L'ouvreuse.

Je me souviens de ce temps où nous allions toi et moi tuer le temps au cinéma. Il n'y avait jamais de sous à la maison. Chez toi, les cailles tombaient en abondance. J'avais soif de distraction et toi, ne savais que faire pour occuper tes soirées. Quand ta mère t'appelait pour le souper, souvent tu te défilait et d'un geste vague, tu lui disais : " je n'ai pas le temps maman, chérie m'attend". Ta mère  faussement amie, te demandait alors si un jour tu lui présenterais cette donzelle qui valait mieux que ses rôtis.  Tu esclaffais et tu partais claquant la porte derrière toi. Quand je te retrouvais, la séance était déjà commencée. Tu prétendais qu'il ne servait à rien d'être à l'heure, puisque l'ouvreuse était là pour nous placer et que contre piécette, elle saurait nous guider à la meilleure place réservée.
Je te croyais, naïve que j'étais. Jusqu'au jour où je vous surpris elle et toi, tapis derrière le poulailler*.
Tu t'étais absenté un peu aprés le début de la deuxième partie, le film venait de commencer. Je me souviens de cette chevauchée qui n'eut rien pour moi de fantastique. C'était plutôt l’apocalypse, si pour vous c'était le septième ciel.
Quand je revois en film cette blondasse, maigre comme un échalas, avec sa corbeille en travers de la poitrine bombée en avant, aguichante et provocante avec ses esquimaux chantant dans les travées "bonbons, caramels, esquimaux, chocolats",  je  ne peux m'empêcher de penser qu’effectivement, les rôtis de ta mère ne pouvaient guère rivaliser. La concurrence était rude, mais pour moi plus dur fut la chute. De ce jour, j'ai décidé de ne plus aller au cinéma et je t'ai trompé avec Prosper, le roi du monte en l'air.

23 commentaires:

  1. Tu ne gardes pas un bon souvenir de cette séance, j'espère que tu as fini par retourner au cinéma.

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  2. Heureusement je n'ai jamais vécue cet épisode et j'adore le cinéma auquel je vais régulièrement. Malheureusement, dans ma ville, les films intéressants ne restent pas longtemps à l'affiche, ce qui me frustre beaucoup. Je n'ai pas la patience, ni le temps (ni les moyens) d'enchainer plusieurs séances d'affilée !)

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  3. Prosper ? Celui de Yop la boum !

    Heula ! ;-)

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  4. Ah… "La chevauchée fantastique" (John Ford, 1939) quand on n'en fait pas partie, c'est frustrant...

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  5. Ah, ah! La vengeance est un plat qui n'attend pas! J'espère que Prosper en valait la chandelle!
    Chouette texte, Délia!

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    1. Tu ne sais pas si c'est un chouette texte?
      Mais si, je t'assure ! :-)

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    2. Non ! pour Prosper, le monte en l'air ! Merci pour le compliment, que je ne sais pas non plus s'il est si mérité que ça!

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  6. J'adore tes tournures qui sont si vraies
    Franchement
    C'est un plaisir de te lire
    ça glisse comme une douce mélodie qui parfois s'enraye et se réveille au détour d'une petite dose d'humour
    Moi j'adore
    Bravo

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  7. Ah ben merci ! C'est un plaisir pour moi de te compter parmi mes lecteurs !

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  8. Bravo Délia ! Ton texte est bien enlevé et drôle malgré le triste sire. Une belle séance de... lecture !

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  9. Tu n'as aucun regret à avoir ! Il a dû vite s'ennuyer avec son échalas et ton aventure avec Prosper n'a pas duré trop longtemps... Tu vaux tellement mieux que ces deux-là !

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  10. ah oui avec Prosper ça boume (yop là!)
    j'ai une amie qui prétend qu'il faut en avoir essayé deux ou trois avant de trouver le bon ;-)

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    1. Et encore deux ou trois c'est peu. C'est comme avec les chaussures, il faut avoir plusieurs paires de rechange, mais pour trouver la bonne, ça c'est une autre affaire !

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  11. Finalement, les choses se règlent souvent sur l'oreiller...de l'un ou de l'autre... :-)
    Chouette texte !
     •.¸¸.•*`*•.¸¸✿

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  12. Oh quel mauvais personnage ! j'espère que Prosper lui aura vite redonné le sourire !!

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  13. ne regrette rien, il ne valait pas pipette :) Aec Prosper j'espère que c'est la fête !

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 Pas bien facile d'écrire en ce moment. La vie qui vient la vie qui va. Souvent la même avec ses enchantements ou pas. Il faut bien dire...