alison Papillon.
Les familles Champêtre et Papillon ne voyageaient jamais les uns sans les autres. Ils étaient venus une année en vacances aux Eraults.
Ils avaient pu apprécier le climat de la Cour Albert 1er et le passage mouvementé de l’empereur traînant derrière lui son chien sans queue, furieux de le suivre, lui qui préférait traquer les chats.
L’empereur était aussi un geigneur informe à tiques, il était aussi gêneur, et avait en permanence à la sous pente de son toit, pour éloigner les oiseaux, une série de disques laser trouvés dans Bonux ou Frosties de Kellog’s.


Son fils, La « tâche » à la barre du balcon de l’unité centrale affichait le menu, (le plus souvent des frites) mais ils n’imprimaient pas, ils manquaient de franches connections et aucun anti-virus n’était assez puissant, tant le disque dur était endommagé, d’un modèle très ancien, désormais introuvable, Bill Gate sollicité, s’était avéré incapable de le reconfigurer. Ils n’étaient pas formatés mais ils avaient de la suie dans les idées.
Il n’y avait plus rien à faire si ce n’est qu’attendre que le diable alerté se déplace en personne pour régler le problème.


Il ne se pressait pas, il préférait laisser aux humains, régler leurs comptes, même lui, pourtant si fin gourmet à ce qu’on dit, en la « matière » ne voulait pas de cette engeance graine de discorde.
L’empereur, au fond de sa cour, avait de briques et de broc, monté un refuge pour abriter ses ouailles. Nommé de son patronyme, le refuge, annexe de son château branlant, fissuré en façade, recouvert de quelques tôles rouillées, complétait à merveille son patrimoine. Parfois il s’y cachait pour débusquer les rats. Ceux-ci forts dépités s’en allaient à côté où les chats les mangeaient avant de mourir à leur tour, empoisonnés par ce cynique scélérat.Et le cauchemar s’installa.

Quand arrivait le dimanche, on aimait bien être un peu tranquille, se retrouver chez soi, sans avoir à subir les valses de Monsieur l’empereur, et de son altesse Irène ici même mais voilà dès 15 h sonnante, la cour Albert premier ne désemplissait pas. Une sarabande sans fin s’instaurait et inévitablement, le cauchemar s’installait.

Le voisin était en bas à faire la corrida. On avait peur qu’il explose, dès le point du jour, il était déjà grenat et pour corser la dose, il arrosait au gros rouge, au muscat, la fin de la semaine, avec ses gueules de rat. La vieille sous la fenêtre passait à tout petits pas, avec sa colonie dans un grand brouhaha. Le chien ne manquait pas comme à son habitude, de poursuivre les chats.
Face de rat éructait, on l’entendait jusque-au salon,
Il ruminait sa vengeance derrière son tas de bois. Ses moutons et ses poules qu’il ne surveillait pas dans le jardin, avaient encore fait quelques dégâts.
Il aurait fallu pour être tranquille partir loin de là !
Vermine et pantomime ne désarmaient pas, toujours sur le chemin à faire les 100 pas.
A espionner, ce qu’il se passait ici et là
A rapiner partout quand on ne les voyait pas.
Toujours sur le qui-vive, avec ses vrais malfrats !
Il fallait bien se défendre, pour être un peu chez soi !

Et voici que toute l’invincible armada arrivait chez la vielle dans un très grand fracas pendant que César courait dans tous les sens, avec une tondeuse ronflante et rutilante. Il était bien décalqué et même tout énervé.
Tous complètement fous, tous jaloux de tout, ils poussaient jusqu’au bout, jusqu’à crever les roues des voitures qui pouvaient s’aventurer sur le no man’s land aux confins de l’empire.
Il y avait d’abord le marquis, celui de la Grosse bedaine pareil à un babouin qui s’épouillait en passant avant de sombrer dans un délire d’homme très mince au fond du grand fauteuil.


