Au revoir.

Je l'avais vu en septembre dernier, sur ses deux roues,  dans un fauteuil, pas un de ceux où il avait si souvent été, non, un de ceux où on ne se réjouit pas d'être assis, à la merci de n'importe quel convoi. Il traversait le hall de l'hôpital, poussé par un serviteur comme on en trouve dans les hôpitaux. Pas un de ceux qui le poussaient naguère quand dans les cols il lui arrivait de dérailler. Pas un de ces vaillants guerriers  que l'on nomme "équipiers", toujours présents à ses côtés. Un de ceux qui restent dans l'ombre et qui pourtant jouent un rôle majeur, roulant jusqu'à l'épuisement et parfois bien davantage encore. Mais un de ceux appelés ambulanciers. La foule indifférente ne criait pas "Allez Poupou". Pourtant ! Combien il aurait mérité d'encouragements à ce moment où l'on sent la vie vaciller. Je l'ai regardé, prête à lui jeter des fleurs, à l'embrasser. Mais je me dis que je lui devais le respect et que sans doute, dans ces circonstances, il n'aspirait qu'à un peu de tranquillité.  Je le laissais donc filer avec toute la pudeur des grands, comme il l'a toujours été.
Quelques temps après j'appris par la télé qu'il venait d'être hospitalisé, dans l'hôpital de son village et qu'une immense fatigue le tenaillait. Puis la presse se fit discrète, de lui, on entendit plus parler. Jusqu'à hier. Jour fatidique où l'histoire a basculé.
Que dire encore de lui ? A part ce que tout le monde dit  et sait : qu'il était un grand champion, un homme hors du commun. Oui, on peut le dire et on le dira longtemps. Longtemps sa voix nous accompagnera. Longtemps son sourire bonhomme nous poursuivra. Longtemps de  sa gentillesse et de sa sympathie on se souviendra.
Je le revois, simple et modeste, homme de la campagne, paysan sans terre accompagnant ses boeufs sur cette terre de misère où l'Homme a tant de peine à arracher sa subsistance. C'est ce qui me fit aimer cet homme, l'admirer, le respecter. Cet homme humble qui gagna sa première course sur le vélo de sa grand mère. S'il en gagna beaucoup d'autres, ce fut à la force du jarret. Sa gloire, sa popularité, il ne les devait à personne. Lui seul en était l'artisan.
 Je le revois encore, en ce 4  décembre 2015. Nous commémorions le 120ième anniversaire de la création de la CGT. Une course était organisée pour l'occasion. De bonne grâce, il s'était prêté à la cérémonie et était venu en donner le départ aux côtés de notre secrétaire général, Philippe Martinez. Tous deux avec une grande  gentillesse et dans la plus grande modestie avaient pris le café avec les camarades. Il resta avec nous un long moment,  à échanger, discuter, partager. Sa grande sagesse lui conférait une philosophie dont bien d'entre nous devrions nous inspirer. Le monde en serait bien meilleur et plus simples nous rapports à autrui.  Puis il était reparti, comme il était venu, son journal sous le bras, aprés un dernier signe de la main pour nous remercier.  Il était ainsi Poupou. Nombreux sont ceux qui garderont longtemps son souvenir, et seront fier de l'avoir un jour croisé.
 Homme du peuple, Homme de la rue, fils de la terre et de la foule, tu vas nous manquer. Longtemps tu vas nous manquer. Et comme tu nous manques déjà...
Au revoir Poupou. Prends soin de tous ceux que tu vas retrouver.

14 commentaires:

