Premiers flocons



C'est l'hiver qui frappe à notre porte, que le diable l'emporte, pas de balalaïka, pas de Pétrouchka et pas de casatchok. Sur la table pas de pain d'orge ni de vodka.

Ce matin au lever du jour, une clarté laiteuse enveloppe la campagne encore ensommeillée. Il est 8h, je me lève. Nous sommes le premier décembre, c'est bientôt l'hiver. Et là en ouvrant les volets, que vois-je à ma fenêtre ? Dans la nuit, la neige est arrivée. A pas feutré sans bruit, elle assourdit le chant des oiseaux dont certains comme le petit rouge gorge ne cherche qu'un peu de pitance à ce mettre sous la dent, enfin dans le jabot, plus exactement.J'enfile mon manteau, mes chaussures fourrées et appareil en bandoulière, je vais à la conquête de l'or blanc.

Dans les champs la neige a recouvert l'herbe verte que broutent les moutons.

Depuis mon jardin, j'admire ce paysage immaculé, sous le poids de la blanche poudreuse, les rosiers ont plié et honteux baisse la tête, eux qui avaient si fière allure, mais c'était en juillet.


J'admire au cours de ma balade, les troupeaux bien surpris par cette froide blancheur.
Ici des chevaux grattent de leurs sabots afin de découvrir bien enfouie une touffe d'herbe providentielle. Le soleil tente une timide percée et au fur que la matinée avance, la neige fond peu à peu. Plus loin, mes amies les vaches cherchent elles aussi un peu de nourriture. Leur veaux à leur côté. Certains cherchent la maternelle mamelle pour se réchauffer.
La route à présent est découverte, le vert des bordures apparait. Je remarque un tout petit veau encore mouillé, il vient tout juste de naitre et tente déjà de têter. Sa mère essaie de diriger vers son pis douloureux et dur. Il est presque midi. Je pense qu'il n'est probablement pas le seul à manifester sa faim.
Chemin faisant, je m'autorise encore quelques clichés. Il est l'heure de rentrer.





Mister Patou doit s'impatienter, seul  à la maison !

Maison en vue, vite rentrons. Plume est en fête, elle a couru tout ce matin dans la neige, mais là impossible de la prendre en photo, j'ai bien essayer, une vraie fusée !
Le repas terminé, la neige a complètement disparue. Cet après midi, nous irons  aux provisions.
Soudain de gros nuages s'amoncellent. Le temps est bas.
Quelques précipitations font leur apparition. Chaussette n'en crois pas ses jolis yeux !
En un instant le sol est à nouveau recouvert de poudre blanche. Les rosiers n'en mènent pas large !
Rose blanche au corps fou.
Nous n'irons pas aux commissions ! qu'importe, j'ai de quoi faire ! A deux pas de la maison,  je rencontre "Petite Ponette" qui rentre de son travail. "- Tu vas faire des photos ?  Me dit -elle.  - Oui, que je lui répond.  - Veux tu venir avec moi ? - Oui, me répond - elle , je change de chaussure et je viens". Je l'attends donc un moment et ne la voyant pas revenir, je lui écris un mot sur la neige : "je suis vers la vache", je ne sais pas pourquoi j'ai écrit ça, elle ne m'aurait pas cherchée à un autre endroit !  Une voiture arrive à ce moment et me croise, intrigué, le chauffeur me toise "Elle est folle la vieille ! "semble dire son regard !              
 Retour vers mes chères vaches, aller, hop ! Je repère celle de ce matin. Elle est là près de la haie de buisson, à l'abri d'un chêne immense. Son bébé près d'elle est couché. Tant bien que mal elle a essayé de le protéger.





Elles  n'est pas fière ni fringante,  la toute petite, car j'ai repéré que c'est une fille. Pas encore sèche du liquide amniotique, sa mère l'a bien léchée, mais il fait froid dans cette neige.
Quand je pense que nos vaches ne mettaient pas le nez dehors  avant une huitaine quelque soit la saison quand elles mettaient bas ! Que nous bouchonnions leur veau à la naissance et le recouvrions de paille propre !

Petite Ponette m'a rejointe et nous cheminons ensemble. j' aperçois loin derrière nous, un monsieur qui promène son chien. Il ne vient pas dans notre  direction et oblique sur le chemin perpendiculaire, en amont du clos. Je ne suis pas la seule à l'avoir vu ! De loin, une vache l'a aperçu. La voilà qui déterminée se dirige à grands pas dans sa direction.
Au passage, elle s'arrête vers sa compagne et lui prodigue des conseils. Elles se montrent vigilantes ces jeunes mères.
Mise en garde faite, la voilà qui part à vive allure sans bruit en direction de la clôture




.


L'autre la regarde et profère  des brefs meuglements à l'attention de sa velle. Elle semble la rassurer : "Ne t'inquiète pas, maman est là qui veille sur toi et puis, tatie est parti chasser le méchant bonhomme avec son chien."
Je suis là et la regarde, je l'écoute. Elle me voie. "J'ai raison n'est ce pas ? me demande-elle ? Ou bien, elle m'implore  : "il fait froid, peux tu nous aider ? " Mais je ne comprends pas ce qu'elle dit.Pourtant je suis persuadée qu'elle s'adresse à moi et me demande de l'aide. En tout cas, son meuglement n'est pas un signe d'inquiétude, il est plutôt bienveillant.
Plus loin, d'autre jolies rousses sont réunies, et s'affairent auprès des petits, blottis contre la haie. De leur souffle, elles les réchauffent.




 A deux pas, deux jeunes tètent. Nous les observons un moment. La neige s'est arrêté de tomber, c'est maintenant une pluie glacée. Nous décidons de rentrer. La jeune mère de tout à l'heure  a réussi a faire lever sa petite. Elle voudrait bien la conduire près des autres, mais cette dernière est faible et n'a pas la force de se déplacer. 

 Sa copine  n'a pas réussi non plus. Le chien est loin maintenant. Ce n'était pas la seule raison de son empressement. Devant elle, un tout petit, à peine plus vieux que la petite velle, est couché contre un roncier. Il ne sait pas encore têter.  C'est lui qu'elle voulait protéger. En le poussant tout doucement de son mufle, elle tente de le guider.



Sans doute y parviendra-t-elle à force de patience et de détermination.
Tout comme les humains, les vaches sont capable d'une réelle persuasion et d'une vraie solidarité entre elles. J'ai encore pu le vérifier.





4 commentaires:

  1. Bonsoir Délia,fille de la campagne, on ne laissait jamais les animaux dans le froid, la neige, la pluie. On les faisait sortir juste le temps de changer les litières et on les rentrait à l'étable. Pas étonnant que la viande soit mauvaise. Bonne soirée, bises.

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  2. Oui, pas étonnant. La limousine est pourtant une viande réputée, mais les limousins sont des rustres ! Bises aussi à toi qui dois être sous la neige aussi.

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  3. Tu as bien fait de sortir vite vite avant que la neige ne fonde. Le blanc immaculé, c'est tellement joli! J'aime particulièrement aussi la tête penchée des roses sous le poids des flocons.
    Le tapis blanc ne doit plus être qu'un souvenir?

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  4. Merci Ambre, je crois que je vais encore pouvoir en profiter aujourd'hui, le temps est bas, froid, gris sale, et le brouillard est de sortie. Cela va être différent. Je n'aime pas la neige d'ordinaire, ni le froid, encore moins le verglas et que je sais devoir sortir, moi ou l'un de mes proches pour lesquels j'ai beaucoup d'angoisse. Il faut pourtant bien, Petite Ponette travaille aujourd'hui et moi il me faut aller au pain !

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