Arrivait ensuite son frère, le vicomte de Bourse enflé, avec sa grosse rousse. Celui-là aimait la bière, il en faisait une cure. A peine la porte de l’empire franchie, le voilà qui s’écriait :


Tiens bon ! Tiens bon, v’là qu’ça tangue, on dirait qu’ j’ai la dengue ! La dengue ! La dengue ! Et qu’ça m’démange, y Fo qu’ j’mange !
En fait de dengue, c’est la danse de Saint Guy qu’ils avaient tous, mais les meilleurs spécialistes du monde médical s’étaient avérés impuissants à mettre un terme à l’épidémie. Alors d’année en année, les ravages s’intensifiaient, si bien que cela avait fini par entrer dans les habitudes et chacun considérait l’affaire avec un certain dédain.
Dans la cuisine, attablés devant un canon, ils sortaient le château de cartes puis tapaient une belette belote, à faire trembler les murs, et frémir les arbres du jardin. A 19 h tapante, ils repartaient en pétaradant, pour une semaine dans leur royaume respectif. Le vieux, calé contre la clôture régurgitait par le haut et pissait par le bas, ce trop-plein de vinasse pendant qu’impassibles, moutons et poules regagnaient leur enclos jusqu’au lendemain.

César, le benjamin, pointait son nez et fermait ses persiennes avant de disparaitre derrière ses carreaux où il guettait la première ombre de la nuit.

Cet ourang outang, parfois se grattait le gland on savait alors qu’il ne ferait pas beau temps. Parfois il ne se le grattait plus, et il ne faisait pas beau non plus. Installé sur le mur, là juste en face, il ne perdait pas une miette de ce qui se passait dans la maison voisine.
Parfois, Cléopâtre s’aventurait jusqu’à sa devanture.
Ou bien son jeune lui faisait une visite avec princesse conasse, tranquillement ils bavassaient et devisaient gaiement sur le temps qui passe.
On dit à l’époque, que l’empereur l’avait installé là pour avoir à sa portée un homme de main. Il fallait bien préparer l’avenir. Un jour viendrait où le pouvoir lui échappant, il se verrait seul, à la merci de la sentence des justes.
Devant répondre de crimes et châtiments, personne ne le défendrait plus, il devrait confier à plus jeune et plus alerte, l’accomplissement de ses tâches ingrates qu’il ne pourrait plus assumer qu’à demi.
Et puis il y avait les filles de la tribu :
La comtesse de Sigüe le château : poissonnière, tantôt charretière, son rire caractériel et son langage châtié en faisait une figure de proue dans la galerie du saint empire maléfique.
La duchesse de Dent-Zing : future héritière du trône, empêtrée dans des histoires sombres, elle n’était pas en odeur de sainteté auprès de l’impératrice, à ce qu’on disait.
Quand elle venait en visite, elle arrivait en se dandinant et caquetant au fond de la cour avec une péronnelle qui la chaperonnait lors de ses déplacements.


Ne parvenant pas à choisir, elle possédait plusieurs carrosses.
Le matin la voyait toute en bleue, l’après-midi elle voyait rouge et le soir enfoncée.

Enfin, il y avait le tableau de la fratrie, la princesse Josiconde, noire et velue
C’était une vraie gorue, issue du croisement d’un gorille et d’une morue.
Les soirs en tenue de gala, elle aguichait un peu les hommes en promenant Charlotte, une roquette qu’elle avait récupérée sur les remparts de Varsovie où elle allait au bal à fraie. Elle intriguait aussi les femmes avec ses longs poils sur la crête, ses longues jambes marquées de brun, sa bouche torve et son visage aux micro-sillons. Ses yeux incandescents s’allumaient dès que la nuit descendait. Et quand le jour se levait, c’est son nez qui s’allongeait pour mieux sentir le vent.