  1. Quel bel hommage à Poupou ! C'est le grand regret de mon mari, ne pas lui avoir serré la main, lui qui aime le vélo et va voir le Paris-Nice quand il passe dans notre coin, comme son père qui passait ses étés devant la télé (pas que d'ailleurs, il s'occupait aussi du petit club de vélo de sa petite ville, passionné qu'il était, club dont appartenait Michel Laurent) comme un de mes frères qui ne part pas en vacances, rien que pour regarder le Tour de France..
    L'année prochaine, j'espère qu'on ira voir le Tour de France dans sa grande étape entière auvergnate, Le Tour de France passant au pied du Puy de Dôme.
    Oui, c'était un homme simple, facile à approcher. Je dirai que, lorsque j'allais voir le Tour de France, peu de fois, je n'avais d'yeux que pour Poupou et que je n'acclamais que lui...J'en ai voulu à Anquetil de ne pas lui avoir une fois, une fois seulement, cédé la place de premier. Mais, s'il avait eu la 1ere place, peut-être serait-il moins adulé par les foules - on aime rarement les 1ers de la classe - On préfère souvent les seconds, tiens comme Bardet qui ne va pas participer au Tour 2020....
    Bon, je suis contente de voir qu'un autre blogueur lui ai rendu hommage, chez moi, les commentaires ne se bousculent pas. Merci pour cet hommage.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Juliette. C'est toi qui m'as appris cette triste nouvelles, hier en lisant ton blog. J'en suis restée abasourdie. Puis j'ai allumé la télé, trop tard pour les infos régionales, mais j'ai regardé tout le sport sur la 3 en voyant défiler tous ces hommages que d'autres lui rendaient je me suis dit que peu de monde pouvait se vanter d'avoir fait vibrer les foules comme lui les avait captivées. C'était un grand champion, c'était surtout un grand homme. Un homme de la terre, un vrai, plein de bon sens d'humour et de respect. Ce que nous aimions chez lui, c'est précisément cette simplicité. Il nous incarnait, nous les petits, les sans dent, les gagnes misère. Nous voyons en lui et dans sa réussite notre revanche sur la vie. Il symbolisait tout ce qui nous réhabilitait. C'est pour ça que le peuple l'aimait.

      Supprimer
  2. Bonjour Délia, oui c'est bien de lui rendre hommage, un homme simple généreux comme on n'en fait plus. Qu'il repose en paix.

    RépondreSupprimer
  3. C'est tout à fait vrai ce que tu dis à son propos. Simple, généreux, humain...

    RépondreSupprimer
  4. Émouvant, certainement de l'avoir revu dans ces circonstances.
    Il est aimé de tous les amateurs de cyclisme parce qu'il était abordable et plein de bonté !
    Bisous Délia

    RépondreSupprimer
  5. En fait je pense juste qu'il est impossible de l'avoir connu sans l'avoir apprécié. Même si je ne le connaissais pas personnellement, ce qui transparaissait de lui était suffisant pour le respecter.
    Bisous Fabie.

    RépondreSupprimer
  6. Merci Délia, je suis en larmes à te lire ! merci pour le bel hommage rendu à cet homme très attachant. Ton billet est d'une bonté merveilleuse, à l'image de Monsieur Poulidor. Je t'embrasse fort.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai Praline ? Tu pleures ? Mais il ne faut pas, tu sais, ce ne sont que quelques mots. Je l'aimais bien Poupou, il a bercé tous mes rêve d'enfant.

      Supprimer
  7. Poupou, après bien des années, me lmaisse le souvenir de ce qu'on appelle "un type bien" et tu lui rends très bien hommage.
    Tout ce que je sais de Poupou tient là-dedans et c'est un souvenir que j'aime bien évoquer :
    http://le-gout-des-autres.blogspirit.com/archive/2014/05/21/instant-tanne-3005819.html

    RépondreSupprimer
  8. Bonjour Le Goût, c'est sûr que c'était un type bien ! je viens d'aller lire (re) ton article sur Bourganeuf, je ne sais pas pourquoi je n'avais pas laissé de commentaire, il était bien d'ailleurs ton article (comme les autres, ajouterai-je, sans doute parce que d'autres avaient déjà tout dit. C'est une bien gentille ville, trés belle en plus avec une vue splendide sur les monts de Gueret et sur la campagne presqu' Auvergnate (cette partie de la Creuse qui donne tout son charme à ce département) Poulidor était effectivement natif de Masbaraud Mérignat où il a gardé longtemps les vaches et fait les foins avant de devenir le grand champion que tout le monde connait. La commune n'existe plus aujourd'hui, victime d'un regroupement administratif ou d'une OPA de la commune d'à côté Saint Dizier Leyrenne, qui du coup est devenue Saint Dizier Masbaraud.

    RépondreSupprimer
  9. Il venait de perdre sa femme, je ne crois pas en Dieu, mais j'espère qu'ils sont apaisés.

    RépondreSupprimer
  10. Bonjour Heure Bleue, je ne crois pas en Dieu non plus, mais ne nous fais pas mourir sa femme maintenant, elle a l'air bien en vie, en tout cas aux dernières nouvelles de ce matin.

    RépondreSupprimer
  11. J'ai lu qu'elle était morte en 2019, le net comme source d'information n'est pas net.

    RépondreSupprimer
  12. C'est le moins qu'on puisse dire, quant à la presse people qui ne l'est pas davantage, elle se taille un boulevard à ragots !

    RépondreSupprimer

Spleen (le jeune)

 Pas bien facile d'écrire en ce moment. La vie qui vient la vie qui va. Souvent la même avec ses enchantements ou pas. Il faut bien dire...