Aux Eraults, dans la famille Héroïques, on ne savait plus que faire pour retrouver un peu de calme et de sérénité. On dépêcha des émissaires, des commissaires. Les ministres eux-mêmes se déplacèrent, Mélenchon en personne vint aux nouvelles avec le pape François. Les Gilets jaunes se mobilisèrent, la Brigitte vint aussi depuis sa résidence du Toupet. Seul Manu Fracture s'en contre fichait.
Chacun tenta des solutions, fit des propositions.
Rien ne put venir résoudre ce délicat problème déco-habitation
La situation empirait de jour en jour. Les Héroïques étaient désemparés. Leurs chats ne survivaient que rarement à la cruauté impériale. Le jardin se rétrécissait sous l’effet des conquêtes guerrières. Les fruits produits par les arbres allaient remplir les paniers des Cinic. Il s’installait au royaume une disette infâme.
Pourtant la roue tournait. Un beau matin l’impératrice se décida enfin. Elle pris la tête d’un cortège funèbre et monta en grandes pompes sous le nom d’Ana Stasia une entreprise perfectionnée dans le recyclage des CD.
L’empereur ne parût plus en public que lors des manifestations dominicales de sortilèges.
Un jour il décréta qu’il fonderait sa propre maison d’audition. Il partit pour Isle d’Elbe placer ses capiteux. Il abdiqua en faveur de César qui fit rénover le château à grand bruit et grand fracas.
Cela ne lui coûta pas une blende. Déclassé monument hystérique La communauté paya.
Il continua l’œuvre du vieux roi d’Eque. Son temple devint pompeux. Princesse connasse prit ses aises, La duchesse de Dent-Zing vint journellement avec sa dame de compagnie. Ensemble, elles éduquèrent (mal) un chien. Celui-ci fit fuit moutons et chats et le roi tout content prit ses fonctions advita. Le vieil empereur se décida enfin à aller gouverner ad patres et le sacre de César devint officiel. Trois fois par semaine il fait des essais de formule1 avec tondeuse motoculteur, débroussailleuse et sulfateuse en bande oulière. Habillé en treillis comme un vieux dictateur, il continue l'oeuvre de ses ancêtres, à volonté, exerçant représailles et incivilités, et la terre tourne toujours du même côté...





4 commentaires:

  1. J'irai lire tout à l'heure, je vois la pivoine odorante.

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  2. j'aime beaucoup la tonnelle rafistolée ! ;)

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  3. Tout d'abord excuse moi de ne venir que maintenant commenter ce texte écrit exprès pour moi.
    J'ai adoré ton récit, plein d'humour malgré ce que tu décris, avec les jeux de mots presque à chaque ligne, les "images" et les comparaisons qui donnent une excellente idée de la chose.
    "Son fils, La « tâche » à la barre du balcon de l’unité centrale affichait le menu, (le plus souvent des frites) mais ils n’imprimaient pas, ils manquaient de franches connections et aucun anti-virus n’était assez puissant, tant le disque dur était endommagé, d’un modèle très ancien, désormais introuvable, Bill Gate sollicité, s’était avéré incapable de le reconfigurer. Ils n’étaient pas formatés mais ils avaient de la suie dans les idées. " super bien trouvé LOL

    J'ai trouvé quelques mots que je ne connais pas, comme "j'ai la dengue"

    Ceci dit, et pour redevenir sérieux, ma soeur a (eu) des problèmes similaires de voisinage, au point qu'elle avait songé à déménager!

    Je te souhaite une belle journée. Merci encore d'être si attentive à mes demandes!

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  4. Je confirme que c'est l'horreur. Nous avons tout essayé, rien à faire, la bêtise est la plus forte !
    Je voulais mettre les dessins avec, mais impossible de les scanner. Pour la dengue, je crois que c'est la maladie provoquée par les fameux moustiques tigre. Voilà voilà, aller je te bise, à bientôt.

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Spleen (le jeune)

 Pas bien facile d'écrire en ce moment. La vie qui vient la vie qui va. Souvent la même avec ses enchantements ou pas. Il faut bien dire...